Caractères (366/5628) : 布/佈

布 [bù]
Radical : 巾 (turban)
5 traits
Variante : 佈 (radical 亻(人), 7 traits) (Cette variante est parfois utilisée pour remplacer 布 dans des mots relevant des sens 3 à 6 ci-dessous.)
Significations :
1. tissu, étoffe : 布料 [bùliào] : étoffe ;
2. (anc.) monnaie, pièce de monnaie : 布币 [bùbì] ou 铲布 [chǎnbù] : monnaie en forme de bèche ;
3. déclarer, rendre public : 布告栏 [bùgàolán] : panneau d’affichage ;
4. distribuer, disperser partout : 散布 [sànbù] : diffuser, disséminer ;
5. transmettre, faire circuler : 布道 [bùdào] : prêcher (notamment les évangiles) ;
6. organiser, mettre en place : 布局 [bùjú] : disposition ;
7. Bu, patronyme chinois peu courant.
Sinogramme 367 : 品
Ci-dessous, un exemple de monnaie en forme de bèche. L’image vient d’un article consacré aux monnaies chinoises de l’époque des Royaumes Combattants, ici :

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Emprunts chinois en khmer

Les relations entre la Chine et le Cambodge sont très anciennes. Les premières traces que l’on trouve dans les annales chinoises des relations entre ces deux mondes datent très certainement de l’époque des Han postérieurs : la « Monographie des barbares du Sud » (南蛮传 [nánmánzhuàn]) que l’on trouve dans le Livre des Han postérieurs (《后汉书》 [hòuhànshū]) signale que, la première année de l’ère yuanhe (元和 [yuánhé]) de règne de l’empereur Suzong des Han (汉肃宗 [hàn sùzōng], r. 75-88), c’est-à-dire en l’an 84 de l’ère commune, un certain Yihao, identifié comme étant d’origine « Jiubuzhe » (certains spécialistes reconnaissent dans le mot chinois la transcription phonétique de « kamboja »), vint offrir à la cour de l’empereur de Chine, entre autres choses, un rhinocéros vivant.
Les annales chinoises ont encore conservé le souvenir de Zhu Ying et de Kang Tai, envoyés par Sun Quan, souverain de Wu à l’époque des Trois Royaumes (220-280 ap. J.-C.), qui auraient séjourné une dizaine d’années dans le royaume du Funan (扶南 [fúnán]), nom du pays qui occupait, dirons-nous pour simplifier, la région connue actuellement comme le Cambodge.
Et bien sûr, on a le très fameux ouvrage que Zhou Daguan rédigea, après un séjour de près d’un an dans la capitale des rois d’Angkor à la fin du XIII siècle, et traduit par Paul Pelliot sous le titre de Mémoires sur les coutumes du Cambodge. Dans ce livre, Zhou signale que de nombreux Chinois s’étaient installés à Angkor et y avaient pris femme.
Les Chinois ont importé chez les Khmers leur cuisine, leurs habitudes, leurs us et coutumes. L’influence chinoise est encore perceptible dans de nombreux aspects de la civilisation khmère : célébration du nouvel an chinois et de la fête des bateaux-dragons (appelée « fête de l’offrande des « zongzi »), culte des ancêtres, temples chinois très nombreux dans les villes, apport de nombreux éléments de la cuisine chinoise à la gastronomie locale (nouilles, tofu, etc.), conceptions de la famille…
Cette influence est également perceptible dans la langue khmère, puisque l’on peut y détecter un grand nombre de mots d’origine chinoise. La difficulté consiste souvent à identifier ces mots.
D’une part, ce n’est le plus souvent pas du chinois « mandarin » qu’ont été empruntés ces mots. Les Chinois du Cambodge avaient en général pour région d’origine des villes ou des zones du sud de la Chine : Fujian, Guangdong, Hainan. De nombreux Chinois d’origine hakka se sont aussi installés au Cambodge. C’est pourquoi, pour qui ne maîtrise pas les langues régionales du sud de la Chine (cantonais, hakka, teochew, min du Sud), il est difficile de reconnaître certaines prononciations, ou certains mots utilisés dans les langues régionales mais inconnus en mandarin : par exemple, le mot utilisé par les Cambodgiens pour désigner la « sauce de soja » (酱油 [jiàngyóu] dans le chinois du Nord) est le mot ទឹកស៊ីអ៊ីវ, prononcé [teuk si=iv]. Le mot khmer ទឹក [teuk] signifie littéralement « eau » et s’utilise comme préfixe pour désigner de nombreux liquides ; le mot ស៊ីអ៊ីវ [si-iv] ne ressemble pas du tout au 酱油 du chinois septentrional, mais si vous le prononcez devant un Chinois dont la langue maternelle est le « teochew » (le mot « teochew », transcription phonétique de « chaozhou » 潮州 [cháozhōu], nom d’une ville de l’est de la province du Guangdong, désigne le dialecte de Chaozhou), il est probable que votre auditeur reconnaîtra sans difficulté la prononciation dans sa langue maternelle du mot 豉油 [chǐyóu], littéralement « huile de haricot fermenté », utilisé à Chaozhou et dans sa région pour désigner ladite sauce de soja.
Une autre difficulté pour le pratiquant du mandarin est que parfois le mot chinois emprunté par le khmer dérive d’une notion complètement inconnue dans le nord de la Chine. C’est le cas par exemple pour certaines termes de parenté. Il est très courant d’utiliser en khmer des termes de parentés directement empruntés du chinois : ហ៊ា [héa] vient du mot chinois 兄 [xiōng] (en mandarin, on dit plutôt 哥 [gē]) et s’utilise pour s’adresser à un frère aîné, ចែ [chae] correspond à 姐 [jiě] et signifie « sœur aînée », etc. Les choses se compliquent un peu lorsque le locuteur a recours à des termes de parentés complètement inconnus en mandarin, comme par exemple le mot គិម [kim], qui désigne spécifiquement l’épouse de l’oncle maternel (en chinois mandarin 舅母 [jiùmǔ] ou 舅妈 [jiùmā]), que j’aurais eu beaucoup de mal à rapprocher du mot chinois 妗 [jìn] si je ne m’étais pas souvenu que, à Taiwan, des jeunes d’une génération inférieure à la nôtre s’adressaient à mon épouse de l’époque, d’origine taiwanaise, en lui donnant du « ajim » (le sinogramme 妗 se prononce [gim4] en min du Sud).
Une difficulté qui déroute souvent provient aussi du fait que ce n’est pas la prononciation du mot chinois qui est passée en khmer, mais sa signification littérale. Par exemple, pour désigner la pistache, les Khmers utilisent le mot គ្រាប់រីករាយ [kroap rik-reay], littéralement la « graine joyeuse » ; impossible de reconnaître dans ce mot une origine chinoise si vous ignorez qu’en chinois, on a baptisé la pistache le « fruit joyeux » (开心果 [kāixīnguǒ]). Le khmer contient ainsi un nombre non négligeable de mots traduits de façon littérale de la langue chinoise.
J’avais dressé en octobre 2015 et publié sur Khmerologie une liste d’environ 250 mots khmers d’origine chinoise. Les curieux peuvent la télécharger ici (le pdf pèse environ 580 Ko). (Notez qu’il m’a été impossible d’identifier le mot chinois d’origine pour certains mots khmers. Toute suggestion sera la bienvenue.)
Cette liste est bien entendu très incomplète et destinée à s’étoffer, j’en proposerai une version mise à jour le moment opportun.

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Caractères (365) : 火

火 [huǒ]
Radical : 火 (feu)
4 traits
Significations :
1. radical du feu : 火字旁 [huǒzìpáng] : le radical du feu ;
2. feu : 火焰 [huǒyàn] : flamme ; 烟火 [yānhuǒ] : feu d’artifice ;
3. urgent, rapide : 火速 [huǒsù] : très rapide, à toute vitesse ;
4. munition, poudre : 火药 [huǒyào] : explosif ;
5. colère, se mettre en colère : 火暴 [huǒbào] : colérique, (tempérament) de feu ;
6. (en médecine chinoise traditionnelle) inflammation ;
7. rouge, écarlate : 火红 [huǒhóng] : rouge vif ;
8. (unité militaire ancienne) peloton (groupe de dix hommes) ;
9. Huo, patronyme chinois peu courant.
Sinogramme 366 : 布

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Bibliographie : Récits à émouvoir les pierres

J’ai pensé le billet que j’ai consacré aux « pierres émues » (点头石 [diǎntóushí]) comme une introduction à la présentation d’un recueil de nouvelles de la fin des Ming qui m’a enthousiasmé et qui s’intitule justement 《石点头》 [shídiǎntóu] (littéralement : « les pierres hochent la tête »), titre que je traduis volontiers par Récits à émouvoir les pierres.
Cette collection de quatorze histoires est signée d’un certain Tianran Yisou (天然痴叟 [tiānrán chīsǒu], le « Vieillard sentimental de la nature »), connu aussi sous le surnom de l’Immortel insouciant (浪仙 [làngxiān]). On n’a pas réussi à déterminer qui se cachait derrière ce pseudonyme ; on sait cependant qu’il était contemporain de Feng Menglong (冯梦龙 [fěng ménglóng], 1574-1646), dont il était certainement proche. En effet, c’est Feng lui-même qui a rédigé la préface de ces Récits et de plus l’auteur des Récits est le rédacteur de plusieurs textes du dernier des Trois propos (三言 [sānyán]) de Feng.
Les textes qui composent les Récits à émouvoir les pierres sont des nouvelles indépendantes les unes des autres. Chaque récit livre au lecteur une histoire édifiante, moralisatrice à outrance, qui montre comment les actes de piété filiale ou de fidélité conjugale sont rétribués. Y sont aussi dénoncés les travers des examens du mandarinat, les abus de pouvoirs de certains fonctionnaires… La société de la fin des Ming décrite par l’Immortel insouciant n’est pas des plus engageantes. Dans près de la moitié des histoires, les personnages principaux sont des femmes, qui sont présentées de façon positive.
Plusieurs contes m’ont particulièrement séduit. Par exemple, dans le troisième, « Wang Benli cherche son père aux limites du ciel », l’auteur nous parle d’un fils à la recherche de son père qui, pour échapper à un impôt injuste et insupportable, s’est enfui et s’est fait moine dans un monastère du Shandong. La piété filiale de Wang Benli est telle qu’elle est finalement récompensée (après plus de vingt ans d’errances !) et que le fils finit par retrouver son père.
Dans le onzième conte, « La bru sous le couperet du boucher de Jiangdu », l’auteur relate l’histoire terrible de cette jeune femme, prise au piège avec son mari dans la ville de Jiangdu (Yangzhou) assiégée et affamée, qui finit par se vendre à un boucher pour la modique somme de quatre ligatures de sapèques, dans le seul but de permettre à son époux de survivre et de retourner auprès de sa vieille mère. (Un extrait de cette histoire a été traduit et publié dans la revue IDEO, voir ici).
Le quatorzième récit est celui de deux jeunes gens, que tout destinait à une brillante carrière mandarinale, qui vivent une relation homosexuelle et préfèrent renoncer la vie plutôt qu’à leur passion.
L’article que Baidu consacre à ce livre n’est pas de très bonne qualité, mais les quatorze contes y sont grossièrement résumés.
C’est en raison du onzième et du quatorzième récits, trop scandaleux pour les censeurs impériaux, que les Récits à émouvoir les pierres ont été mis à l’index la dix-huitième année de l’ère Daoguang de la dynastie des Qing (1838), alors que, à la différence d’autres textes de la fin de Ming, ils ne contiennent aucune description trop crue d’ébats sexuels. Les éditions modernes de ce recueil publiées en Chine continentale ont aussi remplacé par des carrés blancs les passages les plus sujets à caution. Mais à Taiwan, la librairie Sanmin a publié en 1998 une version intégrale, rééditée en 2015.
Je trouve les textes bien écrits et bien construits, et certains passages sont absolument magnifiques. Le livre me touche d’autant plus que son auteur est originaire de Suzhou et que plusieurs de ces contes se déroulent dans ma chère région du Jiangnan. Ce livre n’a apparemment jamais été traduit en aucune langue occidentale.
Le texte original est disponible en ligne sur plusieurs sites, comme ici, par exemple.
Ci-dessous, la couverture de l’édition de Sanmin Shuju (ISBN : 978-957-14-5110-7) :

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Caractères (364) : 苦

苦 [kǔ]
Radical : 艹 (herbe)
8 traits
Significations :
1. amer : 苦瓜 [kǔguā] : concombre amer, momordique, Momordica charantia ;
2. pénible, difficile, souffrance : 苦海 [kǔhǎi] : (boud.) océan des souffrances ;
3. être dérangé par, être ennuyé par : 苦于 [kǔyú] : être ennuyé en raison de, se trouver en proie aux difficultés à cause de ;
4. être résilient, être patient : 刻苦耐劳 [kèkǔ nàiláo] : être résistant à la peine, être laborieux et résistant ;
5. soumettre à une épreuve : 这件事可苦了我了 [zhèjiànshì kě kǔle wǒle] : cela m’a causé bien de la peine.
Sinogramme 365 : 火

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Flore : Lys araignée

Le lys araignée (ou encore lys des mers, jonquille des mers, Hymenocallis littoralis) est une espèce originaire de l’Amérique tropicale, importée en Chine comme plante d’agrément. En chinois, on le connaît sous les noms de 水鬼蕉 [shuǐguǐjiāo], de 蜘蛛兰 [zhīzhūlán] (ce dernier nom est ambigu, puisqu’il désigne aussi une autre espèce, Taeniophyllum glandulosum), ou encore de 蜘蛛百合 [zhīzhū bǎihé] (ce nom est une traduction littérale du nom anglais « spider lily »). Le volume 16(1) de la Flore de la République Populaire de Chine consacre un article à cette espèce (voir ici la version en ligne).
Pour les médecins chinois, les feuilles ont des vertus médicinales : elles peuvent être utilisées pour le traitement des rhumatismes, des enflements consécutifs à des coups ou à une chute, des furoncles ou des hémorroïdes.
La photo ci-dessus a été prise dans la campagne cambodgienne (la plante a également été introduite au Cambodge, où elle sert de plante d’agrément) (photo prise à Kampong Chhnang le 23 février 2018).

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Caractères rares (3842/5625) : 鲀/魨

鲀 [tún]
Radical : 鱼 (poisson)
Traits : 12
Graphie traditionnelle : 魨 (radical 魚, 15 traits)
Le sinogramme 鲀 est utilisé dans les noms de diverses espèces de poissons, notamment des tétraodons (ou tétrodons). J’ai rencontré ce sinogramme dans le nom d’une espèce de poisson-coffre (箱鲀 [xiāngtún]), dont j’ai dégusté un spécimen, grillé, dans un restaurant de Nha Trang, dans le centre du Vietnam. Voici l’animal avant cuisson (photo prise le 17 avril 2012) :

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