Jinologie : Ni Kuang, notice bio-bibliographique

Dans sa postface du roman Demi-dieux et Semi-démons, Jinyong indique que, à l’époque où ce roman était publié sous forme de feuilleton dans le Ming Pao, il a dû s’absenter de Hong Kong pendant quelque temps. Afin que le feuilleton ne soit pas interrompu, il a demandé à son ami Ni Kuang (倪匡 [ní kuāng]) de prendre la plume à sa place. Ni Kuang a écrit ainsi quelque 40.000 caractères pour ce roman. Lorsque l’œuvre a été publié sous forme de livre, cette partie rédigée par Ni Kuang, qui constituait en réalité une histoire indépendante, n’a pas été reprise.
Ni Kuang est l’un des grands noms de la littérature populaire chinoise moderne. Né en 1935 à Shanghai, il a d’abord été policier, puis a quitté la Chine pour gagner Hong Kong en 1957. Il a ensuite déménagé à San Francisco en 1992, avant de venir se réinstaller à Hong Kong en 2007.
Ni Kuang est un auteur extrêmement prolifique. Il a publié plus de 300 romans et a également été l’auteur de plus de 400 scénarios pour le cinéma.
Il est connu avant tout pour ses romans de science-fiction. Il a été le premier auteur chinois à vraiment s’illustrer dans ce genre. Il a également écrit un nombre important de romans policiers et de romans fantastiques. Il est également connu pour ses romans d’arts martiaux. Dans ses récits, il mélange volontiers les genres : fantastique, science-fiction, arts martiaux se mêlent volontiers.
Nombreux sont également les romans de Ni Kuang qui ont été adaptés au cinéma.
Certaines œuvres sont des séries d’histoires dans lesquelles le même personnage vit des aventures toutes plus palpitantes les unes que les autres. Le plus connu de ses personnages est un certain Wisely (卫斯理 [wèisīlǐ]), qui est expert en arts martiaux, est polyglotte et possède des connaissances quasi-illimitées. Les histoires de Wisely oscillent souvent entre fantastique et science-fiction. Les romans qui mettent en scène Wisely sont au nombre de 156. Ils ont été publiés entre 1963 et 2004. Wikipedia comporte un article consacré à Wisely, ici.
Un autre personnage de Ni Kuang très connu est Yuan Zhenxia (原振侠 [yuán zhènxiá]), chirurgien de talent formé au Japon, détective amateur, expert en arts martiaux et aventurier invétéré. Les histoires de ce personnage ne sont pas non plus exemptes de fantastique. Cette série comporte quelque 32 romans publiés entre 1981 et 1991. Elle a été adoptée à la télévision hongkongaise dans une série éponyme, dont le titre a été traduit en anglais par The Legendary Ranger. (Voir ici l’article de Wikipedia consacré à cette série.)
La troisième série la plus connue est celle consacrée à « Magnolia, la chevalière noire » (女黑侠木兰花 [nǚhēixiá mùlánhuā]). Cette chevalière des temps modernes est prête à tout moment à venir au secours de la veuve et de l’orphelin. Son fiancé est bien entendu à la hauteur de l’illustre héroïne. Quelque 60 romans content ses aventures, qui ont constitué les lectures favorites de toute une génération de lycéennes hongkongaises. Magnolia a bien entendu elle aussi portée au grand et au petit écran. La liste des soixante romans qui la mettent en scène est donnée dans l’article en chinois, très succinct, que Wikipedia consacre à cette série.
Les romans d’arts martiaux de Ni Kuang appartiennent à une veine assez réaliste. Chez lui, c’est « l’école externe » qui prédomine : ses personnages se sont formés en s’entraînant durement, leur force est physique, il est relativement peu question de la force interne et des techniques mettant en œuvre l’énergie vitale.
Ni Kuang a également écrit un certain nombre d’œuvres de fiction martiale au format nouvelle et au format « novella » (longue nouvelle ou court roman).
Ses livres ont fait l’objet de multiples éditions et rééditions, et se trouvent aussi bien à Hong Kong, qu’en Chine populaire ou à Taïwan.
L’article en anglais que Wikipedia consacre à Ni Kuang se trouve ici (la version française de l’article ne contient que très peu d’informations.)
Nous aurons l’occasion de présenter quelques-uns des récits de Ni Kuang dans la série Jinologie.
La photo de Ni Kuang reproduite ci-dessous vient d’un article du site khnet présentant la carrière littéraire de l’auteur. L’article est à lire en ligne ici.

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Caractères rares (3848/5688) : 镘/鏝

镘 [màn]
Radical : 钅 (métal)
16 traits
Graphie traditionnelle : 鏝 (radical 金, 19 traits)
Signification :
1. truelle (dans le langage courant, pour désigner la truelle, on utilise plutôt le mot 抹子 [mŏzi]) ;
2. (anc.) face d’une pièce de monnaie ne comportant pas d’inscription.
(La photo ci-dessous vient d’un article se trouvant ici, parlant de la valeur des pièces de monnaies anciennes. C’est la photo des deux faces d’une pièce de l’époque des Jin 1115-1234.)
Sinogramme 3849 : 栴

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Jinologie : Demi-dieux et Semi-démons (《天龙八部》) – Duan Yu (段誉) (3)

(La première et la deuxième parties des aventures de Duan Yu se trouvent ici et ici).
Avant de narrer la suite des aventures palpitantes du jeune Duan Yu, nous voudrions parler un peu plus avant de l’épée des six méridiens et, plus précisément, de la façon dont le jeune homme a acquis cette technique.
Comme précisé dans l’épisode précédent, cela se passait au Temple du Dragon Céleste, à Dali, au moment où le moine tibétain Jiu Mozhi venait exiger des vénérables moines qu’ils lui livrassent le secret de cette fameuse technique d’escrime.
Le plus simple est encore de partager un extrait de l’une des adaptations télévisées du roman de Jinyong. Dans la scène ci-dessous, on voit justement le moine tibétain proposer un marché aux moines du Temple du Dragon Céleste. Les vénérables moines refusant catégoriquement de livrer au Tibétain ce secret qui ne se transmet que de bouche de moine du Temple du Dragon Céleste à oreille de moine du Temple du Dragon Céleste, le mécréant combat à lui seul les six moines. Il utilise pour cela une technique non moins redoutable que l’épée des six méridiens : le sabre de flamme.
Quelques remarques avant le visionnage :
1. On remarquera que le nom du pays de Jiu Mozhi, 吐蕃, est bien prononcé [tŭbō], comme expliqué dans l’épisode précédent (la prononciation donnée par le dictionnaire en ligne Yellowbridge est apparemment erronée ; celle donnée par le Handian dans le titre de la page consacrée à ce nom est correcte, mais erronée dans la définition) ;
2. Le lieu du combat dans l’adaptation est différent de celui du roman. Dans le roman, le combat a lieu dans le bâtiment où se sont rassemblés les vénérables moines ; dans l’adaptation, il se déroule au pied des fameuses trois tours du Temple du Dragon Céleste ;
3. Cette scène de l’adaptation télévisée a été tournée sur le site du Temple Chongsheng, aujourd’hui l’un des principaux sites touristiques de la ville de Dali ;
4. Le supérieur du Temple du Dragon Céleste utilise comme pronom personnel l’expression 老衲 [lǎonà] ; 衲 [nà] désigne la robe monastique des moines bouddhistes ; Jiu Mozhi utilise quant à lui l’expression de modestie 小僧 [xiǎosēng], qui, lorsque ce n’est pas un pronom personnel, peut se traduire par « moinillon » ;
5. Ce que propose Jiu Mozhi en échange du manuel de l’épée des six méridiens, ce sont trois livres qui dévoilent rien moins que les soixante-douze techniques suprêmes du temple Shaolin (少林七十二门绝技 [shàolín qīshíèr mén juéjì]), qui sont régulièrement évoquées dans les romans de cape et d’épée chinois, et la façon de les contrer ! Il va sans dire que n’importe quel pratiquant des arts martiaux rêverait d’avoir un tel livre en sa possession !
6. La vidéo ci-dessous est extraite de l’adaptation continentale de 2003 du roman de Jinyong, dans laquelle le rôle de Duan Yu est joué par l’acteur taiwanais Jimmy Lin (林志颖 [lín zhìyǐng], né en 1974). Dans cette version, le rôle de Qiao Feng est joué par l’acteur Hu Jun (胡军 [hú jūn], né en 1968).
Je vous laisse profiter de l’ensemble de la scène, qui dure une quinzaine de minutes (la vidéo vient de Youtube) :

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Caractères (374/5694) : 视/視

视 [shì]
Radical : 见 (voir)
Traits : 8
Graphie traditionnelle : 視 (radical 見, 11 traits)
Significations :
1. regarder, voir : 视觉 [shìjué] : sens de la vue ; 视力 [shìlì] : vision ;
2. s’occuper personnellement de, contrôler personnellement : 视察 [shìchá] : inspecter ;
3. considérer comme, traiter : 重视 [zhòngshì] : attacher de l’importance à ;
4. rendre visite à : 探视 [tànshì] : rendre visite (à un patient, un prisonnier, etc.) ;
5. (anc.) comme, en considérant comme ;
6. (anc.) (utilisé en lieu et place de 示 [shì]) indiquer, montrer.
Sinogramme 375 : 五

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Jinologie : Demi-dieux et Semi-démons (《天龙八部》) – Duan Yu (段誉) (2)

Mise à jour le 20 juin 2018
(La première partie des aventures de Duan Yu se trouve ici).
L’amour que se portent Duan Yu et Mu Wanqing est impossible car, le hasard faisant mal les choses, le père de Mu Wanqing n’est autre que Duan Zhengming, le père de Duan Yu. Duan Zhengming, grand séducteur, a eu quelques aventures extra-conjugales et, au nombre de ses nombreuses maîtresses passées se trouve la mère de Mu Wanqing, Qin Hongmian (秦红棉 [qín hóngmiǎn]). Wanqing est donc la demi-sœur de Yu ! On a frisé l’inceste…
Grâce à sa maîtrise de la « technique divine du septentrion mystérieux », Duan Yu intègre, à son corps défendant, la force interne de nombreux experts en arts martiaux. Cela pose la base nécessaire pour l’assimilation par le jeune homme d’une troisième technique martiale de très belle facture : l’« épée fabuleuse des six méridiens » (六脉神剑 [liù mài shén jiàn]).
L’épée fabuleuse des six méridiens est la technique martiale la plus aboutie du clan Duan. Celui qui maîtrise cette technique s’appuie sur une force interne hors du commun de façon à la concentrer et en faire une lame d’épée invisible, aussi tranchante que l’épée coulée dans le meilleur acier. Cette technique requiert un tel niveau de force interne que personne n’a jamais réussi à maîtriser la totalité des six méridiens ; les plus experts réussissent à maîtriser deux méridiens, mais c’est déjà beaucoup.
Ce sont les secrets de cette technique que convoite un moine bouddhique du royaume de Pugyäl (en chinois 吐蕃 [tŭbō], souvent prononcé, à tort, [tŭfān] ; c’est un royaume tibétain), dénommé Jiu Mozhi (鸠摩智 [jiū mózhì]). Le moine Jiu est, dans ce roman, le méchant qui possède le niveau d’expertise martiale le plus haut. Dans son pays, il a d’ailleurs été élevé au rang de « maître national de Pugyäl » (吐蕃国师 [tŭbō guóshī]). Il maîtrise une technique presque aussi redoutable que l’épée fabuleuse des six méridiens : le « sabre de flamme » (火焰刀 [huŏyàndāo]), qui fonctionne sur des principes similaires.
Dans le but de s’accaparer le manuel secret de l’épée fabuleuse des six méridiens, il vient défier les vieux moines de Dali du Temple du Dragon Céleste. Il se trouve que lorsque Jiu arrive dans le temple où est conservé ce manuel, qui se présente sous la forme d’un sutra, Duan Yu vient justement de se réfugier dans la pièce où les moines se préparent à affronter Jiu. Ce dernier est vraiment trop fort, au point les forces réunies des six moines, chacun maîtrisant l’un des méridiens de la fameuse épée, ne font pas le poids devant le sabre de flamme du moine tibétain. Pendant le combat, Duan Yu, caché derrière le vénérable du monastère, assimile subrepticement et sans le vouloir vraiment, les secrets de l’épée des six méridiens. La force interne qu’il a accumulée est telle qu’il parvient à apprendre les six méridiens, ce que personne n’avait jamais réussi avant lui. Il réussit ainsi à sauver les moines de Dali, au nombre desquels se trouvent son empereur d’oncle et son père. Mais pendant le combat, le sutra dans lequel sont consignés les secrets de l’épée des six méridiens est détruit, si bien que Duan Yu est désormais la seule personne connaissant ces secrets. À la fin du combat, Jiu Mozhi parvient tou`t de même à se saisir de Duan Yu, et l’enlève.
Jiu avait expliqué qu’il avait scellé un pacte avec Murong Bo (慕容博 [mùróng bó])*, installé à Suzhou. La famille Murong est également un clan d’adeptes des arts martiaux, qui aurait réussi à maîtriser toutes les techniques martiales ou presque. Il manque cependant au clan deux ou trois bijoux, dont l’épée des six méridiens. Jiu avait promis à Murong de lui apporter le manuel décrivant cette technique. C’est la raison qu’il invoque d’ailleurs pour exiger des moines de Dali qu’ils lui remettent le manuel. Certes, Murong Bo n’est plus de ce monde, mais pour honorer sa promesse, Jiu Mozhi a décidé d’aller brûler le sutra sur la tombe de son ami. Étant donné que le sutra n’existe plus que dans la tête de Duan Yu, c’est ce dernier qui sera sacrifié sur la tombe de Murong.
Pendant le voyage qui conduit Jiu et le jeune Duan de Dali à Suzhou, le moine tibétain cherche par tous les moyens à soutirer à l’héritier du trône impérial de Dali les secrets de l’épée des six méridiens. Mais le jeune homme est d’une obstination peu croyable et, même sous la torture, refuse absolument de dévoiler ses connaissances. Arrivés sur la rive du lac Taihu (太湖 [tàihú]), Duan Yu et Jiu Zhimo sont conduits en barque par deux jeunes filles, Abi (阿碧 [ābì]) et Azhu (阿朱 [āzhū]) à ce qu’ils croient d’abord être la demeure de la famille Murong. Abi et Azhu sont en fait les fidèles servantes de Murong Fu (慕容复 [mùróng fù]), le fils de Murong Bo. Murong Fu est en voyage et ne se trouve pas à Suzhou. Azhu est experte dans l’art du déguisement, et se joue du moine tibétain. Les deux jeunes filles parviennent à sauver Duan Yu des griffes de Jiu Mozhi. Mais ce n’est que pour tomber de charybde en scylla !
Poursuivis par le moine, le jeune prince et les deux servantes accostent sur une île du lac Taihu. Là, ils sont capturés par Li Qingmeng (李青梦 [lǐ qīngmèng]), tante par alliance de Murong Fu, qui a interdit l’accès de son île à Abi et Azhu, et qui menace de mort tout ressortissant de Dali ou toute personne portant le patronyme de Duan qui arriverait sur l’île.
Pour savoir comment Duan Yu échappe à une mort certaine et comment il rencontre sa « grande sœur fée », je vous invite à lire le prochain épisode.
* Note :  慕容 [mùróng] est un patronyme dissyllabique d’origine Xianbei 鲜卑 [xiānbēi] ; les Xianbei étaient une tribu turco-mongole ; ils fondèrent plusieurs dynasties connues sous le nom de Yan 燕 [yàn], aux quatrième et cinquième siècle de l’ère commune ; cette information est importante pour le roman.
Ci-dessous, l’actrice Liu Tao (刘涛 [liú tào], née en 1978), qui a joué le rôle de la belle et douce Azhu dans la série télévisée sortie en 2003, produite par Zhang Jizhong (张纪中 [zhāng jìzhōng]), adaptée du roman Demi-dieux et Semi-démons. (L’image vient d’ici)

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Caractères (373) : 精

精 [jīng]
Radical : 米 (riz)
Traits : 14
Significations :
1. (étym.) riz blanc de qualité supérieure ;
2. fin, délicat : 精细 [jīngxì] : fin, délicat ;
3. intelligent, vif d’esprit : 精明 [jīngmíng] : astucieux, malin ;
4. quintessence, essence (d’une matière) : 精髓 [jīngsuí] : substantifique moelle, quintessence ;
5. énergie, force (d’une personne) : 精力 [jīnglì] : énergie ;
6. profondément impliqué, concentré : 精诚 [jīngchéng] : bonne foi absolue ;
7. sperme : 精液 [jīngyè] : sperme ; 精子 [jīngzǐ] : spermatozoïde ;
8. très, au plus haut point : 精光 [jīngguāng] : épuisé (p.ex. pour l’argent, la nourriture) ;
9. parfait : 精益求精 [jīng yì qiú jīng] : rechercher la perfection absolue, améliorer sans cesse ;
10. clair, brillant ;
11. esprit, fantôme : 狐狸精 [húlíjīng] : esprit renarde (qui séduit les hommes), séductrice.
Sinogramme 374 : 视

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Jinologie : Demi-dieux et Semi-démons (《天龙八部》) – Duan Yu (段誉), première partie

Duan Yu (段誉 [duàn yù]) est l’un des personnages principaux du roman Semi-dieux et Semi-démons. Il porte le « patronyme national » (国姓 [guóxìng], mot qui désigne le patronyme du souverain) de Dali, Duan (段 [duàn]), car il est le fils du prince Duan Zhengchun (段正淳 [duàn zhèngchún]), frère cadet de Duan Zhengming (段正明 [duàn zhèngmíng]), empereur de Dali.
Duan Zhengming est un personnage historique (si l’on ignore ses dates de naissance et de mort, on sait qu’il régna de 1081 à 1094 sous le nom d’empereur Baoding 保定帝 [bǎodìngdì]). Dans le roman de Jinyong, c’est Duan Yu qui lui succède directement, car Duan Zhengchun succombe avant d’avoir pu accéder au trône. Or, l’histoire de Dali nous apprend que Duan Zhengchun régna de 1096 à 1108 sous le nom d’empereur Wenan (文安皇帝 [wénān huángdì]). C’est en réalité un dénommé Gao Shengtai (高升泰 [gāo shēngtài], mort en 1096) qui usurpa le trône de Dali et succéda à Duang Zhengming (Gao régna de 1094 à 1096). Ce n’est qu’après le règne éphémère de Gao que Duan Zhengchun accéda au trône. Duan Yu est quant à lui un personnage fictif. C’est Duan Heyu (段和誉 [duán héyù], 1083-1176) qui succéda à Duan Zhengchun ; Duan Heyu régna de 1108 à 1147, il est connu sous le nom d’empereur Huangren (黄仁皇帝 [huángrén huángdì]). Il est probable que Jinyong s’est inspiré du nom de Duan Heyu pour nommer son personnage. On voit donc que le romancier a pris des libertés avec l’histoire, mais cela n’a vraiment pas beaucoup d’importance pour l’œuvre littéraire.
Duan Yu est profondément influencé par le bouddhisme. Il a un caractère fantasque et obstiné, et s’intéresse également au jeu de go, au Classique des mutations, à la philosophie chinoise en général. En revanche, il ne s’intéresse absolument pas à l’art du combat, alors que tous les membres du clan Duan de Dali sont des experts. Considérant en effet que le bouddhisme interdit de tuer tout être vivant, Duan Yu refuse résolument de se plier aux exigences de son père et de son oncle, qui veulent qu’il apprenne les techniques martiales, et notamment la technique qui fait la réputation des Duan : le « doigt du yang unique » (一阳指 [yīyángzhǐ]). Duan Yu finit même par fuguer pour échapper aux injonctions familiales.
Ayant entendu parler de la beauté des paysages du mont Wuliang (无量山 [wúliángshān], qui se trouve dans la province du Yunnan, dans l’actuel district autonome Yi de Jingdong 景东彝族自治县 [jǐngdōng yízú zìzhìxiàn]), il s’y rend en compagnie d’un marchand rencontré par hasard. Il fait alors la connaissance d’une jeune et jolie jeune fille, Zhong Ling (钟灵 [zhōng líng]), assez douée en arts martiaux, et effrontée assumée. Duan et Zhong ne sont pas indifférents l’un à l’autre. Ils sont faits prisonniers par la « Bande du divin laboureur » (神农帮 [shénnóngbāng]). Comme son nom le suggère, la Bande du divin laboureur manie les poisons à la perfection (le divin laboureur 神农 [shénnóng], plus connu sous le nom de Shennong, est un personnage mythique de l’antiquité qui aurait appris aux Chinois l’agriculture et la connaissance des plantes médicinales, et aurait acquis une connaissance quasi-exhaustive des poisons). La « mangouste surnaturelle » (神灵貂 [shénlíngdiāo]), dont les crocs sont empoisonnés à faire de croquer du serpent venimeux, de Zhong Ling ayant mordu plusieurs des membres de la Bande, Zhong Ling et Duan Yu sont contraints d’ingérer un poison violent. Duan Yu est envoyé chez Zhong Yu pour récupérer l’antidote au poison de la mangouste ; il n’a que sept jours !
Alors qu’il se fraie un chemin à travers la forêt, il avale de façon tout à fait involontaire une grenouille au venin redoutable, le « crapaud-buffle écarlate et luxuriant » (莽牯朱蛤 [mǎnggŭ zhūhā]). Cette ingestion inocule Duan Yu, qui ne craint plus aucun poison. Poursuivi ensuite par des vilains, il découvre inopinément pendant sa fuite, sur le mont Wuliang, une grotte dans laquelle il est subjugué par la statue d’une femme d’une beauté insoutenable. Ignorant tout du modèle, il la surnomme « grande sœur fée » (神仙姐姐 [shénxiān jiějiě]). Cette « grande sœur » a laissé une lettre enjoignant celui qui la découvre d’apprendre deux techniques martiales exceptionnelles, la « technique divine du septentrion mystérieux » (北冥神功 [běimíng shéngōng]) et les « pas subtils de la vague déferlante » (凌波微步 [língbō wēibù]) ; le « septentrion mystérieux » est une technique qui permet de s’approprier la « puissance interne » (内功 [nèigōng]) des autres, tandis que les « pas subtils », qui se basent sur les soixante-quatre hexagrammes du Classique du mutations, permettent à quiconque maîtrise cette technique de se déplacer de telle façon que personne ne peut vous attraper. Ces deux techniques appartiennent à une école d’arts martiaux mystérieuse : la « secte sans entraves » (逍遥派 [xiāoyáopài]). Il va sans dire que pendant tout le cours du roman, ces deux techniques que maîtrise Duan Yu lui seront d’un immense secours.
En se rendant chez Zhong Ling pour tenter de récupérer l’antidote permettant d’annuler les effets du poison de la mangouste, Duan Yu fait la connaissance de Mu Wanqing (木婉清 [mù wǎnqīng]), experte dans le maniement des « armes dissimulées » (暗器 [ànqì]). Le jeune homme et la jeune fille s’aiment presque instantanément, et prévoient de convoler en justes noces.
Pour savoir pourquoi l’amour que se portent Duan Yu et Mu Wanqing est impossible et comment Duan Yu parviendra à maîtriser une troisième technique martiale inégalable, et sauver par la même occasion la vie de son père, de son oncle et de quelques autres moines vénérables de Dali, je vous invite à patienter jusqu’au prochain épisode.
Ci-dessous, une photo l’actrice hongkongaise Idy Chan (陈玉莲 [chén yùlián, née en 1960) dans le rôle de Wang Yuyan (王语嫣 [wáng yŭyān], personnage féminin principal du roman), qui est le portrait craché de son aïeule, la « grande sœur fée »), dans l’adaptation télévisée de Demi-dieux et semi-démons diffusée en 1982 à Hong-Kong.

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