Jinologie : Le bâton à battre les chiens (打狗棒)

Dans l’univers de Jinyong, la « bande des mendiants » (丐帮 [gàibāng]) est l’une des fraternités de bretteurs souvent mises à contribution. Le rôle de cette bande et de nombreux de ses membres est essentiel dans plusieurs œuvres. Ainsi, dans le premier volet de la « Trilogie du Condor », on fait assez rapidement connaissance avec Hong-le-septième, chef de la bande des mendiants. Ce dernier transmet à la jeune Huang Rong son poste de chef de la bande des mendiants. Dans le deuxième roman de la trilogie, Huang cède à son tour sa place à son gendre Yelü Qi. Dans le roman Demi-dieux et demi-démons, l’un des trois personnages principaux, Qiao Feng/Xiao Feng, est également chef de la bande des mendiants.
Chez Jinyong, les chefs de la bande des mendiants ont tous une chose en commun : leur arme, qui est un « bâton à battre les chiens » (打狗棒 [dǎgǒubàng]). Cette arme a une valeur tout à fait symbolique, puisque c’est le seul moyen de défense dont disposent les mendiants lorsqu’ils sont pourchassés par les molosses que les propriétaires des demeures qui ne veulent pas leur faire l’aumône lâchent sur eux.
Mais le bâton à battre les chiens du chef de la bande des mendiants n’est pas un bâton ordinaire ! Il s’agit d’une magnifique tige de bambou, que l’on devine patinée par le temps et dont le beau vert rappelle la couleur du jade, au point que l’on pourrait croire qu’il est justement fait de jade ou de cristal. Cette tige de bambou se distingue aussi par sa flexibilité. Bien entendu, dans les différentes adaptations télévisées ou cinématographiques de l’œuvre du maître Jinyong, les metteurs en scène ont pris avec le bâton à battre les chiens des libertés plus ou moins grandes.
Le maniement de ce bâton est des plus subtils et sa maîtrise permet à celui ou à celle qui en est armé de tenir tête aux plus experts des malfaisants ! Le bâton est rapide comme l’éclair, souple comme un félin et permet de toucher à coup sûr les points vitaux les plus inattendus.
Les techniques du maniement de l’arme sont regroupées dans un ensemble appelé la « technique du bâton à battre les chiens » (打狗棒法 [dǎgǒu bàngfǎ]), divisée en 36 séries de bottes dont l’apprentissage nécessite souvent de longues semaines, voire de longs mois lorsque l’apprenant ne brille pas par son agilité intellectuelle.
Un petit aparté linguistique : le terme que je traduis par « série » est 路 [lù], route, chemin ; le terme que je rends ici par « botte » est 招数 [zhāoshù], ou 招 [zhāo], mais ce dernier terme peut en réalité s’appliquer aux mouvements individuels de toute technique d’arts martiaux, qu’il s’agisse d’escrime, de boxe, de maniement du fouet, de lance, etc.
Il n’existe pas de manuel ni de traité, même secret, détaillant les 36 séries de bottes. Dès lors, la technique ne peut être transmise que de bouche de chef de la bande des mendiants sur le départ à oreille de futur chef de ladite bande. La technique a été créée de toutes pièces par le père fondateur de la bande des mendiants. Elle a été ensuite transmise aux chefs successifs de la bande. C’est Hong-le-septième, alors qu’il se croit à l’article de la mort, qui apprend à Huang Rong comment manier le bâton, et cette dernière transmet son savoir à son gendre lorsqu’elle décide de se retirer. Cette règle pose d’ailleurs un problème dans le roman Semi-dieux et demi-démons, puisque Qiao Feng est subitement chassé de son poste de chef de la bande des mendiants et ne peut donc pas transmettre la « technique du bâton à battre les chiens » à son successeur, qui d’ailleurs n’est pas encore choisi. Il y a cependant une exception à cette règle intangible : dans Les Amants chevaleresques du condor fabuleux, Huang Rong se voit contrainte d’apprendre la technique du bâton à battre les chiens à Yang Guo, car c’est la seule façon d’assurer la survie de leur groupe, assailli par un adversaire trop fort.
Ci-dessous, une scène de l’une des adaptations télévisées (j’ignore laquelle) de la Légende des héros du condor, dans laquelle Hong-le-septième enseigne la technique à Huang Rong (le vidéo vient de Youtube) :

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Caractères (370/5674) : 产/産

产 [chǎn]
Radical : 亠 (couvercle)
6 traits
Graphie traditionnelle : 産 (radical 生 (vie), 11 traits)
Significations :
1. accoucher (pour une femme), engendrer (pour un animal) : 生产 [shēngchǎn] : accoucher ;
2. fabriquer, produire : 生产 [shēngchǎn] : produire ;
3. production, produit : 土特产 [tǔtèchǎn] : produits du terroir ;
4. se produire, donner lieu à : 产生 [chǎnshēng] : produire (des effets), avoir pour conséquence ;
5. biens, richesses : 不动产 [bùdòngchǎn] : bien immobilier.
Caractère 371 : 答

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Jinologie : Les prénoms de Guo Jing et de Yang Kang (L’infâmie de l’ère Jingkang)

Les deux personnages masculins principaux de la Légende des héros du condor sont Guo Jing (郭靖 [guō jìng]) et Yang Kang (杨康 [yáng kāng]). Ils sont les fils respectivement de Guo Xiaotian (郭啸天 [guō xiàotiān]) et Yang Tiexin (杨铁心 [yáng tiěxīn], deux patriotes qui habitent dans le « village de la famille Niu » (牛家村 [niújiācūn]). Qiu Chuji (丘处机 [qiū chǔjī]), disciple de la deuxième génération de la secte taoïste Quanzhen (全真教 [quánzhēnjiào), fuyant les sbires de la cour impériale qui sont à sa poursuite, arrive dans le village de la famille Niu et fait la connaissance de Guo Xiaotian et de Yang Tiexin, avec lesquels il se lie d’amitié. Qiu apprend que les épouses respectives de Guo et de Yang sont enceintes, et choisit les noms des futurs bébés : Guo Jing et Yang Kang. Jinyong ne précise pas la date exacte de ces évènements, mais le lecteur comprend facilement que l’on est à la fin de l’époque des Song du Sud (南宋 [nánsòng], 1127-1279). Si le taoïste choisit ces deux prénoms pour les enfants à naître, ce n’est bien entendu pas par hasard : c’est pour que se perpétue le souvenir douloureux de « l’infâmie de l’ère jingkang » (靖康之耻 [jìngkāng zhī chǐ]).
« Jingkang » (靖康 [jìngkāng]) est le nom de l’unique ère qui marque le règne de l’empereur Qinzong des Song (宋钦宗 [sòng qīnzōng]), Zhao Heng (赵恒 [zhào héng], 1100-1156, r. 1126-1127).
Zhao Heng est monté prématurément sur le trône impérial, puisqu’en 1126, son père, Zhao Ji (赵佶 [zhào jí]), l’empereur Huizong des Song (宋徽宗 [sòng huīzōng], 1082-1135, r. 1100-1126), abdique en sa faveur, alors qu’il est encore en bonne santé. Zhao Ji cède le trône à son fils parce qu’il n’arrive plus à faire face aux attaques répétées des Jurchen (女真 [nǚzhēn]), qui avaient créé la dynastie des Jin (金朝 [jīncháo]) après s’être affranchis de la tutelle des Liao (辽国 [liáoguó]), empire fondé par les Khitan (契丹 [qìdān]). L’empire des Song s’était dans un premier temps allié aux Jin pour lutter contre l’ennemi commun ; mais les Song se révélèrent de bien piètres alliés, et les Jin comprirent vite qu’ils pouvaient profiter de la faiblesse des Song pour agrandir leur territoire.
Après avoir anéanti le royaume des Liao en 1125, les Jin lancèrent en 1126 plusieurs attaques contre les Song, s’emparèrent de nombreux territoires et forcèrent les Song à leur reverser le tribut qu’ils payaient auparavant aux Liao. En 1127, la deuxième année de l’ère jingkang, les Jin finirent par s’emparer de la capitale des Song, Bianjing (汴京 [biànjīng], l’actuelle ville de Kaifeng 开封 [kāifēng]). Les soldats Jin pillèrent la ville, l’incendièrent en partie, et surtout, infâmie suprême, firent prisonniers les empereurs Huizong et Qinzong, les deux impératrices, la plupart des princes dont le prince héritier, l’essentiel du personnel de la cour et un grand nombre de hauts fonctionnaires. On estime le nombre des personnes qui furent contraintes de suivre les armées des Jin fut supérieur à 100 000. Huizong et Qinzong moururent en captivité.
C’est suite à la capture de Bianjing que la capitale des Song fut déplacée à Lin’an (临安 [lín’ān], l’actuelle ville de Hangzhou, dans la province du Zhejiang). Le prince Zhao Gou (赵构 [zhào gòu], 1107-1187), neuvième fils de Huizong, s’y autoproclama empereur. Il régna de 1127 à 1162, date à laquelle il abdiqua en faveur du prince héritier Zhao Shen (赵昚 [zhào shèn], 1127-1194, r. 1162-1189), connu sous le nom d’empereur Xiaozong des Song (宋孝宗 [sòng xiàozōng]). L’installation des Song à Lin’an marque le début de la dynastie des Song du Sud.
Les Chinois conservèrent longtemps le souvenir douloureux de l’infâmie de l’ère jingkang, d’autant plus les querelles internes à la tête de l’État, les complots des courtisans et la mise à l’écart des hauts fonctionnaires les plus qualifiés comptèrent beaucoup dans la débandade des armées Song.
Dans le deuxième volet de la « trilogie des héros du condor », Les Amants chevaleresques du condor fabuleux, Guo Jing continue à défendre la dynastie des Song du Sud en participant activement à la défense de Xiangyang (襄阳 [xiàngyáng]), ville assiégée par les Mongols.
Dans le roman Demi-dieux et Semi-démons, dont l’intrigue se déroule à la fin de l’époque des Song du Nord, l’un des personnages principaux, Xiao Feng (萧峰 [xiāo fēng]), se révèle être descendant de Khitan, ce qui a des implications profondes dans le déroulement de l’intrigue.
Nous aurons donc très probablement l’occasion de reparler de cette période de l’histoire de Chine dans la rubrique « Jinologie ».
Ci-dessous, la carte de la Chine en 1142 (l’image vient de l’article que Wikipedia consacre à la dynastie des Song) :

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Caractères (369) : 坐

坐 [zuò]
Radical : 土 (terre)
7 traits
Significations :
1. s’asseoir, assis : 席地而坐 [xídì ér zuò] : s’asseoir par terre ;
2. prendre, emprunter un véhicule : 坐飞机 [zuò fēijī] : prendre l’avion ;
3. garder (un lieu), rester immobile (en un lieu) : 坐庄 [zuòzhuàng] : (figuré) faire la banque (dans un jeu d’argent) ;
4. site, emplacement (d’un bâtiment) : 坐落 [zuòluò] : être situé à, se trouver à (pour un bâtiment) ;
5. placer sur le feu (une casserole, une théière, etc.) : 坐锅 [zuò guō] : mettre la casserole sur le feu ;
6. recul, force de recul : 后坐 [hòuzuò] : recul (d’une arme) ;
7. (anc., préposition) car, parce que ;
8. (anc., adverbe) en vain, pour rien, sans cause, etc. ;
9. commettre un crime : 坐赃 [zuòzāng] : corruption, corrompre ;
10. porter des fruits (aux sens propre et figuré) : 坐果 [zuòguǒ] : fructifier, porter ses fruits ;
11. (utilisé en lieu et place de 座) place assise, siège.
Sinogramme 370 : 产

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Jinologie : Momu et autres laiderons de légende

Dans le chapitre 22 du roman de Jinyong Demi-dieux et semi-démons (《天龙八部》 [tiānlóng bābù]), l’auteur dépeint la scène d’un homme d’âge mûr sauvant de la noyade une jolie jeune fille. La compagne de cet homme, qu’elle juge par trop volage, se moque de lui en disant : « C’est vrai, effectivement, tu n’as jamais aimé les jolies femmes, tu n’aimes que les laiderons du genre de Momu ou Wuyan… » (“不错,不错,你从来不好色,就只喜欢无掩嫫母丑八怪”). L’expression 丑八怪 [chǒubāguài] désigne une personne laide, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Mais un petit commentaire relatif à Momu et à Wuyan ne semble pas inutile.
Dans la culture chinoise Momu (嫫母 [mómǔ]) est l’archétype de la femme laide. On raconte qu’elle était la concubine de l’Empereur Jaune 黄帝 [huángdì], souverain légendaire qui, selon la tradition, aurait régné vers le milieu du troisième millénaire avant l’ère chrétienne. Si l’Empereur Jaune avait épousé Momu, laideron notoire, c’était, disent les Chinois amateurs de moraline, uniquement dans un but civilisateur : en cette époque reculée, la coutume voulait en effet que les guerriers d’une tribu allassent capturer les filles et femmes de la tribu rivale pour en faire leurs épouses. Dès lors, les hommes tentaient de capturer les plus belles, les plus laides étaient délaissées. L’Empereur Jaune voulait éduquer son peuple et lui faire comprendre que la vertu était une qualité autrement plus importante que la beauté extérieure, et c’est la raison pour laquelle il aurait décidé d’épouser Momu, femme réputée pour sa laideur, mais à la vertu irréprochable. Cette notion a été conservée dans la langue populaire, puisque l’on dit d’une femme qu’elle a une apparence très vertueuse (长得很贤惠 [zhǎngde hěn xiānhuì]) pour ne pas dire franchement que l’apparence n’est pas la plus grande de ses qualités. Une autre expression euphémique et beaucoup moins élégante pour parler de la laideur d’une femme consiste à dire que son apparence est « sans danger » (长得很安全 [zhǎngde hěn ānquán]) : la femme dont on dit que l’apparence est « sans danger » est si laide qu’elle ne court aucun risque d’être assaillie par des importuns que les belles filles émoustillent.
Momu est le premier des « quatre laiderons célèbres » (四大丑女 [sìdà chǒunǚ]) de l’histoire de Chine. Le deuxième est également mentionné dans le texte de Jinyong : il s’agit de Zhong Wuyan 钟无盐 [zhōng wúyán], plus connue sous le Zhong Wuyan 钟无艳 [zhōng wúyàn] ou encore Zhong Lichun 钟离春 [zhōng líchūn]. Cette femme était si laide que, quadragénaire, elle n’avait toujours pas trouvé de mari. Elle était cependant d’une intelligence rare et alla trouver le roi Xuan de Qi (齐宣王 [qí xuānwáng]), qui régna de 319 à 301 avant l’ère chrétienne. Ce dernier fut subjugué par son intelligence et en fit sa reine.
Le troisième des laiderons célèbres de Chine est Meng Guang 孟光 [mèng guāng], qui vécut à l’époque des Han de l’Est (东汉 [dōnghàn], 25-220 de l’ère commune) et fut l’épouse de Liang Hong 梁鸿 [liáng hóng], poète célèbre dont la biographie est donnée dans le Livre des Han postérieurs (《后汉书》 [hòuhànshū]). Meng Guang témoignait à son époux un respect sans faille. Elle était donc un modèle de vertu féminine. Lorsqu’elle servait à manger à son mari, elle élevait le plateau où étaient disposés les bols à la hauteur de ses yeux, afin d’éviter de manquer de respect à son époux en le regardant droit dans les yeux. Le proverbe 举案齐眉 [jǔ’àn qíméi], littéralement « porter le plateau à la hauteur de ses sourcils », qui décrit le respect mutuel que se portent des époux, vient de cette histoire.
Le quatrième laideron fameux de l’histoire de Chine est Dame Ruan (阮氏 [ruǎnshì]). À l’époque des Trois Royaume, Xu Yun (许云 [xǔ yún]), l’un des généraux les plus en vue du royaume de Wei, épousa sans la connaître la fille de Ruan Gong, le commandant de la garde royale. La nuit des noces, lorsque Xu Yun souleva le voile qui cachait le visage de la jeune mariée, il constata que cette dernière était d’une laideur effarante. Il quitta la chambre nuptiale en proie à la plus vive colère et ne voulut plus y rentrer. Un ami lui expliqua que Ruan Gong lui avait donné sa fille en épouse à dessein. Xu Yun se résolut donc à regagner la chambre nuptiale, mais, devant le spectacle de la laideur de sa jeune épouse, il essaya à nouveau de s’enfuir ; la jeune femme lui prit le bras et le lâcha plus. Xu Yun s’emporta contre la nouvelle mariée : « Possèdes-tu les quatre vertus(1) ? » Dame Ruan répliqua : « Des quatre vertus, il ne me manque que la beauté. Et toi, est-ce que tu possèdes les cent qualités(2) ? » « Oui, bien sûr ! », répondit Xu Yun. Dame Ruan répondit : « La première des cent qualités est celle de la vertu. Or, la vertu te fait complètement défaut, puisque seule t’importe la beauté physique ! » Xu Yun ne trouva rien à répondre, et fut satisfait de l’intelligence de son épouse, qui le sauva même d’une disgrâce impériale.
Notes : (1) Les quatre vertus (四德 [sìdé]) sont les vertus que doit posséder l’épouse accomplie : 妇德 [fùdé] : vertu qui sied à l’épouse, 妇言 [fùyán] : la modestie en paroles qui sied à une épouse ; 妇容 [fùróng] : la manière de se comporter et la prestance qui sied à une épouse ; 妇功 [fùgōng] : les talents que doit posséder une épouse (tissage, couture, broderie, etc.).
(2) Les cent qualités (百行 [bǎixíng]) : la manière doit dont se comporter l’homme de bien.
En plus des quatre laiderons célèbres, la tradition chinoise se souvient encore d’autres femmes renommées pour l’ingratitude de leur physique :
« Su la tumeur » 宿瘤女 [sùliúnǚ] : épouse du roi Min de Qi (齐湣王 [qí mǐnwáng]), elle était à l’origine une cueilleuse de feuilles de mûrier. Elle était atteinte au cou d’une tumeur disgracieuse.
Huang Yueying 黄月英 [huáng yuèyīng], qui vécut à la fin du deuxième et au début du troisième siècle. Elle était l’épouse du stratège Zhuge Liang 诸葛亮 [zhūgé liàng]. Brillant par une intelligence digne de son fameux époux, elle était, dit la rumeur, de petite taille et avait la peau sombre.
L’épouse de Dengtuzi 登徒子 [dēngtúzǐ]. Dengtuzi est sans doute un personnage fictif. Ce personnage apparaît dans un fu intitulé le Fu de Dengtuzi le libidineux (《登徒子好色赋》 [dēngtúzǐ hàosè fù]), une fable dans laquelle on raconte que le mandarin Dengtu voulut dénigrer Song Yu 宋玉 [sòng yù], grand poète du royaume de Chu, devant son souverain, disant que Song Yu aimait les femmes plus que de raison et qu’il fallait dès lors lui interdire absolument l’accès au gynécée. Song Yu, interrogé par son souverain, lui prouva qu’il n’en était rien, mais expliqua en revanche que Dengtu avait une épouse dont la laideur était légendaire, ce qui ne l’avait pas empêché de lui faire cinq enfants, et que c’était donc lui le libidineux…
Shi l’Orientale (东施 [dōng shī]), l’héroïne du fameux proverbe 东施效颦 [dōngshī xiào pín], Dong l’Orientale imite le froncement de sourcils (de Xishi, Shi l’Occidentale 西施 [xīshī]) : Xishi est l’une des quatre beautés célèbres de la Chine antique. Même lorsque son cœur la faisait souffrir et qu’elle en fronçait les sourcils, on ne pouvait qu’être subjugué par sa beauté. Shi l’Orientale, qui était d’une laideur évidente, crut que la beauté de l’autre Shi résidait dans ce froncement de sourcils, et voulut vainement l’imiter.
Jia Nanfeng (贾南风 [jiǎ nánfēng]), le laideron fait impératrice. Fille du général Jia Chong (贾充 [jiǎ chōng], 217-282), qui contribua largement à la fondation de la dynastie des Jin de l’Ouest (西晋 [xījìn]), elle était d’une laideur peu commune. Elle fut malgré tout mariée au prince héritier, Sima Zhong (司马衷 [sīmǎ zhōng]) et fut donc impératrice lorsque celui-ci accéda au trône.
Ci-dessous, un tableau du peintre Liu Ergang (刘二刚 [liú èrgāng], né en 1947) illustrant le proverbe de Shi l’Orientale (l’image vient d’ici) :

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Caractères rares (3844) : 栩

栩 [xǔ]
Radical : 木 (arbre)
10 traits
Significations :
1°) (d’après Yellowbrigde) chêne denté, Quercus serrata ;
2°) vif, vivant, plein de vie : 栩栩如生 [xǔxǔ rúshēng] : très réaliste, vibrant de vie (p.ex. pour une peinture).
Sinogramme 3845 : 𨸏

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Histoires de Chine : Je n’ai pas tué Boren…

Il arrive que l’on entende quelqu’un qui a provoqué involontairement la chute d’une autre personne invoquer un épisode bien connu de l’histoire de Chine, en s’exclamant : « 我不杀伯仁,伯仁却因我而死 [wǒ bùshà Bórén, Bórèn què yīn wǒ ér sǐ] ».
L’anecdote tragique de la mort de Zhou Boren (周伯仁 [zhōu bórén]), ou Zhou Yi (周顗 [zhōu yǐ]), haut fonctionnaire de la cour des Jin de l’Est (东晋 [dōngjìn]), né en 269, est rapportée dans le Livre des Jin (《晋书》 [jìnshū]). L’histoire est la suivante :
La première année de l’ère Yongchang (永昌 [yǒngchāng]) du règne de l’empereur Yuan de Jin (晋元帝 [jìn yuándì]), c’est-à-dire en l’an 322 de notre ère, Wang Dun (王敦 [wáng dùn], 266-324), alors inspecteur impérial d’une région de l’empire des Jin, se révolta contre le pouvoir impérial. Wang Dao (王导 [wáng dǎo], 276-339), frère cadet de Wang Dun, occupait quant à la lui les fonctions de Ministre des Travaux publics (司空 [sīkōng]). Suite à la révolte de Wang Dun, il fut conseillé à l’empereur de se livrer à des représailles en faisant éliminer tous les membres de famille Wang (qui était alors une famille influente) se trouvant à la capitale.
Wang Dao, apprenant la nouvelle, se présenta aux portes du palais pour demander grâce à l’empereur. Alors qu’il attendait, il vit arriver l’un des amis, Zhou Boren, qui avait été convoqué en audience. Wang Dao interpela Zhou Boren et lui demanda d’intervenir pour lui auprès de l’empereur. Zhou fit semblant de l’ignorer complètement, mais, arrivé devant l’empereur, il plaida la cause de Wang et réussit à convaincre le souverain que Wang Dao était d’une fidélité irréprochable et ne méritait pas la mort. L’empereur se rangea à l’avis de Zhou. Lorsque celui-ci sortit du palais, Wang Dao était toujours là. Wang interpela Zhou de nouveau, mais ce dernier resta de marbre. Cependant, une fois rentré chez lui, pour appuyer son intervention, Zhou rédigea un mémoire en faveur de Wang Dao, qui ignorait tout de l’intervention de Zhou.
Wang Dun, à la tête des troupes rebelles, finit par arriver aux portes de la capitale impériale. L’empereur, pris de panique, fit de Wang Dun son premier ministre. Wang Dun se mit alors à éliminer tous ceux qui s’étaient opposés à lui, dont Zhou Boren.
Wang Bin (王彬 [wáng bīn]), cousin en ligne paternelle de Wang Dun, intercéda en faveur de Zhou Boren. Wang Dun se tourna alors vers Wang Dao pour lui demander ce qu’il en pensait. Wang Dao, qui en voulait à Zhou car il croyait que celui-ci n’avait rien fait pour lui, garda le silence. Wang Dun fit donc exécuter Zhou.
Ce n’est que lorsque Wang Dao se rendit aux archives impériales et lut le mémoire que Zhou Boren avait rédigé à l’attention de l’empereur, qu’il sut que lui et les membres de sa famille n’avaient eu la vie sauve que grâce à l’intervention de Zhou. Et c’est à ce moment-là qu’il prononça cette fameuse phrase de regret : « Ce n’est pas moi qui est tué Boren, mais c’est à cause de moi que Boren est mort ! »
Ci-dessous, un portrait de l’empereur Yuan de Jin (l’image vient de l’article que Wikipedia consacre à cet empereur, ici) :

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