Bibliographie : Zhu Zhenmu, Le Dragon volant

Parmi les œuvres connues de l’auteur de romans de cape et d’épée Zhu Zhenmu (朱贞木 [zhū zhēnmù], 1905- ?) se trouve Le Dragon volant (《飞天神龙》 [fēitiān shénlóng]), qui fut probablement d’abord publié sous forme de feuilleton, avant de paraître en un volume en mars 1949.
Ce court roman de 4 chapitres conte l’histoire, qui se déroule à la fin de la dynastie des Qing, de Zhi Daoheng (志道恒 [zhì dàohéng]), le chef de l’école Wudang (武当派 [wǔdāngpài] ; le mont Wudang 武当山 [wǔdāngshān] se trouve dans l’actuelle province du Hubei), poursuivi par des membres de l’école Kongtong (崆峒派 [kōngtóngpài] ; le mont Kongtong 崆峒山 [kōngtóngshān] se trouve dans l’actuelle province du Gansu). Zhi avait en effet, dans sa jeunesse, vengé la mort de son frère et de sa belle-sœur, victimes des débordements d’un jeune débauché, Zhou Xiaoren (周小仁 [zhōu xiǎorén]), fils du préfet de Ji’an (吉安府 [jí’ānfǔ], dans l’actuelle province du Jiangxi). Zhou, pour se livrer sans danger à ses exactions, entretenait une bande d’hommes de main, au nombre desquels se trouvaient quelques disciples de l’école Kongtong. La nuit où Zhi Daoheng se rend dans la résidence du préfet pour venger la mort de son frère, il tue non seulement le sinistre Zhou, mais aussi deux bretteurs de l’école Kongtong.
Certains membres de cette dernière école veulent laver cet affront dans le sang, mais ils en sont empêchés par le très sage maître de l’école alors en place. Vingt ans plus tard, alors que ce maître est décédé et remplacé par le très roué Hu Qiujian (胡秋剑 [hú qiūjiàn]), la vendetta n’a pas été oubliée et Hu, avec son acolyte Zhao Jiasou (赵甲叟 [zhào jiǎsǒu]) et quelques autres sbires nourris des plus mauvaises intentions, vont chez Zhi pour assouvir leur vengeance.
Zhi avait pris sous son aile les enfants de son frère, son neveu Zhi Jingyi (志精一 [zhì jīngyī]) et sa nièce Zhi Zhenzhen (志真真 [zhì zhēnzhēn], et les avait élevés dans le respect de l’éthique des chevaliers chinois ; il leur avait bien entendu enseigné les techniques martiales de l’école Wudang.
Lorsque Hu, Zhao et leurs nervis arrivent chez Zhi Daoheng, l’oncle, le neveu et la nièce opposent à la bande une résistance héroïque, mais, croulant sous le nombre, ils sont contraints de prendre la fuite. Ils se trouvent alors séparés.
On perd d’abord la trace de l’oncle, mais on retrouve rapidement celle du neveu, qui, grièvement blessé lors du combat qui l’opposait aux gredins de l’école Kongtong, parvient à se traîner près de la demeure de gens simples d’un village, qui le sauvent.
Zhi Zhenzhen, la nièce, est quant à elle recueillie par une jeune femme qui commande l’une des troupes du Royaume céleste de la paix suprême (les Taiping).
Le roman se termine alors que les principaux personnages sont séparés.
Heureusement pour le lecteur, Le Dragon volant n’est que le premier volet d’une série dans laquelle on retrouve les personnages.
Dans le deuxième volet, intitulé La Vallée des épreuves (《炼魂谷》 [liànhúngǔ]), on retrouve la trace de l’oncle, Zhi Daoheng, aux trousses duquel sont toujours les tenaces bretteurs de l’école Kongtong. Zhi est capturé par Hu Qiujian ; le lecteur a alors pour lui des sueurs froides, car les intentions de Hu sont des plus claires. Mais il est sauvé in extremis par un mystérieux et très expert maître d’arts retiré du monde.
Dans ce deuxième volet, on suit encore, en pointillés, les aventures du neveu et de la nièce. Des amitiés se lient, des ennemis se révèlent, des histoires d’amour se nouent… D’ailleurs, à la fin de la Vallée des épreuves, Zhu Zhenmu annonce qu’il dévoilera des développements importants concernant les aventures sentimentales des jeunes gens et jeunes filles impliqués dans l’intrigue.
Mais contre toute attente, le troisième volet, L’Île de la diablesse resplendissante (《艳魔岛》 [yànmódǎo]), le récit prend une toute autre tournure.
En effet, les personnages rencontrés dans le deuxième volet de l’histoire se trouvent impliqués dans une sombre affaire d’usurpation de pouvoir par des maîtres d’arts martiaux peu recommandables installés dans une île de l’Asie du Sud Est insulaire, appelée « l’île de la diablesse resplendissante ». Ces sombres personnages cherchent à chasser du trône local une superbe jeune femme, puissante et aimée de son peuple, et de surcroît munie d’ailes qui lui permettent de voler dans les airs. Les noirs desseins des Chinois sont mis à jour et contrecarrés grâce à l’intervention d’un jeune et beau redresseur de torts, experts en arts martiaux, au charme duquel la reine de l’île paradisiaque succomberait volontiers…
De la suite des aventures du neveu et de la nièce de Zhi Daoheng, on ne saura malheureusement jamais rien, puisque Zhu Zhenmu n’a pas donné de suite à cette saga.
Le style de Zhu Zhenmu est assez littéraire, mâtiné d’expressions tirées du chinois classique, et très différent de ceux des auteurs du nouveau roman d’arts martiaux.
L’intrigue, complexe à souhait, de cette trilogie, est assez alambiquée, et n’a visiblement pas fait l’objet d’une réflexion préalable très approfondie.
Les descriptions de scènes de combat, assez réalistes au début de l’œuvre, deviennent de plus en plus fantastiques. Les maîtres d’arts martiaux s’envolent dans les airs, parcourent des milliers de kilomètres en quelques heures ; leurs besaces sont truffées d’armes et de poisons les plus extraordinaires et les plus inattendus…
Zhu Tianmu a intégré dans son histoire des histoires d’amour passablement tarabiscotées ; il va même, lorsqu’il met en scène le personnage historique Hong Xuanjiao (洪宣娇 [hóng xuānjiāo]), la générale de l’armée féminine des Taiping et sœur jurée de Hong Xiuquan (洪秀全 [hóng xiùquán]), jusqu’à attribuer à la générale une sexualité débridée et à insérer dans le récit des scènes d’un érotisme (presque) torride.
En somme, une lecture intéressante, et assez divertissante.
Le Dragon volant et ses deux suites ont été réédités en un volume, en 2012, dans la collection « Romans de cape et d’épée classiques de l’époque de la République » (民国武侠小说经典 [mínguó wǔxiá xiǎoshuō jīngdiǎn]), aux « Éditions de l’Amitié de Chine » (中国友谊出版公司 [zhōngguó yǒuyi chūbǎn gōngsī) (ISBN : 978-7-5057-3089-2).

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Caractères (341) : 必

必 [bì]
Radical : 心 (cœur)
5 traits
Significations :
1. sûrement, certainement : 必定 [bìdìng] : certainement, sans faute ; 必须 [bìxū] : il faut, il est nécessaire de ; 务必 [wùbì] : il faut absolument ;
2. déterminer, assurer ;
3. têtu, obstiné ;
4. vraiment, effectivement.
Sinogramme 342 : 该

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Zhu Zhenmu, notice bio-bibliographique

Sinoiseries a déjà cité le nom Zhu Zhenmu (朱贞木 [zhū zhēnmù]) dans le billet consacré aux « héritiers » du genre du roman chevaleresque à l’époque de la République (voir ici). Il était l’un des « cinq maîtres du Nord ».
J’ai découvert récemment l’un de ses principaux romans, Le Dragon volant (《飞天神龙》 [fēitiān shénlóng]). Avant de présenter cette œuvre, il ne me semble pas inutile de parler de son auteur.
Zhu Zhenmu est né en 1905 à Shaoxing, dans la province du Zhejiang. Il est rattaché au groupe des cinq maîtres du Nord car il fait toute sa carrière à Tianjin, pendant les années 1920 à 1940. Il était réputé pour ses talents de graveur de sceaux, pour la qualité de ses articles, et pour sa poésie.
C’est au début des années 1930, après la parution du premier volet de la Légende des Bretteurs des monts de Shu (《蜀山剑侠传》 [shǔshān jiànxiá zhuàn]) composé par son collègue de travail Li Shoumin (李寿民 [lǐ shòumín], le célèbre « Maître de la tour de la perle restituée 还珠楼主 [huánzhū lóuzhǔ]) que l’idée est venue à Zhu de mettre son pinceau au service du roman de cape et d’épée.
Parmi ses premières œuvres, la plus marquante est la trilogie qui comprend Le Dragon volant, La Vallée des épreuves (《炼魂谷》 [liànhúngǔ]) et L’Ile de la diablesse resplendissante (《艳魔岛》 [yànmódǎo]). C’est par le biais de cette trilogie que j’ai découvert Zhu Zhenmu. J’y consacrerai un prochain billet.
L’œuvre la plus connue de Zhu Zhenmu est sans doute La Stèle des sept meurtres (《七杀碑》 [qīshābēi]), qui prend le prétexte de la sécession de Zhang Xianzhong (张献忠 [zhāng xiànzhōng], 1606-1647) pour glorifier les actions chevaleresques de sept maîtres d’arts martiaux dans le sud de la région du Sichuan. C’est ce roman qui a assuré la célébrité de Zhu Zhenmu.
Deux autres romans de cet auteur sont bien connus : Le Rugissement du tigre et la Plainte du dragon (《虎啸龙吟》 [húxiāo lóngyīn]) et Madame Luo Sha (《罗刹夫人》 [luó shā fūrén]). Une page de blog, ici, donne la liste complète des œuvres de Zhu Zhenmu avec leurs dates de parution.
Zhu Zhenmu fait vraiment la charnière entre le roman chevaleresque de l’époque républicaine et l’école du nouveau roman d’arts martiaux, au point qu’on a pu le surnommer « l’ancêtre du roman d’arts martiaux de la nouvelle école ».
Son écriture est d’une grande élégance et s’appuie visiblement sur une bonne connaissance de la littérature chinoise classique. Les personnages de Zhu sont des experts en arts martiaux qui maîtrisent les techniques les plus extraordinaires. Les amours complexes, les scènes à connotation érotique, les jeunes femmes qui n’hésitent pas à déclarer leur flamme aux hommes qui leur plaisent, peuplent l’univers de Zhu Zhenmu.
Cet auteur a apparemment cessé d’écrire après la fondation de la République populaire. On ignore complètement ce qu’il est advenu de lui.
Ci-dessous, la couverture d’une édition moderne de Madame Luo Sha (l’image vient de l’article consacré à Zhu Zhenmu sur Baidu, ici.)

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Caractères rares (3826) : 吲

吲 [yǐn], [shěn]
Radical : 口 (bouche)
7 traits
Signification [yǐn]
Le sinogramme 吲 a été utilisé pour transcrire le son [in] dans des mots relevant du domaine de la chimie. On le trouve dans le mot 吲哚 [yǐnduǒ], qui est le nom chinois de l’indole, qui est un composé organique aromatique hétérocyclique, et dans le mot 吲唑 [yǐnzuò], qui désigne l’indazole.
(Le sinogramme 哚 sera traité à l’épisode 3827 de cette série ; l’épisode 3609 a présenté le sinogramme .)
Signification [shěn]
Prononcé [shěn], le caractère 吲 est utilisé en lieu et place de 哂 (qui est aussi un caractère rare) et signifie alors « sourire », ou bien « se moquer de ».
Sinogramme 3827 : 哚

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Les romans de chevalerie à l’époque de la République : les héritiers

Dans la première partie de ce diptyque, nous avions présenté les précurseurs du roman d’arts martiaux de l’époque républicaine (voir ici). Dans cette seconde partie, nous allons parler des « cinq maîtres de l’école du Nord » (北派五大家 [běipài wǔdàjiā]), qui sont les héritiers des premiers.
Le plus connu de ces cinq maîtres utilisait le nom de plume de « Maître de la tour de la perle restituée » (还珠楼主 [huánzhū lóuzhǔ]), de son vrai nom Li Shoumin (李寿民 [lǐ shòumín], 1902-1961). Li a suscité un énorme engouement, et comptait des fans inconditionnels, surnommés les « égarés de la perle retrouvée » (还珠迷 [huánzhūmí]). Certains n’ont pas hésité à conférer à Li le titre de « roi du roman d’arts martiaux moderne » (现代武侠小说之王 [xiàndài wǔxiá xiǎoshuō zhī wáng]). Cet auteur est resté gravé dans la mémoire des amateurs, et, à l’occasion du 110ème anniversaire de sa naissance, en 2013, son œuvre la plus marquante, La Légende des Bretteurs des monts de Shu (《蜀山剑侠传》 [shǔshān jiànxiá zhuàn]) a été rééditée à grand renfort de publicité.
Ce roman est une œuvre majeure du roman d’arts martiaux moderne. C’est un travail monumental, composé de 309 chapitres, comptant plus de quatre millions de caractères. Li Shoumin a commencé à écrire ce livre en 1930, et l’a poursuivi jusqu’en 1948. Et pourtant, l’œuvre est restée inachevée (Li a cessé d’écrire au moment de l’avènement de la République Populaire de Chine). Le romancier a fait preuve dans cette œuvre d’une imagination sans bornes, et s’est très peu soucié de réalisme. Il a créé un univers mêlant les arts martiaux, le fantastique, les légendes, et les trois grands courants de pensées chinois : confucianisme, bouddhisme et taoïsme. Ce monument a été porté à l’écran à plusieurs reprises, et donné lieu à plusieurs séries télévisées.
Ci-dessous, le générique de début de la série intitulée Les nouveaux Bretteurs des monts de Shu (《新蜀山剑侠》 [xīn shǔshān jiànxiá]), en quarante épisodes, sortie à Taiwan en 2002 :

Li Shoumin a en outre publié de nombreux autres romans d’art martiaux. Une liste assez complète se trouve dans l’article en chinois que Wikipedia consacre à cet auteur, ici.
Le deuxième des maîtres de l’école du Nord est Baiyu (白羽 [báiyǔ], nom de plume de Gong Zhuxin (宫竹心 [gōng zhúxīn], 1899-1966). Cet auteur s’est rendu célèbre avec Les douze Dards en forme de sapèque (《十二金钱镖》 [shí’èr jīnqiánbiāo]), publié en 1938. Mais avant cela, il avait publié en feuilleton, à partir de 1927, dans le Quotidien du Monde (《世界日报》 [shìjiè rìbào]), un premier roman intitulé Le Chevalier généreux à la tunique bleue (《青衫豪侠》 [qīngshān háoxiá]). Avant d’être romancier populaire, Baiyu était en fait un spécialiste des inscriptions anciennes.
Son œuvre la plus représentative est La Boxe dérobée (《偷拳》 [tōuquán]). Dans ce roman, Baiyu relate de façon romancée l’histoire de Yang Luchan (杨露禅 [yáng lùchán], 1799-1872), fondateur du taijiquan de style Yang (杨式太极拳 [yángshì tàijíquán]) (pour ce style de taijiquan, voir l’article en français que Wikipedia lui consacre, ici). Yang Luchan voulait apprendre les arts martiaux. Après avoir été dupé à plusieurs reprises et après avoir essuyé de multiples refus, Yang avait fini par se faire embaucher par le maître de l’école Chen du taijiquan (陈式太极拳 [chénshì tàijíquán]), en se faisant passer pour un mendiant muet. Il mit à profit sa présence dans cette école pour étudier en secret les techniques du taiji. Il fut cependant découvert par son maître qui, ému par sa persévérance et sa soif d’apprendre, avait finalement accepté de le prendre comme disciple.
À l’inverse des experts en arts martiaux de Li Shoumin, les personnages que Baiyu dépeint dans ses romans sont tout à fait ordinaires. Leurs talents martiaux ne leur confèrent pas une personnalité d’exception, et les bretteurs sont souvent de piètres hommes. Dès lors, on a pu dire de Baiyu qu’il était adepte de « l’anti-chevalerie » (反武侠 [fǎnwǔxiá]).
Ci-dessous, la première de couverture d’une édition en caractères traditionnels de La Boxe dérobée. L’image vient de l’article que Baidu consacre à ce roman, ici.
Zheng Zhengyin (郑证因 [zhēng zhèngyīn], 1900-1960), le troisième des cinq maîtres du Nord, était un ami proche de Baiyu. Zheng avait étudié la boxe du faîte suprême, et maniait assez bien, dit-on, le « grand sabre aux neuf anneaux » (九环大刀 [jiǔhuán dàdāo]) (ci-dessous, une photo de ce sabre, empruntée sur un site de vente en ligne d’accessoires d’arts martiaux).
Son roman le plus connu est Wang le Valet (《鹰爪王》 [yīngzhǎo wáng]), qui prend le prétexte historique de la répression par la cour impériale des révoltes populaires à l’époque du règne de l’empereur Muzong des Qing (l’ère Tongzhi 同治 [tóngzhì], 1862-1874). Zheng est l’inventeur de nombreuses techniques martiales, toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Il est expert dans la description de scènes de combat, et séduit les lecteurs qui aiment la bagarre. Ci-dessous, une édition en sept volumes de Wang le Valet, sur le site d’une librairie taiwanaise en ligne.
Le quatrième maître du Nord est un auteur qui avait été presque oublié jusqu’à la sortie du fameux film d’Ang Lee (李安 [lǐ ān]), Tigre et Dragon (《卧虎藏龙》 [wòhǔ cánglóng]). L’auteur de la série de romans sur laquelle a été basée ce film qui a remporté quatre oscars en 2001 est Wang Dulu (王度庐 [wáng dùlú], 1909-1977). Cet écrivain était issu d’une famille pauvre de la basse noblesse mandchoue ; l’écriture a été pour lui un moyen de subvenir à ses besoins.
Entre 1938 et 1949, Wang a publié sous forme de feuilleton une trentaine de romans. Son Tigre et Dragon, publié entre 1941 et 1942, fait partie d’une saga en cinq épisodes. Le film d’Ang Lee mêle les intrigues de deux épisodes de cette saga. Wang Dulu introduit la dimension tragique dans le genre du roman d’arts martiaux, comme on a pu l’observer dans le film. Les personnages des romans de Wang vivent souvent des amours impossibles, contrariées par les aléas de la vie, les vieilles vendettas, les tergiversations des protagonistes.
Ci-dessous, l’affiche taïwanaise de Tigre et Dragon (l’image se trouve sur l’article en chinois que consacre Wikipedia à ce film, ici).
Le dernier des maîtres de l’école du Nord est Zhu Zhenmu (朱贞木 [zhū zhēnmù], né en 1905, date de décès inconnue). Le style de cet auteur est déjà proche de celui des auteurs de la nouvelle école. Zhu introduit de nombreux néologismes, il attache une attention particulière à l’intrigue. Son roman le plus connu est La Stèle des sept meurtres (《七杀碑》 [qīshābēi]), dont l’action se déroule à la fin de la dynastie des Ming. Un autre roman notable de Zhu est Le Dragon volant (《飞天神龙》 [fēitiān shénlóng]), qui mêle règlements de compte, combats épiques, fantastique et relations amoureuses compliquées. (Nous aurons l’occasion de reparler très vite de Zhu Zhenmu et de son Dragon volant.)
Ci-dessous, la couverture d’une édition en caractères traditionnels de La Stèle des sept meurtres. (L’image vient de l’article que Baidu consacre à Zhu Zhenmu, ici.)
Le présent billet et celui qui le précède donnent un aperçu très succinct de la littérature chevaleresque de l’époque républicaine. Les auteurs de la génération de Jinyong, Liang Yusheng et autres, doivent beaucoup à leurs prédécesseurs. Ils en ont repris un grand nombre de thèmes, des techniques martiales, le vocabulaire, et parfois même des personnages.
Plusieurs maisons d’édition continentales, hongkongaises et formosanes continuent à rééditer les romans de l’époque républicaine, au plus grand bonheur des amateurs du genre chevaleresque. Dans le cadre de rubrique « Jinologie », Sinoiseries ne manquera pas de rendre hommage de temps à autre aux auteurs de ces romans qui s’inscrivent dans la droite ligne de la tradition de la littérature populaire chinoise.

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Caractères rares (3825) : 胍

胍 [guā]
Radical : 月 (lune)
9 traits
Signification :
胍 [guā] est l’un de ces sinogrammes fabriqués de toutes pièces pour les besoins de la science moderne. Il désigne spécifiquement la guanidine, « composé cristallin formé lors de l’oxydation de la guanine », dixit Wikipedia ici.
J’ai rencontré ce sinogramme pendant un travail de traduction dans le domaine de la chimie organique, il était utilisé dans le mot 胍基戊酸 [guājī wùsuān], qui est le nom chinois de l’acide guanidovalérique.
Sinogramme 3826 : 吲

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Les romans de chevalerie à l’époque de la République : les précurseurs

Les auteurs de romans d’arts martiaux tels que Gulong, Jingyong, Liang Yusheng, etc., font partie d’un courant désigné sous le nom générique de « romans de chevalerie de la nouvelle école » (新派武侠小说 [xīnpài wǔxiá xiǎoshuǒ]). Cette expression est utilisée par opposition à celle de « romans de chevalerie de la vieille école » (旧派武侠小说 [jiùpài wǔxiá xiǎoshuǒ]), qui s’applique aux romans de chevalerie de l’époque de la République (民国 [mínguó], 1911-1949).
La période de la République est une époque charnière pour la littérature chinoise moderne. Avant cela, la littérature chinoise avait bien sûr produit de nombreuses œuvres écrites en chinois parlé (白话文 [báihuàwén]), mais la langue noble restait le chinois classique (文言文 [wényánwén]). Les œuvres en chinois parlé étaient souvent méprisées par les lettrés classiques, et considérées comme de la littérature de bas étage.
Le mouvement pour la nouvelle littérature (新文学运动 [xīnwénxué yùndòng]), appelé aussi « révolution de la littérature » (文学革命 [wénxué gémìng]), ou encore « mouvement pour la littérature en langue parlée » (白话文运动 [báihuàwén yùndòng]), lancé vers 1910, voulait sortir du carcan du formalisme littéraire qui produisait des œuvres qui mettaient l’accent sur le talent littéraire, sur la forme, au détriment du contenu, pour permettre l’émergence d’œuvres mettant l’accent plus sur la substance et moins sur l’esthétique, et plus accessibles pour le grand public. Parmi les promoteurs de ce mouvement, on peut citer des poètes tels que Hu Shi (胡适 [hú shì], 1891-1962) ou Xu Zhimo (徐志摩 [xú zhìmó], 1897-1931), ou des écrivains tels que l’incontournable Luxun (鲁迅 [lǔxùn], 1881-1936) ou le romancier et dramaturge Laoshe (老舍 [lǎoshé], 1899-1966). (Concernant le mouvement pour la nouvelle littérature, je vous invite à lire l’article en chinois qu’y consacre ici Wikipedia.)
Le mouvement pour la nouvelle littérature suscita un véritable engouement du lectorat de l’époque, et le nombre de maisons d’éditions et de revues diverses et variées explosa. Les lecteurs chinois eurent à leur disposition des romans des genres les plus divers : romans d’amour, policiers, romans historiques, romans pornographiques, et, c’est ce qui nous intéresse ici, romans de chevalerie.
Parmi les auteurs de romans de chevalerie les plus en vue du début de cette période, on doit citer « Xiang au Sud et Zhao au Nord » (南向北赵 [nánxiàng běizhào]).
Le « sudiste » était Xiang Kairan (向铠然 [xiàng kǎirán], 1890-1957), originaire de Pingjiang (平江 [píngjiāng]), dans la province du Hunan, connu sous le nom de plume de « Lettré sans talent de Pingjiang » (平江不肖生 [píingjiāng bùxiāoshēng]). Xiang Kairan pratiquait les arts martiaux, et savait donc de quoi il parlait lorsqu’il décrivait des techniques de combat. Xiang avait été repéré par Shen Zhifang (沈知方 [shěn zhīfāng], 1883-1939), patron de la « Librairie du Monde » (世界书局 [shìjiè shūjú]), fameuse maison d’édition de Shanghai, que Shen avait fondé en 1917. Shen avait pensé, à juste titre, que les romans de chevalerie disposaient d’un marché important, et avait demandé à Xiang d’écrire pour lui des romans de ce genre, en lui proposant une rémunération confortable. Xiang s’était donc mis à la tâche et avait écrit La Légende des chevaliers d’exception du Jianghu (《江湖奇侠传》 [jiānghú qíxiázhuàn]), dont la publication sous forme de feuilleton commença en janvier 1923 dans la Revue Rouge (《红杂志》 [hóngzázhì]). À l’époque, l’habitude consistait à publier ce genre de romans sous la forme de feuilletons et, lorsque le volume était suffisant, de réunir les épisodes déjà parus dans un livre. Le succès du premier roman de Xiang fut immédiat, si bien que, dès juin 1923, Xiang commença à publier dans la revue Détective (《侦探杂志》 [zhēntàn zázhì]) les premiers épisodes d’un deuxième roman, La Légende des chevaliers héroïques modernes (《近代侠义英雄传》 [jìndài xiáyí yīngxióng zhuàn]). Ces publications marquèrent le début de la fièvre populaire pour les romans de chevalerie.
Le succès de La Légende des chevaliers d’exception du Jianghu fut exceptionnel, et assura à Xiang une immense renommée. Dès le printemps, 1928, la Société cinématographique des stars de Shanghai (上海明星电影公司 [shànghǎi míngxīng diànyǐng gōngsī), adapta le roman au cinéma en produisant un film intitulé L’Incendie de la pagode du lotus rouge (《火烧红莲寺》 [huǒshāo hóngliánsì]), qui séduisit les amateurs du genre, au point que deux suites furent tournées la même année. En 1929 furent tournés les épisodes 4 à 9, puis les épisodes 10 à 16 en 1930, et 17 et 18 en 1931. À l’époque, Shanghai comptait plus d’une cinquantaine de sociétés cinématographiques, qui tournèrent plus de 400 films, dont 60 % furent des films d’arts martiaux. Cette période marque donc un essor prodigieux pour ce genre, que ce soit sous la forme de romans ou d’œuvres cinématographiques. Le succès de Xiang a été tel que le film L’Incendie de la pagode du lotus rouge a été repris à plusieurs reprises, notamment dans un film en deux parties tourné en 1963 à Hong-Kong, qui est visible sur Youtube (voir ici).
Ci-dessous, l’affiche d’un film tiré d’un épisode de La Légende des chevaliers d’exception du Jianghu (l’image vient d’un site consacré au cinéma en cantonais, ici).

Le « nordiste » était Zhao Huanting (赵焕亭 [zhào huàntíng], 1877-1951), originaire de la ville de Yutian (玉田 [yútián]), dans la province du Hebei. Zhao ne pratiquait pas les arts martiaux, mais il avait développé l’idée que la « force intérieure », qui met l’accent sur la nécessité de renforcer d’abord la puissance du « souffle » interne avant de chercher à acquérir les techniques physiques, était la seule et unique voie correcte pour atteindre le niveau le plus élevé dans la maîtrise des arts du combat. Zhao a également un roman historique intitulé L’Histoire douloureuse de la fin des Ming (《明末痛史》 [míngmò tòngshǐ]), mais il est surtout connu pour ses romans d’arts martiaux, et notamment La Légende complète des chevaliers dévoués (《侠义精忠全传》 [xiáyì jīngzhōng quánzhuàn]), qu’il avait composé à partir de notes qu’il avait compilées sur les héros populaires dans les différentes régions de Chine. Ce roman eut un succès comparable à celui de La Légende des chevaliers d’exception du Jianghu de Xiang Kairan. Parmi les romans notables de Zhao Huanting, on peut encore citer Le Général aux deux fouets (《双鞭将》 [shuāngbiànjiāng]) ou encore Spectacle insupportable (《不堪回首》 [bùkān huíshǒu]). Il faut noter que c’est Zhao qui invita l’expression de « puissance martiale », wugong (武功 [wǔgōng]), pour désigner de façon générique toutes les techniques qui font partie du domaine de la maîtrise des techniques de combat.
Ci-dessous, une édition moderne, en caractères traditionnels, de La Légende complète des chevaliers dévoués (la photo vient d’ici).

Outre Xiang et Zhao, un autre auteur marque cette période fondatrice du genre moderne des romans d’arts martiaux en Chine : Yao Min’ai (姚民哀 [yáo mín’āi], 1893-1938). Yao était à l’origine un artiste renommé du fameux genre récitatif de Suzhou, le pingtan (评弹 [píngtán]). Dans ce genre, les artistes, s’accompagnant de musique, racontent des histoires populaires traditionnelles. Il a inventé le roman d’arts martiaux dans lequel s’affrontent les sectes et les écoles, qui a été baptisé « roman d’arts martiaux des confréries » (会堂武侠小说 [huìtáng wǔxiá xiǎoshuō]). Dans les romans de Yao, les experts en arts martiaux se comportent en redresseurs de torts venant au secours de la veuve et de l’orphelin, volant aux riches pour soulager la misère des pauvres. Le style de Yao Min’ai se caractérise également par le recours au jargon de la pègre et des sociétés secrètes. De nombreuses expressions qui étaient inconnues du grand public ont été révélées dans ses romans, comme par exemple le mot 招子 [zhāozi] pour parler des yeux, ou encore le mot 扯呼 [chěhū] pour dire « battre en retraite ». Parmi les romans connus de Yao Min’ai, citons La Légende des héros généreux du Jianghu (《江湖豪侠传》 [jiānghú háoxiá zhuàn]) ou encore La Légende des brigands du Shandong (山东响马传 [shāndōng xiǎngmǎ zhuàn]).
Ci-dessous, la pochette du DVD d’une adaptation cinématographique de La Légende des brigands du Shandong. (L’image vient de l’article en anglais que Wikipedia consacre à ce film, ici.)

Aussi célèbre que Xiang, Zhao et Yao, Gu Mingdao (顾明道 [gù míngdào], 1897-1944) occupe également une place importante parmi les précurseurs de la littérature chevaleresque de l’époque de la République. À la fin des années 1920, il compose un roman intitulé L’Héroïne du fleuve désolé (《荒江女侠》 [huángjiāng nǚxiá]). Ce roman est important dans l’histoire du genre car c’est la première œuvre à intégrer une aventure sentimentale à une histoire de chevalerie. L’héroïne du roman est associée à un bretteur pour combattre le mal, et leurs aventures héroïques amène les deux personnages à lier une relation amoureuse, contrariée par de nombreux quiproquos. Avant ce roman, les femmes étaient peu représentées dans les récits. Dans le roman Au bord de l’eau (《水浒传》 [shuǐhǔzhuàn]), par exemple, sur les 108 brigands, on ne compte que trois femmes, dont la personnalité est d’ailleurs bien peu sympathique. L’Héroïne du fleuve désolé a eu un succès comparable à celui de La Légende des chevaliers d’exception du Jianghu de Xiang Kairan, et a également servi d’inspiration au tournage d’une série de treize films. Un autre roman bien connu de Gu Mingdao est La Légende des hommes d’exception des friches (《草莽奇人传》 [cǎomǎng qírénzhuàn]).
Ci-dessous, la couverture d’une édition ancienne de L’Héroïne du fleuve désolé. (L’image vient du blog de Kong Mingdong, spécialiste du roman d’arts martiaux moderne, ici.)

Le dernier des précurseurs notables de l’ancienne école des romans de chevalerie est Wen Gongzhi (文公直 [wén gōngzhí], né en 1898, date de décès inconnue). Cet auteur est notable en ce qu’il est le premier des romanciers du genre à écrire des romans d’arts martiaux sur fond historique. Il a notamment écrit une série de trois romans qui s’inspirent de l’histoire de Yu Qian (于谦 [yú qiān], 1398-1457), haut fonctionnaire de la cour des Ming, qui fut faussement accusé de trahison et exécuté. Le premier des romans de cette série est La Légende du grand chevalier juste et fidèle (《碧血丹心大侠传》 [bìxuè dànxīn dàxiázhuàn]).
Ci-dessous, les trois volumes de la série de La Légende du grand chevalier juste et fidèle. (La photo vient du site d’une librairie en ligne taïwanaise, ici.)

Les cinq auteurs décrits ci-dessous constituent les précurseurs du roman d’arts martiaux à l’époque de la République. Cinq autres romanciers, connus sous le nom générique des « cinq maîtres de l’école du Nord » (北派五大家 [běipài wǔdàjiā]), à partir de la fin des années 30 et du début des années 40, firent évoluer le genre, avant de céder la place aux romanciers de la nouvelle génération. C’est à ces « cinq maîtres de l’école du Nord » qui sera consacré le second volet de cette présentation des auteurs de romans de chevalerie à l’époque de la République.
Nota : Pour rédiger ce billet et celui qui va suivre, je me suis largement inspiré de l’introduction que Kong Qingdong (孔庆东 [kǒng qìngdōng]), l’un des spécialistes de la littérature martiale moderne, écrivit pour une collection de romans de l’époque publiée par les Éditions de l’Amitié de Chine (中国友谊出版社 [zhōngguó yǒuyì chūbǎnshè]).

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