Bibliographie : John Christopher Hamm, Paper Swordsmen

L’ouvrage Paper Swordsmen – Jin Yong and the Modern Chinese Martial Arts Novel (« Bretteurs de papier – Jin Yong et le roman d’arts martiaux chinois moderne ») est la version « grand public » d’une thèse de doctorat soutenue par l’Américain John Christopher Hamm. Cet ouvrage traite de l’un de mes sujets de prédilection : les romans de cape et d’épée contemporains chinois en général, et le maître incontesté du genre, Jinyong. (NB : Je préfère écrire Jinyong, car ce nom n’est que le pseudonyme de Zha Liangyong 查良镛, et ce n’est pas, comme pourrait le faire croire l’orthographe Jin Yong, le patronyme (Jin 金) et le prénom (庸) de l’auteur.)
Dans ce travail, Hamm commence par présenter succinctement l’histoire du roman de cap et d’épée dans la littérature chinoise, jusqu’à l’avènement de la République Populaire de Chine. La présentation est brève, mais donne un aperçu intéressant de l’histoire du genre.
Ce qui m’a paru passionnant dans cet ouvrage, c’est la narration du déroulement chronologique de la rédaction de l’œuvre du Maître, l’historique des différentes versions (les romans ont d’abord été publiés sous forme de feuilletons, avant d’être rassemblés en volumes), la mise en perspective de l’œuvre dans le contexte plus vaste de la carrière de magnat de la presse de Zha Lianyong, la façon dont la fiction de Jinyong (et d’autres auteurs contemporains) a été perçue d’abord à Hong-Kong, puis à Taiwan et dans les communautés chinoises d’outre-mer, et enfin en Chine continentale.
Le tableau des relations entre Jinyong, le gouvernement britannique à Hong Kong et les autorités de Chine populaire est également intéressant. La façon dont Jinyong et son œuvre ont été et sont reçus par les intellectuels chinois est également abordée.
Hamm propose également des analyses assez pertinentes des titres les plus importants de l’œuvre : la trilogie des chasseurs de condor (射雕三部曲), la Xiaoao jianghu (《笑傲江湖》), et, bien entendu, le Ludingji (《鹿鼎记》). Mais tous les titres sont abordés à un moment ou à un autre.
Je trouve cependant le sous-titre assez trompeur, car des autres auteurs majeurs du genre contemporains de Jinyong (tels que Liang Yusheng 梁羽生 ou Gulong 古龙), il est finalement très peu question.
Il n’en reste pas moins que ce livre est à recommander à quiconque s’intéresse au roman de cape et d’épée chinois moderne en particulier, et à la littérature populaire chinoise en général.
Et on ne m’enlèvera de l’esprit que la connaissance, ne serait-ce que parcellaire, de l’œuvre de Jinyong, largement connue des Chinois du monde entier, que ce soit par le biais des romans ou des innombrables adaptations télévisuelles, cinématographiques ou ludiques, est indispensable pour tout sinisant qui se respecte.
Le livre a été publié en 2008 par les presses de l’Université de Hawaï. ISBN : 0-8248-2695-X

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Liens : Conversion en ligne zhs/zht

Trouvé ce matin sur le net, un outil de conversion des textes en caractères simplifiés en textes en caractères traditionnels, et vice-versa. Il suffit de copier-coller le texte à convertir et de cliquer sur un bouton.
Des mises en garde sont cependant de mise :
– Il ne suffit pas de convertir un texte en chinois simplifié en caractères traditionnels pour avoir un document utilisable à Taiwan ou à Hong Kong, les différences vont bien au-delà de la graphie : terminologie, syntaxe, tournures de phrases sont très souvent différentes ;
– L’outil ne fait pas la différence entre 面 (face) et 麵 (nouilles), 后 (impératrice) et 後 (arrière, postérieur), 于 (patronyme) et 於 (préposition)…
La plus grande circonspection s’impose donc si vous utilisez cet outil.
Pour y accéder, cliquer ici.
(Lien consulté le 7 octobre 2020)

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Caractères rares (3867) : 亅

亅 [jué]
Radical : 亅
1 trait
Ce sinogramme signifie originellement « crochet ». Il n’est cependant plus utilisé seul.
C’est un radical utilisé pour le classement des caractères. Il est épelé 倒须钩 [dàoxūgōu], littéralement « hameçon à barbe ».
Sinogramme 3868 : 裨
Ci-dessous, un hameçon à barbe.

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Bibliographie : Simon Leys, Essais sur la Chine

En 1998, les Editions Laffont ont eu l’excellente idée de publier dans la collection « Bouquins » l’ensemble des textes que Pierre Rickmans, alias Simon Leys, avait écrits à cette date au sujet de la Chine.
Ce volumineux recueil (826 pages), intitulé Essais sur la Chine, rassemble les livres les plus connus du sinologue, dont la trilogie qui dénonce sans concession la Révo. Cul., ses tragédies et ses excès : Les Habits neufs du président Mao, Ombres chinoises et Images brisées. C’est cette trilogie qui valut à Simon Leys d’être détesté par l’intelligentsia français, alors majoritairement maolâtre. Le recueil comprend également un autre livre, un peu plus tardif (paru en 1983), et néanmoins extrêmement intéressant, La Forêt en feu, dans lequel l’auteur, dans une première partie, offre une présentation magistrale et passionnante des arts et des lettres classiques, puis parle de nouveau de la politique chinoise, qu’il continue à critiquer vivement ; enfin, dans une troisième et dernière partie, il poursuit sa dénonciation des thuriféraires du régime communiste, qui, après avoir soutenu inconditionnellement Mao, puis la Bande des Quatre, se sont parfaitement adaptés à la politique de « modernisation » de Deng Xiaoping.
Outre ces quatre livres, Essais sur la Chine rassemble aussi divers autres textes, notamment une « Introduction à Lu Xun, La Mauvaise Herbe », dans lequel Simon Leys explique comment le régime communiste a récupéré un auteur qui, malgré ce que prétendent les officiels chinois, n’a jamais apporté son soutien au régime. Le livre contient aussi L’humeur, L’honneur, l’horreur, initialement publié en 1991, qui est un recueil d’essais sur la culture et la politique chinoise, écrits après la tragique répression des manifestations pour la démocratie en juin 1989.
De Simon Leys, rien n’est à jeter. La lecture de ces essais devrait, a minima, être vivement recommandée à tous ceux qui s’intéressent sérieusement à la Chine, à commencer par les étudiants de chinois, d’autant plus que la politique actuelle de l’oncle Xi et de ses partisans rapproche sensiblement la Chine des réalités décrites par cet auteur (mais s’en était-elle vraiment jamais éloignée ?).
Wikipedia a publié un article en français présentant de façon plus détaillée ces Essais sur la Chine ; le recueil reste disponible en librairie.

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Caractères (411) : 送

送 [sòng]
Radical : 辶
9 traits
Ordre des traits : 丶ノ一一ノ丶丶フ丶
Significations :
1. envoyer, transporter d’un endroit à un autre : 输送 [shūsòng] : transporter ; 寄送 [jìsòng] : envoyer ;
2. offrir, faire cadeau : 送礼 [sònglǐ] : offrir un présent ; 送红包 [sòng hóngbāo] : offrir une envelope rouge (contenant de l’argent), (p.ext.) verser un pot-de-vin ;
3. accompagner, raccompagner qn : 送别 [sòng bié] : raccompagner et faire ses adieux ;
4. perdre : 断送 [duànsòng] : perdre (la vie), gâcher (son avenir).
Sinogramme 412 : 兴

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Histoires de Chine : Xiang Yu et la bataille de Julu

Le bourg de Julu (巨鹿镇 [jùlùzhèn]) est le chef-lieu du district de Julu (巨鹿县 [jùlùxiàn), qui fait partie de la municipalité de Xingtai (邢台市 [xíngtáishì]), dans la province du Hebei. Dans l’Antiquité, Julu s’écrivait 钜鹿. Cet endroit est célèbre pour avoir été, en l’an 207 avant l’ère commune, le site d’une bataille célèbre qui opposa Xiang Yu (项羽 [xiàng yǔ]), un général de ce qui était à l’origine une rébellion paysanne, contre les armées de la dynastie des Qin, alors sur le déclin. Cette bataille est connue sous le nom de « bataille de Julu » (巨鹿之战 ou 钜鹿之战 [jùlù zhī zhàn]).
Ci-dessous, les troupes de Qin en déroute à la bataille de Julu :

Le septième mois de l’année -209 (la première année du règne du deuxième empereur des Qin (秦二世 [qín èrshì]), une armée rebelle se soulève. Le préfet Zhang Han (章邯 [zhāng hán]) est nommé général et lève une armée pour supprimer la rébellion. Il s’avère être un fin stratège, et met en déroute de nombreuses armées rebelles. Le neuvième mois de la même année, il défait la principale armée du pays de Chu et tue son général Xiang Liang (项梁 [xiàng liáng]) à la bataille de Dingtao (定陶之战 [dìngtáo zhī zhàn]) (定陶 [dìngtáo] est aujourd’hui un arrondissement de la municipalité de Heze 菏泽市 [hézéshì], dans la province du Shandong).
Considérant qu’il n’y a plus rien à craindre des armées de Chu, Han Dan décide de regagner la rive nord du Fleuve Jaune. Il rejoint les troupes du général Wang Li (王离 [wáng lí]) pour s’attaquer à l’État de Zhao. Les troupes des Qin encerclent celles des Zhao retranchées à Julu. Zhao demande à Chu et à d’autres États amis de venir à l’aide.
Les troupes de Chu se divisent en deux colonnes. La première est commandée par Song Yi (宋义 [sòng yì]), commandant en chef de l’expédition ; la seconde est sous la direction du neveu de Xiang Liang, Xiang Yu.
Song Yi décide d’établir ses quartiers à Anyang (安阳 [ānyáng]) et d’attendre. Xiang Yu, avide de venger la mort de son oncle, presse Song Yi d’agir, mais ce dernier ne bouge pas. Après 46 jours d’attente, n’y tenant plus, Xiang Yu assassine Song Yi et prend la tête des troupes.
Les armées de Zhao subissent un lourde défaite contre celles de Qin, aussi les armées de Qi et de Yan, venues elles aussi au secours de Zhao, n’osent-elles pas intervenir. Il faut dire que les effectifs des armées réunies de Wang Li et de Zhang Han s’élevaient à 400 000 hommes !
Ci-dessous, Zhang Han, interprété par Cao Weiyu dans la série en quatre-vingts épisodes Legend of Chu and Han (《楚汉传奇》 [chǔ hàn chuánqí]), sortie en 2012.

Xiang Yu a sous ses ordres à peine 50 000 hommes. Mais, intrépide, et après avoir soigneusement analysé la situation, il décide d’agir. Tout d’abord, il ordonne à deux de ses subordonnés d’aller couper les voies de ravitaillement de l’ennemi.
Ensuite, après avoir franchi le Fleuve Jaune avec ses troupes, il commande à ses soldats de ne conserver avec eux que trois jours de rations, et fait briser les marmites et couler les navires, signifiant ainsi qu’aucun retour en arrière n’est envisageable. C’est de là que vient le fameux proverbe 破釜沉舟 [pòfǔ chénzhōu], qui a le même sens que l’expression française « brûler ses vaisseaux ».
Les hommes de Xiang Yu, qui n’ont pas d’autre choix et qui sont en outre galvanisés par leur chef, se révèlent être des guerriers redoutables et, se battant à dix contre un, ils parviennent à mettre les armées de Qin en déroute. Plusieurs généraux de Qin meurent au combat et Zhang Han est contraint à la fuite.
Avant que Xiang Yu n’engage la bataille contre les armées de Qin, les armées des États de Yan, Qi, Wei, Dai, Liao, étaient arrivées dans la région pour porter secours à Zhao. Mais aucune de ces armées ne voulut prendre le risque d’attaquer l’armée de Qin. Les alliés restèrent à l’abri de leurs retranchements, observant de loin le déroulement des combats. C’est de cette épisode qu’a été formé un autre proverbe célèbre : 作壁上观 [zuòbì shàngguān] (littéralement construire des murailles et y monter pour observer), qui signifie « regarder les autres se battre en restant à l’abri des murailles ».
Cette bataille marque le début de la défaite finale et de l’annihilation de la dynastie des Qin.
Ci-dessous, le schéma de la bataille : en bleu, les déplacements des armées de Wang Li et de Zhang Han, en rouge, ceux de l’armée de Xiang Yu (l’image vient de l’article en chinois que Wikipedia consacre à cette bataille) :

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Caractères (410) : 件

件 [jiàn]
Radical : 亻(人)
6 traits
Ordre des traits : ノ丨ノ一一丨
Significations :
1. (spécificatif pour les choses individuelles) : 一件事 [yī jiàn shì] : une chose (abstraite), quelque chose ;
2. choses, évènements qui peuvent être comptés individuellement : 案件 [ànjiàn] : affaire, cas, dossier ;
3. affaire importante : 《黑炮事件》 [hēipào shìjiàn] : L’Affaire du canon noir (film de 1985) ;
4. document, certificat : 证件 [zhèngjiàn] : justificatif, pièce justificative, pièce d’identité.
Sinogramme 411 : 送

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Chinoiseries : Les 3500 caractères courants du chinois moderne

Les élèves chinois, de la première année de l’école primaire à la dernière année du lycée, sont sensés apprendre 3500 sinogrammes qui constituent ce que l’on appelle les « 3500 caractères courants de la langue chinoise ». Parmi ces 3500 caractères, 2500 (dont 2000 sont appris pendant les six années de l’école primaire) sont appelés « caractères courants » (常用字 [chángyòngzì]), les 1000 qui restent étant appelés « caractères moins courants » (次常用字 [cìchángyòngzì]). Cette liste a été définie par le Ministère de l’Éducation et la Commission nationale de travail sur les langues et l’écriture (国家语言文字工作委员会 [guójiā yǔyán wénzì gōngzuò wĕiyuánhuì]). Si vous êtes capable de reconnaître et de comprendre ces 3500 sinogrammes, vous devriez être en mesure de lire à peu près tout ce qui s’écrit aujourd’hui en Chine.
Cette liste des 3500 caractères courants du chinois moderne se trouve ici, sur Wikisource.
Dans cette liste, les sinogrammes sont classés non par dans leur ordre de fréquence, mais dans l’ordre croissant du nombre de traits qui les composent.

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Caractères rares (3866) : 柯

柯 [kē]
Radical : 木 (arbre)
9 traits
Significations :
1. manche de hache : 斧柯 [fǔkē] : manche de hache ;
2. tige de végétal ; 交柯错叶 [jiāokē cuòyè] : tiges et feuilles enchevêtrées ;
3. Ke, patronyme chinois.
Mots et expressions :
柯桥区 [kēqiáoqū] : l’arrondissement de Keqiao est l’un des arrondissements de la municipalité de Shaoxing 绍兴. A Shaoxing encore, se trouve le Kebei Trade Center (柯北贸易中心 [kēběi màoyì zhōngxīn].
柯镇恶 kē zhèn’è : Ke Zhen’e est l’un des sept « énergumènes du Jiangnan » (江南七怪 [jiāngnán qìguài], dans le roman La Légende des héros du condor 《射雕英雄传》 [shè diāo yīngxióng zhuàn] de Jinyong 金庸)
柯枝 [kēzhī] et 柯钦 [kēqīn] sont deux des mots chinois utilisés pour désigner la ville indienne de Cochin.
Sinogramme 3867 : 亅

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Langue populaire et argotique : Des ailes d’acier

Le respect de ses aînés et la reconnaissance pour les bienfaits dont on a bénéficié sont des notions tout à fait essentielles dans les relations sociales chinoises. Les aînés ou les bienfaiteurs sont un peu considérés comme les parentes du jeune oisillon qui n’aurait jamais pu grandir sans leur protection.
Lorsque l’un de ces moineaux décide de s’affranchir des relations de subordination qui le lient à ses aînés, ou lorsqu’un enfant décide de ne plus obéir à ses parents, on utilise en chinois la métaphore de l’oisillon qui croit que ses ailes, qui ont grandi et sont devenus plus solides, vont lui permettre de quitter le nid douillet où il se trouve. L’aîné dépité ou le parent en colère lui jette alors une exclamation ironique : 翅膀硬了 [chìbǎng yìng le] : (tes) ailes sont désormais dures (sous-entendu : et tu prétends maintenant vouloir voler de tes propres ailes).
翅膀 [chìbǎng] : aile (d’oiseau)
硬 [yìng] : dur, rigide

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