Jinologie : Demi-dieux et Semi-démons (《天龙八部》) – Xuzhu (虚竹) (1)

Xuzhu (虚竹 [xūzhú]) est le troisième et dernier, dans l’ordre d’apparition, des trois personnages masculins principaux du roman Demi-dieux et Semi-démons. Il appartient à la jeune génération des moines du temple Shaolin.
Il est l’un des maîtres d’arts martiaux les plus talentueux de tous les romans de Jinyong, mais manque singulièrement de relief. Il est d’un caractère plutôt faible, semblant en toutes circonstances subir tout ce qui lui arrive de façon tout à fait passive. Il ne brille pas non plus par une intelligence au-dessus de la moyenne. Lui manquent le panache et la bravoure d’un Xiao Feng, ainsi que le romantisme d’un Duan Yu. Malgré sa maîtrise hors du commun des techniques martiales, il ne prend jamais aucune initiative et son destin lui est toujours dicté par les gens qu’il rencontre. Il est expulsé malgré lui du temple Shaolin et se voit imposer jusqu’à son épouse. Voyons ci-après son parcours.
Moine de rang inférieur du temple Shaolin, il sort pour la première du temple alors qu’il est âgé de 24 ans, pour accompagner son maître parti distribuer des invitations à différents maîtres d’arts martiaux de Chine. Pendant cette mission, il est fait prisonnier, avec les autres moines du groupe, par la Secte des constellations. Son maître est grièvement blessé et le groupe se met à la recherche de l’ennemi de Yama, le médecin Xue Muhua, dans l’espoir de sauver la vie du vieux moine.
C’est ainsi que les moines de Shaolin se retrouvent au milieu d’un compétition de jeu de go, dont les enjeux sont majeurs. Pour sauver la vie de Duan Yanqing, le chef de la bande des quatre malfaisants, Xuzhu résout par le grand des hasards une énigme de jeu de go posée par Su Xinghe, « le vénérable sourd-muet ». Comme il avait été dit que celui qui parviendrait à résoudre cette énigme deviendrait le disciple du fondateur de la Secte sans entraves, Wu Yazi (无崖子 [wú yázǐ]), Xuzhu hérite des secrets martiaux de la Secte sans entraves. Le moinillon parvient ainsi à acquérir à son corps défendant une maîtrise hors du commun des techniques martiales de la secte. Ces techniques sont d’une efficacité redoutable. Wu Yazi transfère dans le corps de Xuzhu l’énergie qu’il a accumulée pendant sept décennies, donnant instantanément au jeune moine une puissance rare, et fait de Xuzhu son successeur à la tête de la Secte sans entraves.
Ensuite, le hasard place Xuzhu sur le chemin de « l’aïeule enfantine », surnommée ainsi car l’art martial qu’elle pratique la contraint à reprendre l’apparence d’une enfant tous les trente ans. L’aïeule enfantine appartenait aussi à la Secte sans entraves, tout comme Li Qiushui (李秋水 [lǐ qiūshuǐ]), qui cherche à se venger d’une offense commise par l’aïeule enfantine et la poursuit.
Pour échapper à Li Qiushui, l’aïeule enfantine ordonne à Xuzhu de l’emmener jusqu’à la capitale du pays des Xia occidentaux. Li Qiushui appartient en effet à la famille royale des Xia occidentaux, et l’aïeule enfantine pense que le meilleur endroit pour se cacher est celui auquel Li Qiushui ne pensera jamais.
Arrivée au palais royal des Xia occidentaux, l’aïeule enfantine va se cacher dans la cave où est conservée la glace utilisée par le palais royal.
Là, elle fait tout ce qu’elle peut pour éloigner Xuzhu du bouddhisme rigoriste qui se pratique au temple Shaolin. Elle commence par faire consommer de la viande au jeune moine, sans que celui-ci s’en doute, lui faisant ainsi enfreindre l’une des règles de base du monachisme bouddhique, puis elle perd définitivement Xuzhu en lui faisant violer la plus élémentaire des obligations qui s’imposent aux moines Shaolin : la chasteté. En effet, elle enlève une jeune fille qu’elle déshabille et qu’elle met dans le lit de Xuzhu. Bien malgré lui, Xuzhu découvre les plaisirs de la chair. Ignorant tout de la jeune fille, il la surnomme « la jeune fille des rêves » (梦姑 [mènggū]). Les jeunes amants s’aiment d’une passion profonde.
Li Qiushui parvient finalement à retrouver l’aïeule enfantine et Xuzhu dans la cave du palais royal. Les deux femmes se livrent à un combat acharné. Xuzhu est pris entre deux feux, et les deux combattantes transfèrent elles aussi leur puissance dans le corps du jeune homme. Juste avant de mourir, l’aïeule enfantine lui lègue la direction du Palais du vautour subtil. Xuzhu regagne ce palais et en prend la tête. Cette prise de pouvoir est facilitée par le fait qu’il sauve ses habitantes d’un funeste destin, car le palais était assailli par une bande de victimes de l’aïeule enfantine. Dans ce palais, Xuzhu fait la connaissance de Duan Yu, les deux jeunes gens deviennent frères jurés, à l’issue d’une soirée pendant laquelle l’alcool coule à flots. Xuzhu s’éloigne décidément de plus en plus de la règle monacale.
Pour savoir si Xuzhu retrouvera ou non l’état monacal, pour voir comment il défait le fameux moine de Tourfan, pour tout connaître sur ses parents et pour savoir quel sera finalement le destin du moinillon de Shaolin, je vous invite à patienter jusqu’au prochain épisode.
Dans l’extrait vidéo ci-dessous, on voit Xuzhu préférer mourir de faim plutôt que de consommer de la viande, mais ne parvient pas à résister à la tentation de la chair.

Publicités
Publié dans Jinologie | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Caractères (386/5761/5762/5763) : 台/臺/檯/颱

台 [tāi], [tái]
5 traits
Radical : 口 (bouche)
Graphies traditionnelles :
– 臺 [tái] : 14 traits, radical : 至 (arriver)
– 檯 [tái] : 18 traits, radical : 木 (arbre)
– 颱 [tái] : 14 traits, radical : 風 (vent)
Signification [tāi] :
Prononcé au premier ton, 台 s’utilise dans les mots :
天台 [tiāntāi] : le mont Tiantai, dans la province du Zhejiang ;
天台县 [tiāntāixiàn] : le district de Tiantai, dans la province du Zhejiang.
Significations [tái] :
(La graphie traditionnelle 臺 s’utilise dans les mots où le sinogramme 台 relève des significations 1 à 6 ci-dessous)
1. terrasse : 天台 [tiāntái] : toit-terrasse ;
2. (terme de politesse, utilisé en préfixe lorsque l’on s’adresse à quelqu’un ou lorsque l’on parle de quelque chose qui a rapport avec quelqu’un d’autre) : 台甫 [táifǔ] : prénom social (terme de politesse utilisé lorsque l’on demande à quelqu’un son prénom social) ;
3. objet qui a l’aspect d’une terrasse : 窗台 [chuāngtái] : rebord de fenêtre ;
4. (spécificatif pour les représentations théâtrales) ;
5. (nom monosyllabique de Taiwan 台湾 [táiwān]) (remarque : la graphie simplifiée 台 est souvent utilisée de nos jours en lieu et place de 臺 : 台灣 [táiwān]) ;
6. Tai, patronyme peu courant ;
(La graphie traditionnelle 檯 s’utilise dans les mots où le sinogramme 台 relève de la signification 7 ci-dessous)
7. table, bureau : 写字台 [xiězìtái] : bureau (meuble) ; 台球 [táiqiú] : billard ;
(La graphie traditionnelle 颱 s’utilise dans les mots où le sinogramme 台 relève de la signification 8 ci-dessous)
8. typhon : 台风 [táifēng] : typhon.
Sinogramme 387 : 夜

Publié dans Caractères | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Sino-cinoche/Jinologie : Ip Man (《叶问》)

Ip Man (《叶问》 [yè wèn]) est un film sino-hongkongais sorti en 2008 et basé sur la biographie de Yip Man (叶问 [yè wèn], 1893-1972), grand maître du wing chun (咏春拳 [yǒngchūnquán]), art martial chinois qui comprend des techniques de combat à mains nues et de maniement d’armes.
Le maître Yip Man a eu parmi ses élèves Bruce Lee (李小龙 [lǐ xiǎolóng]), ce qui a largement contribué à se renommée ainsi qu’à la faveur dont jouit le wing chun.
Dans le film, Ip Man est un expert en arts martiaux de la ville de Foshan (佛山 [fóshān]), dans la province du Guangdong. Dans cette ville ont été créées de nombreuses écoles d’arts martiaux, qui ont formé des bretteurs légendaires. Outre Ip Man, la famille de Bruce Lee est également originaire de cette ville, ainsi que Wong Fei-hung (黄飞鸿 [huáng fēihóng], 1847-1925) dont les exploits, fortement romancés, ont aussi été porté de multiples fois au grand écran. Concernant Foshan, ville des arts martiaux, je vous invite à lire ici un article en chinois.
Dans le film de 2008, on voit Ip Man (interprété par l’acteur hongkongais Donnie Yan 甄子丹 [zhēn zǐdān]), maître d’arts martiaux respecté, partageant son temps entre son entraînement et sa famille. Sa très belle et très vertueuse épouse, Zhang Yongcheng (张永成 [zhāng yǒngchéng], interprétée par la mannequin et actrice hongkongaise originaire de Nanjing Lynn Hung 熊黛林 [xióng dàilín]), voit d’un très mauvais œil les sollicitations multiples dont son époux fait l’objet. Nombreux sont en effet ceux qui souhaiteraient devenir son disciple, mais Ip Man refuse de transmettre son art martial.
Un expert en arts martiaux venu du Nord, Jin Shanzhao (金山找 [jīn shàozhǎo], dont le rôle est joué par l’acteur hongkongais Louis Fan 樊少皇 [fán shàohuáng]), qui a le projet d’ouvrir une école d’arts martiaux, veut d’abord asseoir sa réputation en défiant les experts locaux. Après qu’il a battu à plates coutures tous ceux qu’il a défiés, c’est Ip Man qu’il vient provoquer ; Zhang Yongcheng encourage son expert d’époux à mettre au pas le prétentieux nordiste sans plus tarder. Jin Shanzhao n’arrive pas à la cheville d’Ip Man, il est ridiculisé et, penaud, s’en va. Cette victoire provoque à Foshan un regain d’intérêt pour le wing chun.
Mais le ciel s’assombrit de lourds nuages lorsque l’armée japonaise envahit la Chine. Lorsque Foshan tombe, Ip Man et sa famille sont contraints de laisser leur belle demeure aux soldats nippons. Ip Man perd ainsi tous ses biens et se trouve réduit à devoir travailler dans une usine qui charge des sacs de charbon pour nourrir sa famille. Arrive alors une escouade de soldats japonais, conduits par un officier cruel et accompagnés de Li Zhao (李钊 [lǐ zhāo], personnifié par l’acteur hongkongais Gordon Lam Ka Tung 林家栋 [lín jiādòng]) qui sert d’interprète à l’armée nippone. Le général japonais qui commande la place, un certain Miura (三浦 [sānpǔ], interprété par l’acteur japonais Hiroyuki Ikeuchi 池内博之 [chínèi bózhī]), est un expert en karaté-do (空手道 [kōngshǒudào]) et a le désir d’organiser des duels entre combattants chinois et nippons. En récompense, il promet un sac de riz pour chaque Chinois qui arriverait à battre l’un de ses hommes. Poussés par la faim, plusieurs ouvriers se portent volontaires, voulant par ailleurs profiter de l’aubaine pour rosser des Japonais. Parmi les volontaires, un ami de Ip Man. Lors du combat, il crache au visage de Miura qui le tue.
Comprenant que son ami est mort, Ip Man se rend à la séance suivante. Il assiste là à l’assassinat d’un autre de ses amis alors que ce dernier a remporté la victoire. Ne contrôlant plus sa colère, il défie dix karatékas japonais d’un coup et leur inflige une cinglante défaite. Le général Miura est impressionné par l’expertise de Ip Man et veut organiser un combat.
Pendant ce temps, l’usine de coton d’un ami de Ip Man voit débarquer Jin Shanzhao, devenu bandit de grand chemin. Pour permettre aux ouvriers de se défendre, Ip Man décide finalement de leur enseigner le wing chun. Lorsque Jin Shanzhao revient, lui et ses hommes sont mis en fuite.
Les soldats japonais viennent à l’usine pour s’emparer de Ip Man, car ils veulent que ce dernier leur enseigne le wing chun. Ip Man refuse catégoriquement et accepte seulement de se battre en combat singulier contre Miura. Le combat est donc organisé. Après un match épique, Miura est défait. Son adjoint tente d’abattre Ip Man, mais ce dernier n’est que blessé et parvient à s’enfuir à Hong Kong avec son épouse et son fils.
Les articles consacrés à ce film sur le web chinois expliquent volontiers que la part de fiction dans l’œuvre cinématographique est réduite et qu’au moins 70 % des faits relatés sont véridiques. Difficile de faire la part des choses…
Le film joue bien entendu sur la fibre nationaliste et antijaponaise des Chinois, qui ont réservé à Ip Man un très bon accueil. C’est ce film qui a apporté à Ip Man et au wing chun une très grande notoriété.
Ip Man peut être visionné en entier sur Youtube.
Ci-dessous, l’une des affiches du film :

Publié dans Cinoche | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Caractères (385) : 婚

婚 [hūn]
Radical : 女 (femme)
11 traits
Signification :
Se marier, mariage : 婚姻 [hūnyīn] ; mariage : 婚介 [hūnjiè] : agence matrimoniale.
Sinogramme 386 : 台

Publié dans Caractères | Tagué , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jinologie : La mort du Maître

Le 30 octobre 2018, les amateurs de littérature populaire en langue chinoise, et notamment les jinologues professionnels et amateurs, ont appris une bien triste nouvelle : le maître Jinyong est décédé à Hong-Kong, à l’âge de 94 ans.
Jinyong était le nom de plume de Louis Cha (Zha Liangyong, 查良镛 [zhā liángyōng]), né le 6 février 1924 à Haining (海宁 [hǎiníng]), dans la province du Zhejiang.
Journaliste, co-fondateur du quotidien hongkongais Ming Pao (《明报》 [míngbào]), scénariste, historien, il est essentiellement connu pour ses romans d’arts martiaux à succès ; il était certainement le plus populaire des auteurs de ce genre dans le monde chinois au sens large. Ses quinze œuvres de fiction publiées entre 1955 et 1972 ont été vendues à plus de 100 millions d’exemplaires (sans compter les innombrables éditions pirates), plusieurs romans apocryphes ont été publiés sous son nom.
Son œuvre romanesque a été adaptée un nombre incalculable de fois au cinéma ou à la télévision. Elle a également inspiré des bandes dessinées, des jeux informatiques. Des préquelles et des séquelles se sont basées sur son œuvre.
Jinyong, avec Liang Yusheng (梁羽生 [liáng yǔshēng]) et Gulong (古龙 [gǔlóng]) étant l’un des trois piliers du genre de cape et d’épée moderne. Il était le dernier des trois encore en vie.
Avec son décès, c’est une page qui se tourne et ce sont plusieurs générations de Chinois qui sont désemparés, qui ont l’impression de perdre tout un pan de leur jeunesse.
Longtemps regardée de haut par les spécialistes de la littérature chinoise, qu’ils soient chinois ou étrangers, son œuvre est aujourd’hui l’objet d’études universitaires. Des extraits de ses œuvres ont même été intégrés dans des manuels scolaires.
De nombreux ouvrages s’intéressent à différents aspects de l’œuvre du maître. Par exemple, le fameux écrivain hongkongais Ni Kuang a réuni dans une série intitulée Ma lecture des romans de Jinyong (《我看金庸小说》 [wǒ kàn jīnyōng xiǎoshuō]) plusieurs volumes dans lesquels il analyse l’œuvre romanesque de Zha Lianyong.
Plusieurs romans de Jinyong ont été traduits en anglais, français, coréen, vietnamien, thaï, birman, malais et indonésien.
Jinyong a reçu plusieurs décorations : en 1981, il est devenu membre de l’Ordre de l’Empire Britannique il a été nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1992 et Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2004. Il a aussi reçu le titre de professeur honoraire dans de nombreuses universités de Chine continentale, de Taiwan et de Hong Kong.
Pour de plus amples informations concernant Jinyong, je vous invite à lire l’article en français que lui consacre Wikipedia, ici (cet article donne notamment la liste de ses quinze romans).
Plus que jamais, Sinoiseries continuera à étudier l’œuvre du maître. La rubrique Jinologie se trouve ici.
La photo de Jinyong en 2007 ci-dessous vient de l’article de Wikipedia.

Publié dans Jinologie | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire

Caractères rares (3855) : 淼

淼 [miǎo]
Radical : 水
12 traits
Le sinogramme 淼 désigne une grande étendue d’eau. Il est en réalité une variante du caractère 渺, qui n’est pas un caractère rare (comme dans le mot 飘渺 [piāomiǎo] : indistinct, que l’on discerne mal). 淼 est surtout utilisé dans des prénoms.
Sinogramme 3856 : 酉

Publié dans Caractères | Tagué , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Divers : Lost in translation

Certains linguistes chinois ont un talent inégalable pour produire des traductions qui dénotent un sens très élevé de l’humour. Voir l’exemple ci-dessous (la photo vient d’ici) :

La Chine s’étend économiquement de façon exponentielle en Asie du Sud-Est, notamment au Cambodge. Dans le sillage des grandes entreprises se trouvent de nombreux Chinois qui tentent, avec plus ou moins de succès, de grapiller des miettes de la manne financière qui tombe en pluie drue sur le pays des descendants d’Angkor. On a vu ainsi fleurir à Phnom Penh, depuis quelques années, nombre de petits restaurants chinois, dont certains veulent se distinguer de leurs concurrents en proposant des spécialités bien connues en Chine.
Un restaurateur chinois a eu l’idée de proposer aux gastronomes phnompenhois une spécialité bien connue de la ville de Guilin (桂林 [guìlín]), dans la région autonome zhuang du Guangxi (广西壮族自治区 [guǎngxī zhuàngzú zìzhìqū]) : les nouilles de riz de Guilin (桂林米粉 [guìlín mǐfěn]). Pour son établissement, le restaurateur a pris la peine de faire réaliser une enseigne trilingue, que voici (la photo vient d’un groupe de discussion de Facebook « Mythes, Légendes et Réalités Khmers », voir ici) :

Passons sur la médiocrité de l’anglais, on a vu bien pire.
Ici, c’est plutôt la version khmère qui pose problème. L’enseigne dit មីឥួយលីជ. Le mot មី [mi] désigne stricto sensu les nouilles de blé, mais peut parfois s’utiliser pour désigner des nouilles en général. Ce mot khmer n’est autre qu’un emprunt au chinois 面 [miàn] (en graphie traditionnelle 麵), prononcé [mi6] en dialecte minnan (闽南话 [mínnánhuà]). Jusqu’ici, pas de souci. En revanche, le mot ឥួយលីជ est problématique : si la deuxième syllabe, លីជ peut se prononcer ([lich]) ce n’est pas le cas de la première. L’association des lettres ឥ [i] et ួ [ouy] est impossible en khmer : ឥ est une voyelle indépendante qui ne peut se voir accompagner d’aucune autre voyelle. Pour comprendre ce que tente d’exprimer le restaurateur, on doit se reporter aux versions anglaise ou chinoise. Le chinois est tout à fait clair : l’établissement est la succursale (分店 [fēndiàn]) de Ratana Plaza (金宝城 [jīnbǎochéng], un centre commercial de Phnom Penh) d’un restaurant spécialisé dans les nouilles de riz de Guilin, dans le quartier de l’aéroport de Phnom Penh. On comprend alors que ឥួយលីជ est l’orthographe erronée du mot khmer គួយលីន [kouy-lin], qui est le nom cambodgien de la ville du Guangxi. Espérons que l’erreur ne se répétera pas sur les enseignes des autres succursales…

| Tagué , , | 1 commentaire