Caractères rares (3820) : 肽

肽 [tài]
Radical : 月 (肉) (chair)
8 traits
肽 est un sinogramme créé de toutes pièces pour les besoins de la chimie organique, il signifie « peptide ». On le trouve notamment dans le mot 肽段 [tàiduàn] : segment peptidique.
Sinogramme 3821 : 咯

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Erotica : Jin Ping Mei

(Je reprends ici en l’adaptant légèrement le billet que j’ai publié le 5 mars 2015 sur Les Erotiques.)
Si vous demandez à un Chinois de vous citer le titre d’un roman pornographique chinois « ancien » célèbre, il y a de fortes chances qu’il vous parle du Jin Ping Mei (《金瓶梅》 [jīn píng méi]), roman en 100 chapitres (plus de 1600 pages dans l’une des éditions modernes qui sont en ma possession), signé d’un certain « Lettré railleur de Lanling » (兰陵笑笑生 [lánlíng xiàoxiàoshēng]).
Ce roman, qui a circulé à l’origine sous forme manuscrite, a été imprimé pour la première fois en 1610, c’est-à-dire à la fin de la dynastie des Ming (1368-1644), période connue pour ses mœurs dissolues, considérée par d’aucuns comme l’âge d’or de la prostitution en Chine (et notamment de la prostitution masculine).
L’œuvre est cependant bien plus qu’un simple roman pornographique. On explique même volontiers que seuls ceux qui n’ont lu que les scènes érotiques du roman pensent qu’il s’agit d’une œuvre pornographique.
L’intrigue se déroule, on le comprend grâce aux allusions historiques contenues dans le récit, entre 1112 et 1127, c’est-à-dire à la fin de la dynastie des Song du Nord (960-1127). Mais c’est bien la société de la fin des Ming qui est décrite dans le roman.
Ce sont les descriptions très directes des scènes d’amour physique (72 au total) qui valent au Jin Ping Mei sa réputation de roman pornographique, et qui ont fourni le prétexte à sa mise à l’index peu après sa parution. En Chine continentale, une édition en fac-simile de l’édition des Ming a été publiée au début des années 2000, mais n’a pas été largement diffusée ; de plus, même si la langue utilisée par l’auteur est du chinois vernaculaire, et non du chinois classique, la reproduction de l’édition ancienne reste d’un abord difficile, car depuis plus de quatre siècles, le chinois parlé a considérablement évolué, et la ponctuation de l’époque des Ming ne facilite pas la lecture. Même dans les nouvelles éditions, avec la ponctuation moderne, certaines expressions et allusions ne sont compréhensibles que grâce à un important appareil de notes. J’ai en ma possession une édition avec ponctuation moderne et notes explicatives publiée en Chine continentale, mais toutes les scènes d’amour physiques ont été pudiquement supprimées du texte.
On peut penser que la principale raison de la censure dont fut victime le Jin Ping Mei est en réalité la peinture sans concessions que l’auteur fait de la société chinoise, notamment de la corruption de la classe dirigeante, et de la collusion entre bourgeois fortunés et mandarins.
Le roman décrit la vie quotidienne et les activités commerciales et politiques de Ximen Qing (西门庆 [xīmén qìng], Ximen étant l’un des rares patronymes dissyllabiques chinois). Ce dernier est un riche marchand, grand amateur de femmes, débauché, qui ne recule devant rien pour parvenir à ses fins. Grâce à l’appui, dûment monnayé, d’un haut fonctionnaire, il obtient même un emploi mandarinal important.
Le livre s’ouvre sur une anecdote bien connue de la littérature chinoise. L’une des principales héroïnes du récit, Pan Jinlian (潘金莲 [pān jīnlián]) est mariée à un vendeur ambulant de gâteaux à la vapeur (炊饼 [chuībǐng]), du nom de Wu l’aîné (武大郎 [wǔ dàláng]). Ce dernier, de petite taille, au physique peu avantageux, ne satisfait pas cette femme qui a bénéficié d’une certaine éducation, et qui a des appétits sexuels insatiables. Le beau-frère, en revanche, le fameux Wu Song (武松 [wǔ sōng]), célèbre pour avoir tué à mains nues un tigre qui l’attaquait, plaît tout à fait à Pan Jinlian, qui cherche à le séduire. Wu Song ne succombe pas aux avances de sa belle-sœur, et s’éloigne. Mais Pan n’en reste pas là. Elle est séduite par Ximen Qing, et empoisonne Wu l’aîné, pour devenir la concubine de Ximen. Wu Song, qui tue par accident un officiel qui aurait pu lui donner des informations sur la mort de son frère, est exilé. Cette péripétie est bien connue des lecteurs Chinois car elle se trouve dans un autre roman chinois célèbre, Au bord de l’eau (《水浒传》 [shuǐhǔzhuàn]). Dans le Jin Ping Mei, cependant, le détail de cet histoire diffère : dans Au bord de l’eau, Ximen Qing est tué par Wu Song qui veut venger la mort de son frère, tandis que dans le Jin Ping Mei, il meurt d’une surdose d’aphrodisiaque administrée par Pan Jinlian.
La fortune de Ximen Qing lui permet d’entretenir une grande maisonnée, avec une épouse principale et cinq concubines. Ces femmes, dont certaines rivalisent pour s’attirer les faveurs de leur époux, ne suffisent cependant pas à assouvir l’appétit sexuel de Ximen, qui fréquente assidûment les lupanars de la région, et n’hésite pas prendre des maîtresses occasionnelles. Il ne rechigne pas non plus à jouir des plaisirs de la « fleur du palais postérieur » (后庭花 [hòutínghuā]) avec des jeunes gens qui sont à son service. Enfin, les servantes de ses concubines, les épouses de ses employés, et même la nourrice de son fils, pour peu qu’elles soient jeunes, jolies et dociles, lui permettent encore de faire varier les plaisirs.
Le Jin Ping Mei est, beaucoup s’accordent à le dire, une œuvre majeure de la fiction chinoise de la Chine impériale. On n’hésite pas à lui accorder autant de valeur qu’aux quatre grands romans classiques de l’époque des Ming : Au bord de l’eau, Les trois Royaumes (《三国演义》 [sānguó yǎnyì]), Le Pélerinage d’Occident (《西游记》[xīyóujì]) et le Rêve dans le pavillon rouge (《红楼梦》 [hōnglóumèng]). Certains mettent encore en parallèle le Rêve dans le pavillon rouge et le Jin Ping Mei, expliquant que les deux livres décrivent et critiquent, chacun de leur manière, la même société chinoise des Ming.
Outre les scènes d’ébats amoureux et la société de l’époque, le Jin Ping Mei livre encore de précieuses informations sur l’alimentation et sur le costume de la fin des Ming. Et, au même titre qu’existe dans les études classiques chinoises une discipline appelée 红学 [hóngxué], qui se consacre exclusivement à l’étude du Rêve dans le pavillon rouge, certains érudits se consacrent corps et âme à une discipline appelée 金学 [jīnxué], dont le sujet d’étude exclusif est le Jin Ping Mei. On trouve dans la littérature scientifique chinoise de très nombreux articles consacrés à plusieurs thèmes du Jin Ping Mei, et, très tôt, des ouvrages entiers ont été consacrés à ce roman. Il faut notamment citer les Propos décousus au-delà de la fiole (《瓶外卮言》 [píngwài zhīyán] ) de Yao Lingxi, qui restent un ouvrage de référence pour qui veut étudier le Jin Ping Mei.
Pour finir, une remarque sur le titre du roman. En 1985, Gallimard a publié, dans la prestigieuse collection de La Pléiade, une traduction d’André Lévy intitulée Fleur en fiole d’or. Ce titre est la traduction littérale de la succession des trois caractères chinois qui composent le titre original de l’œuvre. Jin est en fait le premier caractère du prénom de de Pan Jinlian, Ping est le premier caractère du prénom de l’une des épouses de Ximen Qing (Li Ping’er), et Mei est le deuxième caractère du prénom de Pang Chunmei, servante de Pan Jilian. La traduction française a fait l’objet d’une réédition par Gallimard dans la collection Folio.
Le Jin Ping Mei a donné lieu à plusieurs suites, dues à différents auteurs. Il a été également adapté de nombreuses fois au cinéma, à Hong Kong et à Taiwan. En France, il a même été une source d’inspiration pour le dessinateur Magnus, qui en a fait une bande dessinée intitulée Les 110 pilules.
Pour en savoir un peu plus sur cette œuvre, je vous invite à lire ici l’article en français que lui consacre Wikipedia.
Ci-dessous, la couverture de l’une de mes éditions (publiée à Taiwan en 2007 par les éditions Lernbook) :

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Caractères rares (3819/4494) : 钼/鉬

钼 [mù]
Radical : 钅(金) (métal)
10 traits
Graphie traditionnelle : 鉬 (radical 金, 13 traits)

Le sinogramme 钼 a été créé de toutes pièces pour les besoins de la chimie moderne. Il désigne le molybdène.

Sinogramme 3820 : 肽

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Histoires de Chine : Wu Zixu (伍子胥)

Wu Zixu (伍子胥 [wǔ zǐxū], 559-484 avant l’ère chrétienne) était originaire du royaume de Chu (楚国 [chǔguó]) (son lieu de naissance est contesté : certains disent qu’il était originaire de ce qui est aujourd’hui la province de l’Anhui, d’autres qu’il venait de la province du Hubei). Il était le fils de Wu She (伍奢 [wǔ shē]), précepteur de Jian (建 [jiàn]), fils du roi Ping de Chu (楚平王 [chǔ píngwáng]). Wu She fut calomnié auprès du roi Ping par un rival, Fei Wuji (费无极 [fèi wújí]). Le roi fit exécuter Wu She et Wu Shang (伍尚 [wǔ shàng]), le frère aîné de Wu Zixu. Mais Zixu parvint à s’enfuir et trouva refuge dans le royaume voisin de Wu (吴国 [wúguó).
À Wu, Wu Zixu se mit au service du roi Helü (阖闾 [hélǘ]), et devint l’un de ses principaux conseillers. Wu Zixu fut l’un des constructeurs de l’actuelle ville de Suzhou, dont une des portes lui encore consacrée aujourd’hui : la porte de Xu (胥门 [xūmén]). En 506, Wu Zixu, avec le stratège Sun Wu (孙武 [sūn wǔ], plus connu sous le nom de Sunzi, ou Sun Tzu (孙子 [sūnzǐ]), l’auteur du fameux traité militaire connu sous le titre de l’Art de la guerre 《孙子兵法》 [sūnzǐ bīngfǎ]), s’empare de la capitale du royaume de Chu. Arrivé sur place, il fait déterrer le cadavre du roi Ping et lui fait administrer 300 coups de fouet, pour venger la mort de son père et de son frère. Grâce à l’aide de gens tels que Wu Zixu, le royaume de Wu parvint à détruire le royaume de Chu à l’Ouest, et à infliger des défaites aux royaumes de Xu (徐国 [xúguó), Lu (鲁国 [lǔguó]) et Qi (齐国 [qíguó]) au Nord.
À plusieurs reprises, Wu Zixu avait recommandé au roi Fuchai (夫差 [fūchāi]), qui avait succédé à son père Helü, de tuer Goujian (勾践 [gǒu jiàn]), l’héritier du trône du royaume de Yue (越国 [yuèguó]). Mais Fuchai ne prêta pas attention à son conseiller. Il était en effet pressé d’avancer vers la Plaine Centrale (中原 [zhōngyuán]), et rassembla une armée pour s’attaquer au royaume de Qi. Une nouvelle fois, Wu Zixu exhorta son roi à ne pas s’en prendre à Qi, mais plutôt d’anéantir Yue, et se vit opposer un nouveau refus. Le ministre Bo Pi (伯嚭 [bó pǐ]) dit alors à Fuchai que Wu Zixu cherchait à comploter avec Qi pour attaquer Wu. Fuchai fit alors envoyer une épée à Wu Zixu, en lui donnant l’ordre de se suicider. Juste avant de mettre fin à sa vie, Wu Zixu demanda aux gens de sa suite de lui arracher les yeux et de les placer sur la porte orientale de la ville, car il voulait voir de ses propres yeux la destruction de Wu. Effectivement, moins de neuf ans après la mort de Wu Zixu, le royaume de Wu fut anéanti par une attaque surprise de Yue.
Le corps de Wu Zixu fut placé dans une outre de cuir et jeté dans le fleuve Qiantang (钱塘江 [qiántángjiāng], près de Hangzhou), le cinquième jour du cinquième mois lunaire de l’an 484 avant l’ère chrétienne. C’est la raison pour laquelle à Suzhou, lors de la fête des bateaux-dragons (端午节 [duānwǔjié]), célébrée le 5ème jour du 5ème mois lunaire, c’est Wu Zixu qui est commémoré, et non, comme dans le reste de la Chine, le poète Qu Yuan (屈原 [qū yuán], qui vécut approximativement entre 340 et 278 avant notre ère).

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Caractères (325) : 喜

喜 [xǐ]
Radical : 口 (bouche)
12 traits

Significations :
1. joyeux, content : 喜剧 [xǐjù] : comédie (pièce de théâtre comique) ; 喜悦 [xǐyuè] : content, joyeux ;
2. propre à susciter la joie (notamment tout ce qui concerne le mariage) : 喜酒 [xǐjiǔ] : repas de mariage, festin de noces ; 喜事 [xǐshì] : 1º) évènement heureux / 2º) mariage ;
3. grossesse : 有喜 [yǒuxǐ] : être enceinte, attendre un heureux évènement ;
4. intérêt, hobby : 喜好 [xǐhào] : intérêt, hobby ;
5. qui convient à : 喜光植物 [xǐguāng zhíwù] : (bot.) plante héliophile ;
6. Xi, patronyme chinois.

Sinogramme 326 : 曾

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La Chine au bout de la langue, S01E06

Aux amateurs de gastronomie chinoise, je signale la parution sur Sinogastronomie de mon petit article de présentation de l’épisode 6 de la première saison de l’émission La Chine sur le bout de la langue (《舌尖上的中国》 [shéjiānshàngde zhōngguó]). Cet épisode est consacré à « L’assemblage des cinq saveur ». C’est ici.

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Caractères (324) : 元

元 [yuán]
Radical : 二 (deux)
4 traits

Significations :
1. tête, début, principal : 元年 [yuánnián] : première année (d’une période, d’une ère) ; 元首 [yuánshǒu] : chef, dirigeant ; 元帅 [yuánshuài] : (mil.) maréchal ;
2. de base, fondamental : 单元 [dānyuán] : unité ; 元件 [yuánjiàn] : pièce détachée ;
3. (spécificatif de l’unité monétaire) (utilisé en lieu et place de 圆) ;
4. (math.) inconnue : 一元二次方程 [yīyuán èrcì fāngchéng] : équation du second degré à une inconnue ;
5. Yuan, dynastie chinoise (1271-1368) ;
6. Yuan, patronyme chinois ;
7. à l’époque des Qing, utilisé en lieu et place de 玄 [xuán], en raison du tabou concernant ce sinogramme, qui entre dans la composition de 玄烨 [xuányè], nom personnel de l’empereur Kangxi (康熙 [kāngxī], 1654-1722, r. 1661-1722).

Sinogramme 325 : 喜

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