Joli texte : Liu Yong, Depuis le printemps…

A l’occasion du dernier intermède musical, nous avions fait connaissance avec Liu Yong  (柳永 [liǔ yǒng], 984-1053), poète des Song du Nord, connu pour son commerce coupable avec les courtisanes.
De Liu Yong, plus de 200 poèmes chantés ci sont parvenus jusqu’à nous. Nombreux sont ceux dans lesquels les jeunes courtisanes se languissent de leurs amants inconstants. J’imagine très bien pour ma part que ces poèmes chantés faisaient partie de l’arsenal que ces jeunes femmes déployaient pour séduire leurs clients et leur soutirer en douceur quelques taëls d’argent de plus…
Dans 《定风波·自春来惨绿愁红》 [dìng fēngbō – zìchūn lái cǎnlǜ chóuhóng], littéralement « depuis que le printemps est arrivé, je suis triste du vert et me languis du rouge », c’est justement l’une de ces jeunes femmes qui se plaint de son jeune amant qui l’a délaissée pour se préparer aux examens du mandarinat.
定风波 [dìng fēngbō], littéralement « apaiser la tempête », est le titre de la mélodie sur laquelle le poète a composé son œuvre.
Ci-dessous, le texte original, puis mon essai de traduction :
柳永《定风波·自春来惨绿愁红》
Liǔ Yǒng – Dìng fēng bō – Zì chūn lái cǎn lǜ chóu hóng
自春来惨绿愁红,芳心是事可可。日上花梢,莺穿柳带,犹压香衾卧。暖酥消,腻云亸,终日厌厌倦梳裹。无那!恨薄情一去,音书无个。
Zì chūn lái cǎn lǜ chóu hóng, fāngxīn shì shì kěkě. Rì shàng huā shāo, yīng chuān liǔ dài, yōu yā xiāngqīn wò. Nuǎnsū xiāo, nìyún duǒ, zhōngrì yànyàn juàn shūguǒ. Wú nuò ! Hèn bóqíng yī qù, yīn shū wúgè.
早知恁么。悔当初,不把雕鞍锁。向鸡窗,只与蛮笺象管,拘束教吟课。镇相随,莫抛躲。针线闲拈伴伊坐。和我,免使年少,光阴虚过。
Zǎo zhī nènme. Huǐ dāng chū, bù bǎ diāo ān suǒ. Xiàng jīchuāng, zhǐ yǔ mǎnjiān xiàngguǎn, jūshù jiào yínkè. Zhèn xiāng suí, mò pāo duǒ. Zhēnxiàn xiánniān bàn yī zuò. Hé wǒ, miǎn shǐ niánshào, guāngyīn xūguò.

Liu Yong, Depuis le printemps…
Depuis le printemps, feuilles vertes et fleurs rouges n’évoquent plus que tristesse, mon cœur à plus rien ne soupire. Le soleil pointe au-dessus des cimes, les loriots en chantant se glissent entre les branches des saules, et moi je reste allongée sur ma couverture de brocart. J’ai perdu mes rondeurs, mes cheveux, leur éclat, l’envie même d’être belle m’a quittée. Qu’y puis-je ! Depuis qu’il m’a abandonnée, l’ingrat ne m’a pas écrit.
Si j’avais su ! Pourquoi n’ai-je pas solidement attaché sa selle sculptée ? Je l’aurais mis devant la table, ne lui aurais donné que papier et pinceau, et l’aurais contraint à ses études. Je ne l’aurais pas quitté, ne l’aurais pas abandonné. Moi à mon ouvrage, j’aurais été à ses côtés. Et n’aurais pas ainsi gâché mon jeune âge.

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