Bibliographie : Liu Chuanming, Reconnaître les Tang au premier coup d’œil

L’article « Chevelures fleuries de dames de la cour des Tang » que j’ai publié en février 2020 sur Tela Botanica m’a été inspiré par l’un des chapitres d’un ouvrage de Liu Chuanming (刘传铭 [liú chuánmíng]) intitulé Reconnaître les Tang au premier coup d’œil (《一眼识大唐》 [yīyǎn shì dàtáng]), publié en octobre 2019.
Ce livre comporte 11 chapitres, chacun étant consacré à l’étude et à l’analyse d’une œuvre picturale majeure de l’époque de la dynastie des Tang (618-907). Les œuvres sont remises dans leur contexte historique, et des comparaisons sont faites avec d’autres œuvres, chinoises ou autres. Chaque chapitre raconte une histoire, qui s’avère souvent passionnante. Voyons ci-dessous les œuvres présentées dans ce livre.
(Les images viennent pour la plupart de Wikipedia, deux viennent de Baidu. La résolution est normalement assez bonne, vous pouvez cliquer sur les images pour les voir de façon plus détaillée.)
Le premier chapitre présente le tableau La Chaise à porteurs (《步辇图》 [bù niǎn tú]) de Yan Liben (阎立本 [yán lìběn], 601-673) ; ce tableau met en scène la rencontre entre Li Shimin (李世民 [lǐ shìmín], 598-649), alors empereur Taizong des Tang (唐太宗 [táng tàizōng], r. 626-649) et Gar Tongtsen Yülsung, appelé en chinois Lu Dongzan (禄东赞 [lù dōngzàn]), envoyé du roi du Tibet Songtsen Gampo afin de négocier avec l’empereur de Chine le mariage de ce roi avec la princesse Wencheng (文成公主 [wénchéng gōngzhǔ], 623-680).


C’est à une Excursion printanière de Dame Guoguo (《虢国夫人游春图》 [guóguó fūrén yóuchūntú]) de Zhang Xuan (张萱 [zhāng xuān], VIIIe siècle) qu’est consacré le chapitre II. Dans cette œuvre, le peintre représente quelques femmes de la cour impériale lors d’une promenade à cheval, dont Dame Guoguo (虢国夫人 [guóguó fūrén], décédée en 756). Cette dame était l’une des sœurs cadettes de la fameuse concubine impériale Yang (杨贵妃 [yáng guìfēi]) ; elle avait une réputation sulfureuse et on lui prête de nombreux amants, dont le prestigieux époux de sa sœur : l’empereur Xuanzong des Tang (唐玄宗 [táng xuánzōng]) lui-même. Le tableau original est aujourd’hui perdu, il ne nous est connu que par une copie réalisée à l’époque des Song.


Le troisième chapitre s’intéresse aux Cinq bœufs (《五牛图》 [wǔniǔtú]) de Han Huang (韩滉 [hán huàng], 723-787). Ce superbe tableau représente cinq bœufs dans différentes postures. Disparue en 1900, l’œuvre est réapparue pendant les années 1950 lors d’une vente aux enchères à Hong Kong. Il est aujourd’hui conservé au Musée de la Cité Interdite à Pékin.


Dans le chapitre IV, l’auteur nous présente le Portrait d’un fier coursier (《神骏图》[shénjùntú]) que l’on doit à Han Gan (韩干 [hán gān], 706-783). L’œuvre représente le moine Zhidun (支遁 [zhīdùn], 314-366), qui tenta de réaliser une synthèse du bouddhisme et du taoïsme, mais qui est surtout connu dans la tradition populaire chinoise pour son amour immodéré des chevaux. Le peintre Han Gan est quant à lui réputé pour son expertise dans la peinture des chevaux.


Le tableau du chapitre V, le Portait des sept sages (《七贤图》 [qīxiāntú]), connu aussi sous le titre de Portrait d’ermites (《高逸图》 [gāoyìtú]), est le seul tableau du peintre Sun Wei (孙位 [sūn wèi], fin de la dynastie des Tang) qui nous soit parvenu. Cette œuvre représente les « sept sages de la forêt de bambous » (竹林七贤 [zhúlín qīxiān]), intellectuels fameux pour leur indépendance, qui vécurent à l’époque des Trois Royaumes (220-280). (Wikipedia consacre ici un article en français aux sept sages de la forêt de bambous.)


On ne connaît pas l’auteur du Concert au palais (《宫乐图》 [gōngyuètú]), connu aussi sous le titre de Concert au palais des Tang (《唐人宫乐图》 [tángrén gōngyuètú]), dont il est question au chapitre VI. Le titre même de l’œuvre pose problème, car en effet le sinogramme 乐 peut se prononcer [yuè], et signifier alors « musique », ou encore « lè », et vouloir dire alors « joie, plaisir ». Il pourrait donc s’agir des « plaisirs au palais », et non d’un « concert au palais ». On voit ici dix femmes installées autour d’une table, en train de déguster qui du thé, qui du vin. Le tableau est aujourd’hui conservé au Musée du Palais à Taibei.


Le chapitre VII parle quant à lui d’une peinture retrouvée dans la grotte aux manuscrits de Dunhuang (la grotte 17), intitulée Bodhisattva guidant une âme (《引路菩萨图》 [yǐnlù pǔsàtú]). Cette œuvre a été achetée par Aurel Stein en 1907, elle est conservée aujourd’hui au British Museum. Le bodhisattva qui guide les âmes a pour tâche de guider les âmes des morts vers Sukhavati, lieu de félicité des bouddhistes.


C’est donc grâce au chapitre VIII que j’ai pu découvrir les Dames de la cour portant des fleurs dans les cheveux (《簪花仕女图》 [zānhuā shìnǚ tú]) du tableau attribué à Zhou Fang (周昉 [zhōu fǎng], fin du VIIIe-début du IXe siècles) Dans cette œuvre on peut voir cinq dames de la cour ayant orné leur chevelure de fleurs diverses. Pour plus détails, je vous invite à lire mon article sur Tela Botanica.


Dans le chapitre IX, l’auteur nous présente un autre tableau du peintre Yan Liben (l’auteur de La Chaise à porteurs qui avait été présenté au chapitre I) : Xiao Yi s’empare (de la calligraphie) du Pavillon aux orchidées (《萧翼赚兰亭》 [xiāoyì zhuàn lántíng]). Yan Liben a peint ce tableau en se basant sur l’anecdote historique selon laquelle Xiao Yi (萧翼 [xiāo yì], dates inconnues), au service de Li Shimin, l’empereur Taizong des Tang, alla dérober chez un moine nommé Biancai (辩才 [biàncái]) une célébrissime calligraphie de Wang Xizhi (王羲之 [wáng xìzhī], 303-361). C’est Taizong qui avait ordonné à Xiao Yi de commettre ce méfait, car il voulait absolument posséder cette calligraphie, intitulée Préface au recueil du pavillon aux orchidées (《兰亭集序》 [lántíngjí xù]).


Le chapitre X aborde une autre calligraphie célèbre, celle-ci réalisée par Ouyang Xun (欧阳询 [ōuyáng xún], 557-641), calligraphe fameux qui vécut à la fin des Jin et au début des Tang. Ici, il est question de l’œuvre intitulée Libation onirique à Confucius (《仲尼梦奠帖》 [zhòngní mèng diàn tiē], 仲尼 [zhòngní] est le prénom social de Confucius). Le texte est écrit en graphie cursive (行书 [xíngshū]). L’œuvre est visible au Musée provincial du Liaoning, à Shenyang.


Enfin, le onzième et dernier chapitre est consacré à une stèle intitulée Éloge de la restauration des grands Tang (《大唐中兴颂》 [dàtáng zhōngxīng sòng]) sur laquelle est reproduite la calligraphie d’un autre artiste célèbre, Yan Zhenqing (颜真卿 [yán zhēnqīng], 709-785), grand maître de l’écriture en style régulier (楷书 [kǎishū). Le texte lui-même a été rédigé en 761 par Yuan Jie (元结 [yuán jié], 723-772), haut fonctionnaire de l’époque, pour louer le début de la pacification de la rébellion d’An Lushan (安禄山 [ān lùshān], 703-757), qui dévasta la Chine des Tang entre vers le milieu du VIIIe siècle. Le texte a été calligraphié par Yan Zhenqing et la stèle gravée en 771. (Je n’ai malheureusement pas d’image de qualité acceptable pour cette stèle.)
Le livre de Liu Chuanming a été publié par les éditions New Star Press (新星出版社 [xīnxīng chūbǎnshè]).
ISBN : 978-7-5133-3718-2

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