Vocabulaire : marieurs, apparieurs et autres entremetteurs

Avant l’apparition des sites de rencontres (婚恋交友网站 [hūnliàn jiāoyóu wǎngzhàn], parfois 相亲网 [xiàngqīnwǎng]), avant le développement des agences matrimoniales (婚恋中介 [hūnliàn zhōngjiè] ou, plus formel, 婚姻介绍所 [hūnyīn jièshàosuǒ]), les Chinois avaient recours, pour conclure les mariages, à des intermédiaires, le plus souvent des femmes. Ces entremetteuses sont souvent appelées 媒人 [méirén] (ce mot peut être utilisé pour un homme qui remplit cet office), 媒妁 [méishuò] ou, plus informel, 媒婆 [méipó]. Le verbe désignant cette activité est 做媒 [zuòméi] : servir d’entremetteur.
Dans la Chine ancienne, l’amour libre (自由恋爱 [zìyóu liàn’ài]) était à peu près proscrit. Certes, il pouvait arriver que des amants s’enfuient (私奔 [sībēn]), mais la bienséance exigeait que l’on eût recours à un intermédiaire pour organiser les épousailles. Pour désigner le fait que des époux étaient passés par un mariage organisé et célébré en bonne et due forme, on recourt à une expression figée en quatre caractères : 明媒正娶 [míngméi zhèngqǔ] : le mariage avait été organisé de façon publique avec l’aide d’un intermédiaire et avait été célébré dans les formes requises.
Il existe en chinois un certain nombre d’expressions allusives servant à désigner les entremetteuses. Par exemple, dans la nouvelle Sansan (《三三》 [sānsān]) de Shen Congwen (沈从文 [shěn cóngwén], 1902-1988), j’ai noté l’expression 红叶 [hóngyè], littéralement « feuille rouge » Ce mot est tiré de l’histoire d’une servante du palais impérial à l’époque du règne de l’empereur Xizong des Tang. Cette servante aspirait à une vie sentimentale normale, normalement interdite aux femmes du palais. Au risque de sa vie, elle se mit à écrire des poèmes sur des feuilles d’arbre rouges. Elle déposait ces feuilles inscrites sur l’eau des douves. Un jeune lettré trouva l’une de ces feuilles et fut ému par la beauté du poème. Lui aussi se mit à écrire des vers sur des feuilles rouges, qu’il déposa également sur l’eau des douves. La jeune servante trouva l’une de ces feuilles. Les deux jeunes gens finirent par se retrouver et purent s’épouser.
Une autre expression courante désigner l’entremetteuse est « la femme rouge » 红娘 [hóngniáng]. Hongniang est en réalité le nom de la servante de Cui Yingying (崔莺莺 [cuī yīngyīng), héroïne de l’Histoire du pavillon d’Occident (《西厢记》 [xīxiāngjì], célèbre pièce de théâtre de l’époque des Yuan). C’est Hongniang qui sert d’intermédiaire entre Yingying et son amant, le jeune lettré Zhang.
Il arrive que l’on parle aussi du « vieillard sous la lune » (月下老人 [yuèxià lǎorén]), parfois abrégé en (月老 [yuèlǎo]). Ce mot fait référence à une histoire des Tang, dans laquelle un jeune homme rencontre un vieillard, qui réside habituellement dans la lune et dont le rôle est d’attacher avec un fil rouge les jambes des personnes qui sont destinées à se marier.
Un autre mot signifie littéralement « manche de hache de bûcheron » : 伐柯 [fákē]. La source de cette expression est à rechercher dans un poème du Classique des Odes, dans lequel il est dit qu’il est aussi indispensable d’avoir un manche de hache pour abattre un arbre que d’avoir un entremetteur pour conclure un mariage.
On parle également de « montagne sur laquelle s’appuyer » : 保山 [bǎoshān] (ce mot signifie « garant »). Ce mot est tiré du chapitre 119 du Rêve dans le pavillon rouge (《红楼梦》 [hónglóumèng]), dans lequel il est dit que l’épouse principale peut prendre elle-même la décision concernant un mariage, d’autant plus que l’oncle maternel peut servir de garant.
On emploie aussi l’expression « homme de glace » : 冰人 [bīngrén]. Cette expression vient d’une histoire racontée dans le Livre des Jin (《晋书》 [jìnshū]) : un jeune homme avait rêvé qu’il se tenait debout sur la glace, et parlait à une personne se trouvant sous la glace. Il avait interrogé un homme expert dans l’interprétation des songes sur la signification de ce rêve. L’expert avait expliqué au jeune homme que ce rêve signifiait qu’il allait bientôt faire un heureux mariage. Effectivement, le jeune lettré finit par épouser la fille du premier ministre.
(J’ai trouvé une bonne partie de ces informations dans un article consacré aux noms donnés aux entremetteuses dans la Chine ancienne, voir ici.)
Ci-dessous, une statue du « vieillard sous la lune ». La photo vient d’un article qui est consacré à ce personnage, voir ici.

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