Jinologie : Demi-dieux et Semi-démons (《天龙八部》) – Duan Yu (段誉), première partie

Duan Yu (段誉 [duàn yù]) est l’un des personnages principaux du roman Semi-dieux et Semi-démons. Il porte le « patronyme national » (国姓 [guóxìng], mot qui désigne le patronyme du souverain) de Dali, Duan (段 [duàn]), car il est le fils du prince Duan Zhengchun (段正淳 [duàn zhèngchún]), frère cadet de Duan Zhengming (段正明 [duàn zhèngmíng]), empereur de Dali.
Duan Zhengming est un personnage historique (si l’on ignore ses dates de naissance et de mort, on sait qu’il régna de 1081 à 1094 sous le nom d’empereur Baoding 保定帝 [bǎodìngdì]). Dans le roman de Jinyong, c’est Duan Yu qui lui succède directement, car Duan Zhengchun succombe avant d’avoir pu accéder au trône. Or, l’histoire de Dali nous apprend que Duan Zhengchun régna de 1096 à 1108 sous le nom d’empereur Wenan (文安皇帝 [wénān huángdì]). C’est en réalité un dénommé Gao Shengtai (高升泰 [gāo shēngtài], mort en 1096) qui usurpa le trône de Dali et succéda à Duang Zhengming (Gao régna de 1094 à 1096). Ce n’est qu’après le règne éphémère de Gao que Duan Zhengchun accéda au trône. Duan Yu est quant à lui un personnage fictif. C’est Duan Heyu (段和誉 [duán héyù], 1083-1176) qui succéda à Duan Zhengchun ; Duan Heyu régna de 1108 à 1147, il est connu sous le nom d’empereur Huangren (黄仁皇帝 [huángrén huángdì]). Il est probable que Jinyong s’est inspiré du nom de Duan Heyu pour nommer son personnage. On voit donc que le romancier a pris des libertés avec l’histoire, mais cela n’a vraiment pas beaucoup d’importance pour l’œuvre littéraire.
Duan Yu est profondément influencé par le bouddhisme. Il a un caractère fantasque et obstiné, et s’intéresse également au jeu de go, au Classique des mutations, à la philosophie chinoise en général. En revanche, il ne s’intéresse absolument pas à l’art du combat, alors que tous les membres du clan Duan de Dali sont des experts. Considérant en effet que le bouddhisme interdit de tuer tout être vivant, Duan Yu refuse résolument de se plier aux exigences de son père et de son oncle, qui veulent qu’il apprenne les techniques martiales, et notamment la technique qui fait la réputation des Duan : le « doigt du yang unique » (一阳指 [yīyángzhǐ]). Duan Yu finit même par fuguer pour échapper aux injonctions familiales.
Ayant entendu parler de la beauté des paysages du mont Wuliang (无量山 [wúliángshān], qui se trouve dans la province du Yunnan, dans l’actuel district autonome Yi de Jingdong 景东彝族自治县 [jǐngdōng yízú zìzhìxiàn]), il s’y rend en compagnie d’un marchand rencontré par hasard. Il fait alors la connaissance d’une jeune et jolie jeune fille, Zhong Ling (钟灵 [zhōng líng]), assez douée en arts martiaux, et effrontée assumée. Duan et Zhong ne sont pas indifférents l’un à l’autre. Ils sont faits prisonniers par la « Bande du divin laboureur » (神农帮 [shénnóngbāng]). Comme son nom le suggère, la Bande du divin laboureur manie les poisons à la perfection (le divin laboureur 神农 [shénnóng], plus connu sous le nom de Shennong, est un personnage mythique de l’antiquité qui aurait appris aux Chinois l’agriculture et la connaissance des plantes médicinales, et aurait acquis une connaissance quasi-exhaustive des poisons). La « mangouste surnaturelle » (神灵貂 [shénlíngdiāo]), dont les crocs sont empoisonnés à faire de croquer du serpent venimeux, de Zhong Ling ayant mordu plusieurs des membres de la Bande, Zhong Ling et Duan Yu sont contraints d’ingérer un poison violent. Duan Yu est envoyé chez Zhong Yu pour récupérer l’antidote au poison de la mangouste ; il n’a que sept jours !
Alors qu’il se fraie un chemin à travers la forêt, il avale de façon tout à fait involontaire une grenouille au venin redoutable, le « crapaud-buffle écarlate et luxuriant » (莽牯朱蛤 [mǎnggŭ zhūhā]). Cette ingestion inocule Duan Yu, qui ne craint plus aucun poison. Poursuivi ensuite par des vilains, il découvre inopinément pendant sa fuite, sur le mont Wuliang, une grotte dans laquelle il est subjugué par la statue d’une femme d’une beauté insoutenable. Ignorant tout du modèle, il la surnomme « grande sœur fée » (神仙姐姐 [shénxiān jiějiě]). Cette « grande sœur » a laissé une lettre enjoignant celui qui la découvre d’apprendre deux techniques martiales exceptionnelles, la « technique divine du septentrion mystérieux » (北冥神功 [běimíng shéngōng]) et les « pas subtils de la vague déferlante » (凌波微步 [língbō wēibù]) ; le « septentrion mystérieux » est une technique qui permet de s’approprier la « puissance interne » (内功 [nèigōng]) des autres, tandis que les « pas subtils », qui se basent sur les soixante-quatre hexagrammes du Classique du mutations, permettent à quiconque maîtrise cette technique de se déplacer de telle façon que personne ne peut vous attraper. Ces deux techniques appartiennent à une école d’arts martiaux mystérieuse : la « secte sans entraves » (逍遥派 [xiāoyáopài]). Il va sans dire que pendant tout le cours du roman, ces deux techniques que maîtrise Duan Yu lui seront d’un immense secours.
En se rendant chez Zhong Ling pour tenter de récupérer l’antidote permettant d’annuler les effets du poison de la mangouste, Duan Yu fait la connaissance de Mu Wanqing (木婉清 [mù wǎnqīng]), experte dans le maniement des « armes dissimulées » (暗器 [ànqì]). Le jeune homme et la jeune fille s’aiment presque instantanément, et prévoient de convoler en justes noces.
Pour savoir pourquoi l’amour que se portent Duan Yu et Mu Wanqing est impossible et comment Duan Yu parviendra à maîtriser une troisième technique martiale inégalable, et sauver par la même occasion la vie de son père, de son oncle et de quelques autres moines vénérables de Dali, je vous invite à patienter jusqu’au prochain épisode.
Ci-dessous, une photo l’actrice hongkongaise Idy Chan (陈玉莲 [chén yùlián, née en 1960) dans le rôle de Wang Yuyan (王语嫣 [wáng yŭyān], personnage féminin principal du roman), qui est le portrait craché de son aïeule, la « grande sœur fée »), dans l’adaptation télévisée de Demi-dieux et semi-démons diffusée en 1982 à Hong-Kong.

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