Histoires de Chine : Je n’ai pas tué Boren…

Il arrive que l’on entende quelqu’un qui a provoqué involontairement la chute d’une autre personne invoquer un épisode bien connu de l’histoire de Chine, en s’exclamant : « 我不杀伯仁,伯仁却因我而死 [wǒ bùshà Bórén, Bórèn què yīn wǒ ér sǐ] ».
L’anecdote tragique de la mort de Zhou Boren (周伯仁 [zhōu bórén]), ou Zhou Yi (周顗 [zhōu yǐ]), haut fonctionnaire de la cour des Jin de l’Est (东晋 [dōngjìn]), né en 269, est rapportée dans le Livre des Jin (《晋书》 [jìnshū]). L’histoire est la suivante :
La première année de l’ère Yongchang (永昌 [yǒngchāng]) du règne de l’empereur Yuan de Jin (晋元帝 [jìn yuándì]), c’est-à-dire en l’an 322 de notre ère, Wang Dun (王敦 [wáng dùn], 266-324), alors inspecteur impérial d’une région de l’empire des Jin, se révolta contre le pouvoir impérial. Wang Dao (王导 [wáng dǎo], 276-339), frère cadet de Wang Dun, occupait quant à la lui les fonctions de Ministre des Travaux publics (司空 [sīkōng]). Suite à la révolte de Wang Dun, il fut conseillé à l’empereur de se livrer à des représailles en faisant éliminer tous les membres de famille Wang (qui était alors une famille influente) se trouvant à la capitale.
Wang Dao, apprenant la nouvelle, se présenta aux portes du palais pour demander grâce à l’empereur. Alors qu’il attendait, il vit arriver l’un des amis, Zhou Boren, qui avait été convoqué en audience. Wang Dao interpela Zhou Boren et lui demanda d’intervenir pour lui auprès de l’empereur. Zhou fit semblant de l’ignorer complètement, mais, arrivé devant l’empereur, il plaida la cause de Wang et réussit à convaincre le souverain que Wang Dao était d’une fidélité irréprochable et ne méritait pas la mort. L’empereur se rangea à l’avis de Zhou. Lorsque celui-ci sortit du palais, Wang Dao était toujours là. Wang interpela Zhou de nouveau, mais ce dernier resta de marbre. Cependant, une fois rentré chez lui, pour appuyer son intervention, Zhou rédigea un mémoire en faveur de Wang Dao, qui ignorait tout de l’intervention de Zhou.
Wang Dun, à la tête des troupes rebelles, finit par arriver aux portes de la capitale impériale. L’empereur, pris de panique, fit de Wang Dun son premier ministre. Wang Dun se mit alors à éliminer tous ceux qui s’étaient opposés à lui, dont Zhou Boren.
Wang Bin (王彬 [wáng bīn]), cousin en ligne paternelle de Wang Dun, intercéda en faveur de Zhou Boren. Wang Dun se tourna alors vers Wang Dao pour lui demander ce qu’il en pensait. Wang Dao, qui en voulait à Zhou car il croyait que celui-ci n’avait rien fait pour lui, garda le silence. Wang Dun fit donc exécuter Zhou.
Ce n’est que lorsque Wang Dao se rendit aux archives impériales et lut le mémoire que Zhou Boren avait rédigé à l’attention de l’empereur, qu’il sut que lui et les membres de sa famille n’avaient eu la vie sauve que grâce à l’intervention de Zhou. Et c’est à ce moment-là qu’il prononça cette fameuse phrase de regret : « Ce n’est pas moi qui est tué Boren, mais c’est à cause de moi que Boren est mort ! »
Ci-dessous, un portrait de l’empereur Yuan de Jin (l’image vient de l’article que Wikipedia consacre à cet empereur, ici) :

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