Bibliographie : Laoshe, Le Soleil

La longue nouvelle Le Soleil (《阳光》 [yángguāng]) de Laoshe a été publiée pour la première fois en 1935 dans un recueil intitulé La Mer de cerisiers (《樱海集》 [yīnghǎijí]). Ce récit est relativement peu connu (pas un mot en tout cas dans les articles en anglais et en français de Wikipedia consacrés à Laoshe). Écrit à la première personne, il raconte le parcours d’une jeune femme issue d’une famille de la bourgeoisie, depuis son enfance dorée jusqu’à sa chute, en passant par ses aventures amoureuses et son mariage avec un homme de la haute société.
Le Soleil fait en fait écho à la nouvelle Le Croissant de lune, que Sinoiseries a présenté ici. (Le Croissant de lune relatait la destinée d’une jeune femme de la plèbe, réduite à la prostitution.) Ces deux longues nouvelles ont en commun de décrire la situation des femmes chinoises de l’époque de la République. Si la position sociale et l’état d’esprit des deux jeunes femmes sont radicalement opposés, n’en elles demeurent pas moins toutes les deux les objets passifs d’une société patriarcale sur laquelle elles n’ont aucune prise.
Dans Le Soleil, le personnage principal croit pouvoir s’appuyer sur sa beauté, sur son « intelligence » pour « conquérir le monde ». Après s’être jouée de ses soupirants depuis l’époque du lycée et de l’université, elle finit par se plier à un mariage arrangé par ses parents avec un jeune homme conservateur qui lui apporte position sociale et notoriété. Elle a accepté ce mariage en se faisant la réflexion que l’amour était une chose bien futile (爱,说回来,值多少钱一斤呢? : combien peut donc bien valoir une livre d’amour ?) et ne pesait pas pour rien dans la balance par comparaison avec le confort matériel et le statut social que lui apportait cette union.
Mais ses désirs physiques ne sont pas satisfaits par son mari, partisan obstiné de la morale traditionnelle. Elle prend un amant en la personne d’un homme ayant une position encore plus élevée que son mari. Si ses désirs sont satisfaits, elle tombe de haut lorsqu’elle découvre que son mari a laissé faire par ambition, puisque, grâce à l’intervention de l’amant, le mari a obtenu un avancement convoité.
Elle se plie aussi à la décision de son mari de prendre une concubine, pensant que cela est dans l’ordre normal des choses, mais elle déchante encore lorsqu’elle se rend compte que cela faisait aussi partie d’un plan concocté par son mari, qui s’appuie maintenant sur la concubine pour assurer sa carrière, tandis que la narratrice se retrouve isolée.
La révolte la pousse à prendre un amant de cœur en la personne d’un homme de basse extraction. Le mari, considérant que ce faisant elle le déshonore, la prive alors du peu de liberté qu’elle avait. La réaction de l’épouse est épidermique : elle demande le divorce ! Cette demande de divorce fait scandale, son mari est déchu et elle perd tout.
La description qui est faite de la jeune bourgeoise me semble tout à fait pertinente. Elle me fait en tout cas penser à ces jeunes femmes que j’ai pu rencontrer, en France, en Chine continentale ou à Taiwan, qui brillent par leur superficialité et pensent qu’il leur suffira de mettre la main sur un bon parti pour s’assurer confort et bonheur.
Le texte intégral de la nouvelle de Laoshe est disponible ici, sur Baidu. Ici (sur un site chinois consacré à l’étude de l’œuvre de Laoshe) se trouve un article qui décrit les parallèles entre Le Croissant de lune et Le Soleil.

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