Jinologie : Laoshe, La Lance de mort

La Lance de mort (《断魂枪》 [duànhūnqiāng]) est la première nouvelle publiée par l’écrivain Laoshe, en 1935. J’en avais lu la traduction en français dans le recueil de nouvelles de Laoshe intitulé Gens de Pékin publié en 1982 par les éditions Gallimard. (Ce recueil est toujours disponible en librairie, dans la collection Folio.)
L’intrigue est assez simple : à l’époque de la fin de la dynastie des Qing, alors que la société chinoise traditionnelle est en pleine déliquescence, Sha Zilong (沙子龙 [shā zǐlóng]), ancien patron d’une officine d’escorte (镖局 [biāojú]), a dû renoncer à son ancienne profession et convertir son officine en auberge. Il était l’un des maîtres d’arts martiaux les plus fameux du nord de la Chine, notamment grâce à sa maîtrise du maniement de la lance, notamment de la technique de la « lance de mort des cinq tigres » (五虎断魂枪 [wǔhǔ duànhūnqiāng]).
Ses élèves et disciples, réduits au chômage, survivent en pratiquant divers métiers. Le plus en vue de ses disciples, Wang Sansheng (王三胜 [wáng sānshèng]), en est même réduit à solliciter la générosité des spectateurs au cours de démonstrations qu’il donne en place publique.
Lors de l’une de ces démonstrations, il est ridiculisé par un « vénérable Kong » (孔老者 [kǒng lǎozhě]), également expert dans le maniement de la lance, qui fait tomber l’arme des mains de Wang. Kong demande à Wang de l’emmener voir son maître. Wang, espérant que l’affront qu’il a subi sera lavé par Sha Zilong, emmène Kong voir le vieil homme.
Sha reçoit Kong avec la politesse qui sied. Kong, venu spécialement pour voir Sha Zilong, n’a qu’un désir : élargir le champ de ses connaissances dans l’art du maniement de la lance, mais Sha refuse obstinément, même après que Kong lui a fait une démonstration de sa maîtrise.
Sha considère en effet que tout cela est vain, et ne souhaite pas transmettre les secrets des soixante-quatre bottes de la « lance de mort », quitte à passer pour un lâche auprès de Wang Sansheng et consorts.
Une fois Kong reparti, Sha, à la faveur de la nuit et dans l’intimité de la cour intérieure de sa maison, s’exerce seul à la lance.
La Lance de mort n’est pas à proprement parler un récit d’arts martiaux. Dans cette nouvelle, ce qui intéresse Laoshe, plus que l’aspect martial, c’est le passage de la Chine traditionnelle à la modernité, la fin de la Chine impériale, la perte des traditions.
Le texte intégral, en chinois, de cette nouvelle se trouve facilement sur Internet, par exemple ici.
Le nom de la technique de Sha, la « lance de mort des cinq tigres », a inspiré le cinéma hongkongais : en 1951, un film d’action portant le titre de La Lance de mort des cinq tigres (《五虎断魂枪》), dirigé par Hu Pang (胡鹏 [hú péng], né en 1910 à Shanghai), est sorti sur les écrans de la colonie britannique. Ce film, doublé en mandarin, est visible sur Youtube :

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