Bibliographie : Shen Fu, Six récits au fil inconstant des jours

J’ai pour les Six récits au fil inconstant des jours de Shen Fu une affection toute particulière.
C’est en 2000, alors que j’entamais à Suzhou, sous la direction de divers professeurs, une année et demie quasi-sabbatique consacrée à l’étude de la littérature chinoise en langue classique et à l’amélioration de mon niveau de chinois écrit, que l’un de ces professeurs, originaire de Suzhou et amoureux de littérature, m’a très tôt chaudement recommandé la lecture des récits de Shen Fu.
Shen Fu (沈复 [shěn fù], 1763-1810, qui portait le prénom social 三白 [sānbǎi]) était un lettré originaire de Suzhou, fils d’un fonctionnaire. Malgré son échec aux examens impériaux, il occupa, dans beaucoup de succès, divers emplois de fonctionnaire subalterne. Il est connu essentiellement pour être l’auteur d’un ouvrage rédigé en chinois classique, intitulé 《浮生六记》 [fúshēng liùjì], dont deux traductions ont été publiées en français, d’abord, en 1966, sous le titre de Six récits au fil inconstant des jours, magnifique traduction rédigée par Pierre Ryckmans (Simon Leys), puis sous celui de Récits d’une vue fugitive – Mémoires d’un lettré pauvre, par Jacques Reclus, en 1967 (je n’ai pas eu l’occasion de lire la traduction de Jacques Reclus).
Le texte de Shen Fu a été retrouvé par hasard dans un paquet de vieux papiers, et n’a été publié pour la première fois qu’en 1877, bien après la mort de son auteur. Malheureusement, des six récits, on n’en a retrouvé que quatre. On peut trouver en librairie des éditions donnant « six récits », mais les deux derniers sont manifestement apocryphes.
Dans son texte, l’auteur parle successivement de sa vie avec son épouse (l’admirable Yun), de ses loisirs, des malheurs qui s’abattent sur lui et sur famille, de ses voyages dans diverses régions de Chine.
Le premier récit, consacré à sa vie familiale, est empreint de beaucoup d’émotion. Shen Fu aimait profondément Yun, et trouvait dans son intelligence et sa douceur un réconfort qui lui permettait d’affronter les difficultés. C’est ce premier récit qui est le plus émouvant.
Le texte est en outre truffé de références à la littérature classique, à la peinture, à l’histoire. Il relate également foule d’anecdotes savoureuses.
La lecture des Six récits au fil inconstant des jours permet, me semble-t-il, d’entrevoir la vie que menèrent les lettrés de l’époque impériale.
La traduction de Pierre Ryckmans est irréprochable, et d’une lecture très agréable. Le traducteur est réellement parvenu à se transformer en cet « Homme invisible » dont ilparle dans sa postface. En toute honnêteté, à la lecture du texte français mis au point par Ryckmans, je pâlis d’envie et suis pris d’un regain de modestie.
Cette traduction française a fait l’objet de multiples rééditions, elle est facilement disponible en librairie. L’édition que je me suis fait ramener récemment de France a été publiée en 2009 par les éditions Jean-Claude Lattès (ISBN : 978-2-7096-3068-9).
PS : Le texte original, avec les deux récits apocryphes, est disponible ici sur Wikisource.

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