La censure chinoise au-delà de la grande muraille …

On qualifie de « grande muraille pare-feu » (en anglais Great Firewall, en chinois 防火长城 [fánghuǒ chángchéng]), le dispositif mis en place par le gouvernement chinois pour empêcher l’accès à partir de Chine à des sites proposant des contenus qui ont le tort de déplaire à l’oncle Xi. Cette grande muraille empêche bien sûr les internautes chinois d’accéder aux sites ouvertement dissidents, mais aussi, plus subtilement, à des contenus qui n’ont pas l’heur de plaire aux promoteurs de la société harmonieuse si chère au cœur des dirigeants aussi glorieux et infaillibles que leur cher Pouët-Côt-Côt, ou qui ne veulent pas coopérer sans restriction avec les censeurs et autres flics de l’Empire du Milieu.
Ainsi, exit Google, Facebook, la messagerie Line… et même le site du Monde, qui a commis un affront irréparable en publiant le version chinoise d’une enquête sur les avoirs à l’étranger et sociétés offshore des proches des dirigeants du régime.
Cependant, la mesure a été dépassée, me semble-t-il, lorsque la censure chinoise a voulu étendre son bras tentaculaire jusque dans une paisible ville britannique, en imposant à la très prestigieuse revue China Quaterly (connue en chinois sous le nom de 《中国期刊》 [zhōngguó jìkān]), publiée par les presses universitaires de Cambridge (CUP).
L’intrusion grossière des autorités chinoises a eu lieu en août 2017. Les CUP se sont pliées à une demande qui aurait été formulée par une officine chinoise demandant d’empêcher l’accès à partir de Chine à quelque 315 articles, portant sur des sujets divers et variés : situation au Tibet et au Xinjiang, les évènements de juin 1989 sur la place Tian’anmen, Taïwan, la Révo Cul… rien que des thèmes bien anodins, en somme…
Les CUP ont d’abord justifié cette décision en expliquant qu’elles ne voulaient pas que le lectorat chinois soit privés de l’accès aux autres de leurs publications. Le retrait des 300 textes visés a bien entendu soulevé un tollé général dans le monde universitaire occidental, et une pétition a été lancée. Tant et si bien que les CUP sont finalement revenues sur leur décision, et ont remis en ligne les papiers sensibles.
La voix de son maître, le Global Times, a consacré deux éditoriaux, un en chinois et un en anglais, pour expliquer qu’il était peu probable qu’une telle demande ait été formulée par un organisme chinois, et que de toute façon, l’influence de China Quaterly étant si faible, cela n’avait finalement pas beaucoup d’importance. Les deux éditoriaux déclaraient cependant sans la moindre ambiguïté que quiconque voulait travailler avec la Chine devait se plier aux règles édictées.
Des commentateurs occidentaux pensent, non sans raison me semble-t-il, que l’un des buts de ce coup d’éclat est de faire peur aux éditeurs, qui seraient du coup enclins à pratiquer l’auto-censure pour préserver leurs intérêts en Chine continentale : en effet, si la Chine n’hésite pas à s’attaquer à une publication aussi prestigieuse que le China Quaterly, elle sera sans pitié pour les « petits ». C’est là une façon d’agir dont on ne doit pas être surpris, et qui est monnaie courante dans toute l’histoire de la Chine. Ne dit-on pas 杀一儆百 [shāyī jǐngbǎi] : tuer une personne pour en mettre cent en garde ?
Pour en savoir plus :
L’éditorial en chinois du Global Times est à lire ici ; celui en anglais est ici.
Ici, un article du site Asialyst consacré à l’incident.
Sur le site du China Quaterly, la liste des articles concernés est ici, Le texte initial expliquant pourquoi les CUP avaient décidé de répondre favorablement à la demande chinoise se trouve ici. Et enfin, les commentaires de l’éditeur de la revue, Tim Pingle, se trouvent ici.

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