Bibliographie : Zhu Zhenmu, Le Dragon volant

Parmi les œuvres connues de l’auteur de romans de cape et d’épée Zhu Zhenmu (朱贞木 [zhū zhēnmù], 1905- ?) se trouve Le Dragon volant (《飞天神龙》 [fēitiān shénlóng]), qui fut probablement d’abord publié sous forme de feuilleton, avant de paraître en un volume en mars 1949.
Ce court roman de 4 chapitres conte l’histoire, qui se déroule à la fin de la dynastie des Qing, de Zhi Daoheng (志道恒 [zhì dàohéng]), le chef de l’école Wudang (武当派 [wǔdāngpài] ; le mont Wudang 武当山 [wǔdāngshān] se trouve dans l’actuelle province du Hubei), poursuivi par des membres de l’école Kongtong (崆峒派 [kōngtóngpài] ; le mont Kongtong 崆峒山 [kōngtóngshān] se trouve dans l’actuelle province du Gansu). Zhi avait en effet, dans sa jeunesse, vengé la mort de son frère et de sa belle-sœur, victimes des débordements d’un jeune débauché, Zhou Xiaoren (周小仁 [zhōu xiǎorén]), fils du préfet de Ji’an (吉安府 [jí’ānfǔ], dans l’actuelle province du Jiangxi). Zhou, pour se livrer sans danger à ses exactions, entretenait une bande d’hommes de main, au nombre desquels se trouvaient quelques disciples de l’école Kongtong. La nuit où Zhi Daoheng se rend dans la résidence du préfet pour venger la mort de son frère, il tue non seulement le sinistre Zhou, mais aussi deux bretteurs de l’école Kongtong.
Certains membres de cette dernière école veulent laver cet affront dans le sang, mais ils en sont empêchés par le très sage maître de l’école alors en place. Vingt ans plus tard, alors que ce maître est décédé et remplacé par le très roué Hu Qiujian (胡秋剑 [hú qiūjiàn]), la vendetta n’a pas été oubliée et Hu, avec son acolyte Zhao Jiasou (赵甲叟 [zhào jiǎsǒu]) et quelques autres sbires nourris des plus mauvaises intentions, vont chez Zhi pour assouvir leur vengeance.
Zhi avait pris sous son aile les enfants de son frère, son neveu Zhi Jingyi (志精一 [zhì jīngyī]) et sa nièce Zhi Zhenzhen (志真真 [zhì zhēnzhēn], et les avait élevés dans le respect de l’éthique des chevaliers chinois ; il leur avait bien entendu enseigné les techniques martiales de l’école Wudang.
Lorsque Hu, Zhao et leurs nervis arrivent chez Zhi Daoheng, l’oncle, le neveu et la nièce opposent à la bande une résistance héroïque, mais, croulant sous le nombre, ils sont contraints de prendre la fuite. Ils se trouvent alors séparés.
On perd d’abord la trace de l’oncle, mais on retrouve rapidement celle du neveu, qui, grièvement blessé lors du combat qui l’opposait aux gredins de l’école Kongtong, parvient à se traîner près de la demeure de gens simples d’un village, qui le sauvent.
Zhi Zhenzhen, la nièce, est quant à elle recueillie par une jeune femme qui commande l’une des troupes du Royaume céleste de la paix suprême (les Taiping).
Le roman se termine alors que les principaux personnages sont séparés.
Heureusement pour le lecteur, Le Dragon volant n’est que le premier volet d’une série dans laquelle on retrouve les personnages.
Dans le deuxième volet, intitulé La Vallée des épreuves (《炼魂谷》 [liànhúngǔ]), on retrouve la trace de l’oncle, Zhi Daoheng, aux trousses duquel sont toujours les tenaces bretteurs de l’école Kongtong. Zhi est capturé par Hu Qiujian ; le lecteur a alors pour lui des sueurs froides, car les intentions de Hu sont des plus claires. Mais il est sauvé in extremis par un mystérieux et très expert maître d’arts retiré du monde.
Dans ce deuxième volet, on suit encore, en pointillés, les aventures du neveu et de la nièce. Des amitiés se lient, des ennemis se révèlent, des histoires d’amour se nouent… D’ailleurs, à la fin de la Vallée des épreuves, Zhu Zhenmu annonce qu’il dévoilera des développements importants concernant les aventures sentimentales des jeunes gens et jeunes filles impliqués dans l’intrigue.
Mais contre toute attente, le troisième volet, L’Île de la diablesse resplendissante (《艳魔岛》 [yànmódǎo]), le récit prend une toute autre tournure.
En effet, les personnages rencontrés dans le deuxième volet de l’histoire se trouvent impliqués dans une sombre affaire d’usurpation de pouvoir par des maîtres d’arts martiaux peu recommandables installés dans une île de l’Asie du Sud Est insulaire, appelée « l’île de la diablesse resplendissante ». Ces sombres personnages cherchent à chasser du trône local une superbe jeune femme, puissante et aimée de son peuple, et de surcroît munie d’ailes qui lui permettent de voler dans les airs. Les noirs desseins des Chinois sont mis à jour et contrecarrés grâce à l’intervention d’un jeune et beau redresseur de torts, experts en arts martiaux, au charme duquel la reine de l’île paradisiaque succomberait volontiers…
De la suite des aventures du neveu et de la nièce de Zhi Daoheng, on ne saura malheureusement jamais rien, puisque Zhu Zhenmu n’a pas donné de suite à cette saga.
Le style de Zhu Zhenmu est assez littéraire, mâtiné d’expressions tirées du chinois classique, et très différent de ceux des auteurs du nouveau roman d’arts martiaux.
L’intrigue, complexe à souhait, de cette trilogie, est assez alambiquée, et n’a visiblement pas fait l’objet d’une réflexion préalable très approfondie.
Les descriptions de scènes de combat, assez réalistes au début de l’œuvre, deviennent de plus en plus fantastiques. Les maîtres d’arts martiaux s’envolent dans les airs, parcourent des milliers de kilomètres en quelques heures ; leurs besaces sont truffées d’armes et de poisons les plus extraordinaires et les plus inattendus…
Zhu Tianmu a intégré dans son histoire des histoires d’amour passablement tarabiscotées ; il va même, lorsqu’il met en scène le personnage historique Hong Xuanjiao (洪宣娇 [hóng xuānjiāo]), la générale de l’armée féminine des Taiping et sœur jurée de Hong Xiuquan (洪秀全 [hóng xiùquán]), jusqu’à attribuer à la générale une sexualité débridée et à insérer dans le récit des scènes d’un érotisme (presque) torride.
En somme, une lecture intéressante, et assez divertissante.
Le Dragon volant et ses deux suites ont été réédités en un volume, en 2012, dans la collection « Romans de cape et d’épée classiques de l’époque de la République » (民国武侠小说经典 [mínguó wǔxiá xiǎoshuō jīngdiǎn]), aux « Éditions de l’Amitié de Chine » (中国友谊出版公司 [zhōngguó yǒuyi chūbǎn gōngsī) (ISBN : 978-7-5057-3089-2).

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