Histoires de Chine : Le seigneur de Longyang

(Je reprends ici un billet que je viens de publier sur Les Érotiques, et qui a aussi tout à fait sa place dans la rubrique « Histoires de Chine »).
Je suis en train de lire un recueil de nouvelles de la fin des Ming (1368-1644), intitulé Les Histoires oubliées de Longyang (《龙阳逸史》 [lóngyáng yíshǐ]). La mention du nom Longyang dans le titre ne laisse planer aucun doute sur le sujet de l’ouvrage : toutes les nouvelles traitent du thème des jeunes prostitués chinois plus ou moins talentueux auprès desquels se pressaient en foule à la fin des Ming les amateurs de « vent du Sud ».
Le mot Longyang renvoie au « seigneur de Longyang » (龙阳君 [lóngyáng jūn]), qui vécut vers le milieu du troisième siècle avant l’ère commune, et qui est, semble-t-il, le tout premier homosexuel dont parle la tradition chinoise.
Le seigneur de Longyang était au service du roi Anxi de Wei (魏安釐王 [wèi ānxī wáng]), qui régna jusqu’en 243 avec notre ère. Sur ce personnage, on rapporte l’histoire suivante :
Un jour, le roi de Wei était parti à la pêche en bateau avec son favori, le seigneur de Longyang. Lorsque Longyang eut pêché une dizaine de poissons, il se mit à pleurer. Le roi lui demanda la raison de ces pleurs, mais Longyang refusa d’abord de la donner. Le roi insista, et Longyang finit par dire qu’il pleurait à cause des poissons pêchés. Ne comprenant toujours pas, le roi demanda une explication à son favori, qui finit par révéler ses pensées :
– Plus je pêchais, plus les poissons que j’attrapais étaient gros. J’avais envie de rejeter les plus petits à l’eau. Je me suis rendu compte alors que peut-être est-ce aussi ce que pensera votre majesté lorsque ses ministres et ses courtisons, voulant lui plaire, lui présenteront des femmes plus belles les unes que les autres, pour que vous en fassiez vos concubines. Je perdrai alors sans doute les faveurs de mon souverain et maître.
Ému par ce discours, le roi Anxi de Wei prit un décret dans lequel il déclara que toute personne qui lui présenterait une femme s’exposerait à l’anéantissement de son clan jusqu’au neuvième degré de parenté (诛九族 [zhū jiǔzú]).
Voilà pourquoi en chinois l’expression « longyang » est toujours une allusion à l’homosexualité masculine, qualifiée de façon détournée de « préférence de Longyang » (龙阳之好 [lóngyáng zhīhào]), ou encore de « manie de Longyang » (龙阳之癖 [lóngyáng zhī pǐ]).
L’image ci-dessous (qui vient d’ici) représenterait le roi de Wei et le seigneur de Longyang en action.

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