Néologismes : Petites roses

Le Figaro du 12 mai publie un article fort intéressant intitulé « En Chine, les guérilleros 2.0 de Xi Jinping », et consacré aux « petites roses » (voir ici). Comme l’auteur (Sébastien Falleti), n’est visiblement pas sinisant, il me semble qu’une petite explication de texte s’impose.
Avant toute chose, il faut préciser que le mot « rose » désigne ici non pas la fleur de la famille des rosacées (qui est appelée en chinois 玫瑰 [méiguī], mais la couleur qui, selon la théorie de Johaness Itten, est la version pastel de la couleur secondaire (二次色 [èrcìsè]) appelée en français le violet (紫色 [zǐsè]), c’est-à-dire la couleur rose (粉红色 [fěnhéngsè], ou bien 粉色 [fěnsè]). La « petite rose » est donc une jeune fille dont la couleur de prédilection est ladite couleur, d’où le diminutif (昵称 [nìchēng]) mignon choisi pour désigner ces farouches héroïnes : « xiaofense » (小粉色 [xiǎofěnsè]).
Pour simplifier un peu l’explication, je dirais que la jeune rose n’est facilement qu’une évolution du « parti des cinq poils » (五毛党 [wǔmáodǎng]), ce qui semblerait d’ailleurs justifier le suffixe « 2.0 » utilisé dans le titre de l’article.
Comme l’explique un peu confusément l’auteur de l’article, le nom fait effectivement référence à un site qui se consacre corps et âme à la littérature à l’eau de rose, appelé « Jinjiang wenxue cheng » (晋江文学城 [jìnjiāng wénxuéchéng], littéralement la « Cité de la littérature de Jinjiang »), qui, à ce que dit l’article en chinois que consacre ici Wikipedia aux « petites roses », avait adopté un fond rosé (ce qui n’est plus le cas).
Les « petites roses » sont politiquement très correctes, puisqu’elles sont résolument et inébranlablement nationalistes, et sont prêtes à toutes les audaces pour insulter la nouvelle présidente taiwanaise ou les mauvaises graines qui osent s’opposer à la ligne du « grandiose, glorieux et infaillible parti communiste chinois » (l’expression n’est pas de moi, elle est officielle : 伟大、光荣、正确的中国共产党 [wěidà, guāngróng, zhèngquède zhōngguó gòngchǎndǎng]). Certaines n’hésitent pas à clamer haut et fort que si elles équipent leurs terminaux d’un VPN de façon à contourner la censure de l’Internet par le gouvernement chinois (l’expression consacrée est 翻墙 [fānqiáng]), pour pouvoir cracher leur venin sur les comptes de leurs cibles sur l’odieux Facebook, c’est uniquement par patriotisme !
Gageons que les cerbères qui veillent au grain des réseaux chinois sauront faire preuve de mansuétude envers ces petites roses…

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