Chinoiseries : Proverbes gastronomiques

La langue chinoise use parfois de quelques expressions quadrisyllabiques figées (成语 [chéngyǔ]) qui sont en rapport avec la gastronomie, que ce soit dans le domaine de l’alimentation, ou ailleurs. J’en ai relevé quelques-unes, que je livre à votre appréciation…
Dans les textes qui décrivent la Chine préhistorique, d’avant la civilisation, les auteurs se délectent souvent à décrire la barbarie de l’alimentation de ces hommes bruts, qui « mangeaient des poils et s’abreuvaient de sang » : 茹毛饮血 [rúmáo yǐnxuè], ou qui déchiquetaient leurs proies vivantes et les mangeaient crues » : 生吞活剥 [shēngtūn huóbō] (cette dernière expression aussi utilisée aujourd’hui pour décrire le fait que l’on « avale tout cru » sans chercher à rien comprendre, et qu’on applique sans réflexion ce que l’on a ainsi appris).
La civilisation venant, la gastronomie est née, et certains plats ont suscité une convoitise telle qu’il n’était pas rare de voir des gens dont la « salive pend sur une longueur de trois pieds » : 垂涎三尺 [chuíxiǎn sānchǐ] (涎 [xián], qui n’est pas un caractère rare, désigne la salvie), ou dont la « salive pend et se trouve sur le point de goutter : 垂涎欲滴 [chuíxián yùdì], ou encore dont la « salive de gourmandise se trouve sur le point de goutter » 馋涎欲滴 [chánxián yù dì] (馋 [chán] signifie « gourmand »). Notons au passage que le verbe垂涎 [chuíxián], littéralement « avoir la salive pendante », signifie « convoiter », et pas uniquement de la nourriture.
La gourmandise a pris une telle importance, de hauts fonctionnaires ont démissionné de leurs postes convoités pour pouvoir rentrer chez eux et satisfaire leur envie irrépressible. C’est l’histoire qui se cache derrière l’expression 莼鲈之思 [chún lú zhī sī], littéralement « la nostalgie de la brasénie de Schreber et du trachiderme fascié », qui explique pourquoi Zhang Han, en poste à Luoyang, a démissionné pour rentrer dans sa ville de Suzhou (sur cette expression, voir ici un billet publié sur Sinogastronomie).
L’amour immodéré de la chair donne aussi parfois lieu à des scènes révoltantes, avec des convives qui « mangent comme des barbares et boivent sans limite » : 胡吃海喝 [húchī hǎihē] ; ou alors, on est en présence de convives « qui avalent comme des loups et engloutissent comme des tigres » : 狼吞虎咽 [láng tūn hǔ yān]. Et à la fin de ce genre de repas, sur les tables, les verres et les plats semblent avoir été renversés par les louprs : 杯盘狼藉 [bēipán lángjí].
D’autres sont plus raffinés, et goûtent avec beaucoup de plaisir les mets qui leur sont présentés : 津津有味 [jīnjīn yǒuwèi].
Mais à la fin de tout repas conséquent, chacun a « son soûl de vin et a eu suffisamment de riz » : 酒饱饭足 [jiǔbǎo fànzú]. Et enfin, il reste ceux qui ne sont bons à rien, sauf à être des « outres de vin et des sacs de riz cuit » : 酒囊饭袋 [jiǔnáng fàndài].

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