Citations : De l’impérieuse nécessité de ne pas se taire

Fan Zhongyan (范仲淹 [fàn zhòngyān], 989-1052) est un lettré majeur de l’époque des Song du Nord (北宋 [běisòng]). Il était réputé pour son courage politique et pour son dévouement à l’empire. Nous avons déjà parlé ici de l’une de ses citations célèbres : 先天下之忧而忧,后天下之乐而乐.
Une autre citation de Fan Zhongyan est bien connue, qui exhorte à exposer ouvertement les problèmes, sans avoir peur de jouer le rôle de l’oiseau de mauvais augure : 宁鸣而死,不默而生 [níng míng ér sǐ, bù mò ér shēng] : je préfère mourir parce que je croasse, plutôt que vivre en me taisant.
Cette phrase est tirée d’un texte fameux de Fan, intitulé le Fu du corbeau à l’esprit vif (《灵乌赋》 [língwūfù]). Ce fu est en fait une réponse à un autre fu, qui porte le même titre, que Mei Yaochen (梅尧臣 [méi yáochén], 1002-1060, lettré et poète) avait rédigé à l’attention de Fan pour l’exhorter à se soucier un peu moins du bien général, et à penser un peu plus à ses intérêts et à sa carrière.
Il faut dire que Fan Zhongyan, après avoir à plusieurs reprises adressé des mémoires à l’empereur pour l’inviter à changer de politique, s’était fait un ennemi de Lü Yijian (吕夷简 [lǚ yíjiǎn], 978-1044), qui était un personnage influent à la course impériale. Tant et si bien que Fan finit par être chassé du palais impérial pour être relégué à Raozhou (饶州 [ráozhōu], dans l’actuelle région du mont Wuyi 武夷山 [wǔyíshān], sur le lieu de l’actuel district de Poyang 鄱阳县 [póyángxiàn], province du Jiangxi). L’épouse de Fan était morte dans cette ville, et Fan était lui-même été tombé gravement malade.
Dans son fu, Mei Yaochen disait à Fan Zhongyan qu’il valait mieux éviter de jouer le rôle du corbeau (乌鸦 [wūyā]), dont le croassement est, pour les Chinois, présage de mauvais augure. Dans sa réponse, Fan Zhongyan répliqua donc qu’il préférait mourir en raison de son croassement, plutôt que vivre en se taisant, sous-entendant que le devoir du mandarin était d’alerter le souverain lorsque quelque chose n’allait pas, même s’il risquait en faisant cela de s’attirer les foudres des autres.
(Le texte complet des fu de Mei Yaochen et de Fan Zhongyan, avec un commentaire et une traduction en chinois moderne, se trouve ici.)

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