Citations : Laissons d’abord une partie de la population s’enrichir

Parmi les idées directrices de la politique d’ouverture et de réformes (改革开放 [gǎigé kāifàng]) lancée par Deng Xiaoping à la fin des années 70, l’une des plus connues est celle qui préconisait de laisser d’abord une partie de la population s’enrichir, afin de stimuler ensuite l’enrichissement de l’ensemble du pays. Une phrase résume cela : 让一部分人先富起来 [ràng yìbùfēnrén xiān fùqǐlái] : laisser d’abord une partie de la population s’enrichir. (Je note au passage que la formule « Chinois, enrichissez-vous ! » dont les médias français nous ont rebattu les oreilles, perd un peu de son acuité quand on connaît la formulation réelle…)
En réalité, cette idée avait été formulée dès décembre 1978 dans un discours que Deng Xiaoping prononça pendant une réunion de travail du Comité central : 在经济政策上,我认为要允许一部分地区、一部分企业、一部分工人农民,由于辛勤努力成绩大而收入先多一些,生活先好起来 : « Pour ce qui est de la politique économique, je pense qu’il faut autoriser certaines régions, certaines entreprises, certains ouvriers et paysans, recevoir des revenus plus importants du fait de leur ardeur au travail et de leurs résultats, améliorer leur niveau de vie. »
Et Deng de poursuivre en disant que l’enrichissement d’une partie de la population dans certaines régions aurait un effet d’entraînement sur la population des régions environnantes, que cela servirait d’exemple à d’autres, le but ultime du socialisme chinoise étant la prospérité pour tous.
Mais cette idée eut aussi ses détracteurs. L’exemple le plus connu fut celui de Nian Guangjiu (年广久 [nián guǎngjiǔ]), un entrepreneur privé (个体户 [gètǐhù]) de Wuhu (芜湖 [wúhú]), dans la province de l’Anhui. Il monta une affaire de vente de graines de pastèque (瓜子 [guāzi]) sous la marque Shazi (傻子 [shǎzi], littéralement « L’Idiot »). Son affaire fut florissante au point qu’en 1983, son entreprise employait une centaine de personnes. Dès la fin de l’année 1983, Nian fut accusé d’être un capitaliste et un exploiteur. Sur instructions de Deng Xiaoping (« Donnons deux ans à la marque Shazi, et nous verrons »), Nian ne fut pas empêché de poursuivre ses activités commerciales. Mais fin 1987, les autorités de la ville de Wuhu se mirent à enquêter sur les crimes économiques dont semblait se rendre coupable Nian. En mai 1991, Nian fut finalement condamné à une peine de trois ans de prison avec sursis pour « vagabondage ». Mais une fois encore, Deng Xiaoping intervint en disant que si l’on s’attaquait à Nian, cela aurait un effet néfaste sur la politique visant à permettre à tout le monde de s’enrichir, et déclara qu’il considérait que Nian ne devait pas être inquiété. Nian fut finalement lavé de tous crimes économiques et fut acquitté en août 2000.
L’idée de permettre à certains de s’enrichir avant les autres, en expliquant que l’enrichissement des uns finirait par rayonner et par permettre à tous de s’enrichir, n’est pour certains analystes qu’une justification des écarts de richesse extrêmes qui constituent l’un des problèmes importants de la Chine contemporaine.
Concernant le concept de Deng Xiaoping, je vous invite à lire ici, sur le site du PCC, un article consacré à ce sujet.
Sur l’épopée commerciale de Nian Guangjiu, je vous invite à lire ici l’article que Baidu consacre au « premier homme riche de Chine ».
Ci-dessous, la devanture d’une boutique de la marque Shazi à Wuhu (la photo a été chipée sur Internet) :
shazi guazi

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