Le vocabulaire chinois du riz (2)

Voici le deuxième billet de vocabulaire consacré au riz (voir ici pour le premier volet).
Une distinction s’établit entre le riz irrigué (水稻 [shuǐdào], littéralement « riz aquatique ») et le riz pluvial (旱稻 [hàndào], littéralement « riz sec »). Comme son nom l’indique, le riz irrigué doit être irrigué (灌溉 [guàn’gài] : irriguer, irrigation) pour pouvoir être cultivé, tandis que le riz pluvial se contente de l’eau apporté par les pluies.
Le riz pluvial peut aussi être appelé en chinois 陆稻 [lùdào], littéralement « riz de terre ferme ». Les espèces de riz utilisée en riziculture pluviale peuvent en fait être les mêmes que celles utilisées en riziculture irriguée, i.e., principalement, indica et japonica. Le riz de riziculture irriguée peut être directement planté dans les zones de riziculture pluviale, le produit obtenu sera le même, seule différera le rendement (产量 [chǎnliàng]). Même en absence d’irrigation, le riz planté en zone à faible pluviosité (降雨 [jiàngyǔ] : pleuvoir, pluviosité) peut germer. Les conditions naturelles défavorables ont donné naissance à des variétés dite « de montagne » (山地稻 [shāndìdào]) (on parle en anglais de « upland rice » ; on parle aussi en français de « riz de plateau »). Une partie importante de la recherche actuelle porte sur l’hybridation (杂交 [zájiāo]) visant à créer de meilleures variétés de riz pluvial, permettant aux paysans d’économiser l’eau nécessaire pour l’irrigation du riz.
Une théorie veut qu’en Chine, le riz pluvial soit un lointain descendant de ce que les textes chinois ont appelé le «  riz du Champa » (占城稻 [zhānchéngdào]) (le Champa 占城 [zhānchéng] est un ancien empire qui se trouvait dans la partie centrale de l’actuelle Champa). En effet, la « Monographie sur les aliments » (食货志 [shíhuòzhì]) de l’Histoire des Song (《宋史》 [sòngshǐ]) rapporte qu’un envoyé impérial récupéra au Fujian 150.000 boisseaux de riz du Champa qui furent distribués dans trois provinces aux paysans dont les rizières étaient situées sur des hauteurs. Les spécialistes doutent qu’il se fût vraiment agi d’une variété de riz pluvial, et pensent qu’il s’agissait plutôt de riz irrigué, peut-être originaire du Champa, utilisé comme riz pluvial. Notons que l’on connaît en Birmanie une variété de riz pluvial, planté sur les coteaux et appelé par les Chinois « riz de coteaux » (山坡稻 [shānpōdào]), qui est en fait la deuxième génération de riz irrigué sauvage. Puisque nous parlons de la Birmanie, précisons aussi que l’on trouve dans ce pays (et dans de nombreux autres pays de la région, y compris jusqu’au sud de la Chine), un riz sauvage (野生稻 [yěshēngdào], nom binomial Oryza rufipogon) (à ne pas confondre avec le riz sauvage dit « du Canada », qui est la graine de Zizania aquatica, en chinois 茭白 [jiāobái], dont les Chinois mangent d’ailleurs les tiges, et non les graines).
Le riz irrigué fait l’objet de très nombreuses recherches. C’est en effet cette céréale qui devra faire face aux besoins alimentaires générés par la croissance démographie rapide en Asie et en Afrique. Le premier riz hybride (杂交水稻 [zájiāo shuǐdào]) fut mis au point en Chine en 1973. Ce résultat fut le fruit de quatre années de travail de Yuan Longping (袁隆平 [yuán lóngpíng], né en 1930), surnommé le « père du riz hybride », et de son équipe. Les recherches de Yuan Longping l’on conduit à penser que le riz sauvage ne se reproduisait pas forcément par autofécondation (自花授粉 [zìhuā shòufěn]), et il a même trouvé à Hainan une variété de riz sauvage appelée 野粺 [yěbài] (le sinogramme 粺 [bài], rare, signifie « riz poli ») et a réussi à croiser ce riz avec le riz irrigué actuel. Les recherches ont encore permis la mise au point de riz super-hybride (超级杂交水稻 [chāojí zájiāo shuǐdào]). Le Ministère chinois de l’agriculture promet que ce « super riz » permettra à terme d’assurer à la Chine son autosuffisance en riz (sur ce riz, voir ici un article en français du Quotidien du Peuple en ligne).
Nous en resterons ici pour aujourd’hui. Avant de poursuivre notre étude systématique du riz, je proposerai un petit intermède et parlerai dans le prochain épisode de la « riziculture sur radeaux » ☺, dont j’ai découvert l’existence aujourd’hui même, alors que je faisais faisant quelques recherches pour étoffer ce billet-ci.
Ci-dessous, un champ de riz pluvial à Hezhou, dans le Guangxi (la photo vient d’ici) :
handao

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