Erotica : Membrum virilum

Nota bene : le présent article est déconseillé aux âmes prudes.
À la lecture du roman de Li Yu La Chair pour tapis de prière, je me suis aperçu que j’avais de graves lacunes sur tout un pan du vocabulaire chinois. J’ai donc pris quelques notes en cours de lecture, et je me propose de partager quelques-unes de mes notes dans cette nouvelle série que j’intitule, pour être tout à fait clair sur l’objet des billets qui en font partie, « Erotica ».
Nous avons déjà évoqué sur Sinoiseries quelques-uns des termes utilisés en chinois pour désigner « l’organe mâle de la copulation et de la miction » (je reprends la définition que le Larousse en ligne donne ici du mot « pénis »).
Le terme chinois médical est 阴茎 [yīnjīng], littéralement « tige yin » ; bizarrement, on utilise aussi fréquemment le terme 阳具 [yángjù] : instrument yang. Si je comprends bien l’utilisation du terme 阳 [yáng], qui désigne entre autres choses le principe masculin, je n’arrive pas à expliquer le 阴 [yīn], principe féminin, de 阴茎.
Nous avions déjà vu 鸡鸡 [jījī], mot appartenant au vocabulaire enfantin, utilisé par les mamans pour parler à leurs rejetons du « zizi ». Notons que certains, par fausse pudeur, remplacent les sinogrammes par les deux lettres latines JJ.
Nous avions aussi déjà vu un autre mot, considéré lui comme très vulgaire, celui de 鸡巴 [jībā], littéralement « queue de coq », remplacé aussi parfois par J8.
En Chine, dans la littérature populaire ancienne, cet organe est souvent désigné par le terme 阳物 [yángwù] : « chose yang ». C’est ce terme qui est utilisé par Li Baichuan lorsque, dans le roman Traces des immortels dans les vertes prairies (voir ici), il décrit l’activité sexuelle débridée de ses personnages.
Dans Li Yu, j’ai découvert quelques appellations qui m’étaient totalement inconnues : 玉麈 [yùzhǔ], « cerf de jade ». Le sinogramme 麈 [zhǔ] désignait dans les textes chinois anciens une espèce de cervidé, dont la queue était utilisée pour fabriquer le « hossu » (拂尘 [fúchén]), sorte de « tapette à mouche », constitué d’une petite baguette de bois ou de bambou à laquelle est attachée une crinière de poils de vache, etc., portée par les prêtres du bouddhiste zen (voir ici sur Wikipedia). Le terme 玉麈 fait bien entendu référence à la forme allongée et rectiligne du hossu.
D’autres termes utilisés par Li Yu sont beaucoup moins élégants : 肉具 [ròujù] : « instrument de chair », ou encore 前件 [qiánjiàn] : « élément antérieur ». Certaines appellations sont plus humoristiques (本钱 [běnqián] : le « capital »), ou moins directes (物事 [wùshì] : la « chose », 家伙 [jiāhuǒ] : le « compagnon »). On trouve aussi des appellations allégoriques : 楦头 [xuàntóu], terme normalement utilisé en cordonnerie, qui désigne la forme en bois que l’on place dans une chaussure.
J’ai aussi découvert dans le roman de Li Yu quelques appellations dérivées de la médecine chinoise traditionnelle, et notamment le terme 肾 [shèn], le « rein », qui désigne stricto sensu le petit chose et les deux orphelines de Pierre Perret dans l’expression 外肾 [wàishèn], « rein externe ». Notons que dans Li Yu, 肾 est utilisé pour désigner spécifiquement le pénis de chien (狗肾 [gǒushèn], « rein de chien ») que se fait greffer Weiyangsheng, mais lors de mes recherches, j’ai aussi trouvé le terme 鹿肾 [lùshèn], « rein de cervidé », qui est un ingrédient de la pharmacopée chinoise, ainsi que 人肾 [rénshèn] pour désigner l’appareil génital masculin de l’homme. La pharmacopée chinoise mentionne aussi le 腽肭脐 [wànàqí], ou 海狗肾 [hǎigǒushèn], qui est l’ensemble constitué du pénis et des testicules du phoque.
Lors de mes recherches, j’ai trouvé aussi d’autres appellations plus ou moins imagées : 侦探 [zhēntàn] : l’enquêteur, 啄木鸟 [zhuómùniǎo] : le pivert, 鹤嘴锄 [hèzuǐchù], la bêche à tête de grue, voire le terme 威利 [wēilì], transcription phonétique de l’anglais « willie ». Signalons aussi le terme plutôt neutre de 鸟 [niǎo], oiseau, et l’appellation populaire de 枪 [qiāng], arme à feu.
Parmi d’autres termes beaucoup moins élégants, signalons encore le sinogramme 屌, auquel nous avons déjà consacré un billet (ici), ou le très direct 肉棒槌 [ròubàngchuí], « battoir de chair ».
Enfin, m’est revenue à l’esprit une appellation que j’avais entendue à Taïwan prononcée « lǎnjiào ». C’est sur la page que Wikipedia consacrée aux obscénités hakkanaises (que j’avais signalée ici) que j’ai trouvé les deux sinogrammes qui transcrivent cette appellation : neng3鸟, prononcé en mandarin [něngniǎo]. (neng3 est si rare qu’il n’est pas inclus dans le jeu des sinogrammes de l’Unicode.)
La terminologie donnée ici n’est certainement pas exhaustive. Je resterai alerte lors de mes prochaines lectures d’œuvres idoines, et complèterai cette liste de vocabulaire comme de besoin.

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