Langue populaire et argotique : Flatulences canines

Les qualificatifs insultants utilisés en chinois peuvent être des plus divers, et parfois assez pittoresques. Et dans ces qualificatifs, la race canine est souvent mise à contribution. On a pu ainsi parler, par exemple, des « chiens courants des bandits japonais » (日寇走狗 [rìkòu zǒugǒu] ; 日寇 [rìkòu] : brigands/bandits japonais ; 走狗 [zǒugǒu] : chien courant, valet), comme dans un texte publié en juin 1937 dans le Journal du sauvetage de la nation (《救国日报》 [jiùguó shíbào], organe de propagande du PCC à l’époque de la résistance contre le Japon), qui prétendait que les trotskistes étaient à la solde de l’envahisseur japonais, intitulé « Les chiens courants du QG japonais – la bande des trotskistes » (日本军部的走狗——托洛茨基匪帮 [rìběn jūnbùde zǒugǒu – tuōluòcíjī fěibàng] ; 军部 [jūnbù] : quartier général ; 托洛茨基 [tuōluòcíjī] : Trostki ; 匪帮 [fěibāng] : bande, troupe de bandits).
Le meilleur ami de l’homme a bien mauvaise réputation en terre chinoise, et même le substantif « pet de chien » (狗屁 [gǒupì]) a changé de catégorie grammaticale pour devenir un adjectif qualificatif, utilisé pour parler de choses pour lesquelles on a le plus profond mépris : par exemple, dans un blog chinois, j’eus l’occasion de lire l’exclamation tonitruante d’un internaute chinois qui se plaignait du manque d’honnêteté des médias de son pays : 什么狗屁媒体 [shénme gǒupì méitǐ] : quels médias de m… !
La flatulence canine peut être également utilisée pour qualifier un argument biaisé, ou un discours dénué de sens : on pourra par exemple asséner à propos d’un texte inintelligible ou dont l’argumentation est fallacieuse le quadrisyllabe 狗屁不通 [gǒupì bùtōng] : ça vaut pas un pet de chien, pourrait-on dire.
Enfin, cette flatulence canine peut aussi être utilisée comme interjection pour marquer son désaccord quant à une idée exprimée que l’on trouve odieuse. Si par exemple quelqu’un vante devant vous le anodin et somme toute bénin de la corruption des cadres chinois, vous pouvez, pour lui signifier que cette opinion ne vous sied pas, éructer un 狗屁! bien sonore. Et si vous voulez accentuer votre désaccord, rien ne vous empêche de spécifier que ladite flatulence se caractérise par son odeur nauséabonde, et former ainsi une exclamation trissyllabique dont votre interlocuteur appréciera la portée : 狗臭屁 [gǒuchòupì] : pet de chien malodorant, que l’on pourra aussi trouver sous la forme 臭狗屁 [chòugǒupì]…

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