Proverbes : Droit à la différence, version continentale

En lisant il y a quelque temps déjà divers articles sur ce que d’aucuns ont cru bon appeler la « révolution/révolte des ombrelles » (雨伞革命 [yǔsǎn gémìng], ou 雨伞运动 [yǔsǎn yùndòng])(note) à Hong-Kong, je note une expression quadrisyllabique classique dans sa forme, mais néanmoins tout à fait moderne : 求共存异 [qiúgòng cúnyì], littéralement « rechercher la communauté, existence de différences ». C’est l’expression utilisée dans les médias officiels de la Chine pop pour décrire la politique théoriquement appliquée envers les abcès purulents de démocratie que sont Hong-Kong, Macao et Taïwan. L’idée est que l’unité de la Grande Chine est à rechercher, même si l’on peut admettre l’existence de différences, de particularismes.
Vous aurez bien du mal à trouver cette expression dans un texte de l’antiquité chinois, même apocryphe. En revanche, si vous tapez ces quatre caractères dans la barre de recherche de la partie encyclopédique de Baidu, on vous demandera si ce n’est pas plutôt l’expression 求同存异 [qiútóng cúnyì] que vous recherchez.
求同存异 [qiútóng cúnyì], présenté comme un « proverbe » (成语) est en réalité à peine plus ancien que 求共存异. Il s’agit ni plus ni moins d’une notion énoncée par le Grand Timonier en 1965, qui signifie que l’on doit attacher la plus grande importance aux points communs, tout en admettant l’existence des différences mineures.
C’est sur ce modèle que le gouvernement chinois propose la notion de « recherche de la communauté, tout en reconnaissant l’existence de différences ». Lesdites différences, si l’on y tient absolument, se doivent bien entendu de rester mineures, il n’est en aucun cas question d’admettre la moindre déviance par rapport à l’orthodoxie, comme l’ont appris à leurs dépens les étudiants de l’ancienne colonie britannique.
Cette notion est abordée par exemple ici, dans un article de juin 2010 dans lequel les dirigeants de Hong-Kong expliquent aux citoyens hongkongais qu’ils ne doivent pas oublier qu’ils sont désormais dans le même bateau que leurs frères continentaux.
Note :
La traduction « révolution/révolte/mouvement des ombrelles » adoptée par les médias français me semble assez malencontreuse. J’y vois une traduction médiocre de l’expression anglaise d’origine « umbrella movement », qui elle-même est la traduction du chinois 雨伞运动. En chinois, 雨伞 signifie sans l’ombre d’un doute, au moins autant que l’anglais « umbrella », « parapluie », et non « ombrelle ». Mais bon, que les journalistes français parlent l’anglais comme une vache espagnole n’est pas surprenant, me direz-vous. L’expression me semble d’autant plus malencontreuse que l’histoire a déjà connue la « révolte des ombrelles », qui s’est déroulée à Phnom Penh en juillet 1942, et qui est considérée comme la première manifestation publique du nationalisme khmer (voir ici, sur Wikipedia, l’article consacré au protectorat français du Cambodge). Mais qui oserait sans rougir demander aux journalistes de connaître à la fois les rudiments de la langue de Shakespeare et l’histoire…

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