Bibliographie : Hongyan, Luo Guangbin et Yang Yiyan

Hongyan (《红岩》 [hóngyán], littéralement le « rocher rouge ») est LE roman de la mythologie sino-communiste. À ma connaissance jamais traduit en langues occidentales, à peu près inconnu en Occident, y compris chez les « sinologues », totalement absent des cours de littérature chinoise dans les cursus de sinologie, ce roman est pourtant connu de pratiquement tous les Chinois du continent, qui soit l’ont lu (il fait partie de la liste des livres dont la lecture est vivement « recommandée », en fait obligatoire, au collège), soit en ont vu l’adaptation au cinéma sortie en 1984, ou encore la série télévisée qui se base sur cette œuvre, diffusée en 1999, soit encore en ont lu l’une des sept ou huit adaptations sous forme de bande dessinée, soit enfin l’ont entendu raconter sous la forme du pingshu (评书 [píngshū] : histoire racontée, adaptée d’une œuvre littéraire) qui lui est consacré et dont les épisodes mis bout à bout durent une quinzaine d’heures. On a donc là, une fois de plus, un décalage énorme entre ce qu’est la culture chinoise contemporaine réelle, et ce qu’on en enseigne dans les sections d’études chinoises d’Occident. À mon humble avis, ignorer Hongyan (tout comme ignorer Jinyong, d’ailleurs), c’est méconnaître un pan entier de ce qui fait la culture chinoise contemporaine.
Il faut cependant dire à la décharge des spécialistes occidentaux de la littérature chinoise contemporaine chargés d’étudiants que l’intérêt littéraire du roman donne une idée assez précise du zéro absolu, et que c’est uniquement pour ses vertus de propagande que cette œuvre fait l’objet d’une aussi large diffusion en Chine continentale.
Hongyan raconte ce qui se passe, en 1948, à la veille de la « libération », dans une prison (qualifiée par les tenants de l’orthodoxie communiste de « camp de concentration » 集中营 [jízhōngyíng]) connue sous le nom de prison de la « grotte de Zhazi » (渣滓洞 [zhāzǐdòng]). Ce lieu se situe non loin de la ville de Chongqing, et il était le centre dans lequel les autorités du Guomindang détenaient les prisonniers communistes. Pour obtenir des informations de leurs prisonniers, les sbires de Tchiang Kai-Shek recouraient à toutes les formes de contrainte, de mauvais traitements et de torture. Les conditions de détention et les interrogatoires sont largement décrits dans le roman.
Les auteurs y décrivent également comment les détenus étaient soutenus par leur foi inébranlable dans l’idéal communiste, et comment ils se soutenaient mutuellement pour résister, physiquement et moralement, dans ce lieu qui dut à n’en pas douter être un enfer. (La grotte de Zazhi est aujourd’hui l’un des hauts lieux du tourisme patriotique en Chine.)
Les auteurs du roman, Luo Guangbin (罗广斌 [luó guǎngbīn], 1924-1967 ; ironie de l’histoire : en butte aux persécutions pendant la Révo. Cul., il s’est suicidé) et Yang Yiyan (杨益言 [yáng yìyán], né en 1925, qui lui a survécu aux persécutions qui lui ont été également infligées par les Gardes Rouges 红卫兵 [hóngwèibīng] pendant la Révo. Cul.) sont des survivants de la geôle nationaliste.
Je recommande la lecture de ce roman non pour ses valeurs littéraires, mais pour son intérêt documentaire.
Ci-dessous, le scan de la couverture de mon exemplaire :
(Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’article politiquement correct et presque exhaustif que Baidu consacre à cette œuvre, ici.)
hongyan

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Un commentaire pour Bibliographie : Hongyan, Luo Guangbin et Yang Yiyan

  1. 高如玉 dit :

    En effet, je ne connaissais pas ces oeuvres du tout (mais il faut dire que je suis plus intéressée par le 古文)Merci de nous les avoir présentés!
    !

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