Histoires de Chine : L’affaire du 13 septembre

L’affaire du 13 septembre (九一三事件 [jiǔ yī sān shìjiàn]) est l’une des affaires qui a causé la plus grande émotion au sein du PCC, et pour cause, puisque, d’après l’histoire officielle du régime, il s’agissait ni plus ni moins d’une tentative de coup d’État menée contre le grand timonier par l’une des figures les plus en vue du régime, l’un des « dix grands maréchaux » (十大元帅 [shídà yuánshuài]), et que ce dernier, sa tentative ayant échoué, finit par trahir le Parti et le pays, et tenta de s’échapper par la voie des airs pour se réfugier auprès de l’ennemi juré d’alors : l’URSS.
Vous aurez sans doute deviné que je veux parler de la tentative de fuite de Lin Biao (林彪 [lín biāo]), qui s’envola le 13 septembre 1971 de l’aéroport de Shanhaiguan (山海关 [shānhǎiguān], ville de la province du Hubei), dans un avion ayant à son bord treize personnes, dont Lin Biao, son épouse Ye Qun (叶群 [yè qún]), et son fils Lin Liguo (林立果 [lín lìguǒ]).
Comment en est-on arrivé là ? C’est ce que nous allons voir brièvement dans ce nouveau billet de notre série historique.
Lin Biao était né en 1907 à Wuhan (武汉 [wǔhàn]), dans le Hubei. Son père était petit propriétaire terrien, mais sa famille avait été ruinée par les seigneurs de la guerre (军阀 [jūnfá]) qui sévissaient dans la région. Dès 1924, il s’était engagé dans la Ligue de la jeunesse communiste chinoise (中国共产主义青年团 [zhōngguó gòngchǎn zhǔyì qīngniántuán], en abrégé 共青团 [gòngqīngtuán]). Il avait été l’un des rares communistes sélectionnés pour suivre une formation d’officier à la célèbre Académie militaire de Whampoa (黄埔军校 [huángpǔ jūnxiào]), qui avait été fondée par Sun Yat-sen pour former l’élite de l’armée de la République de Chine. À l’Académie de Whampao, Lin Biao était devenu l’un des protégés de Zhou Enlai. Après moins d’un an de formation militaire, Lin Biao avait été pris part à l’expédition du nord (北伐 [běifá]), destinée à éliminer les seigneurs de la guerre du nord de la Chine et à réunifier le pays. Il se distingue pendant cette campagne, est diplômé de l’académie militaire en 1925, et a le grade de colonel dès 1927. Il a alors à peine 20 ans.
Lorsque le conflit éclate entre nationalistes et communistes en 1926, Lin Biao rejoint les rangs de l’armée rouge (红军 [hóngjūn]), commandée par Peng Dehuai (彭德怀 [péng déhuái]), et se réfugie dans la province du Jiangxi, où Mao a créé un soviet. Il rencontre pour la première fois ce dernier en 1928. Lorsque, en 1934, Tchang Kaï-chek lance 700 000 hommes à l’assaut de la base communiste du Jiangxi, les communistes chinois sont contraints de battre en retraite. C’est le début de ce que l’on appelle la Longue Marche (长征 [chángzhēng], 1934-1935), pendant laquelle Lin Biao accomplit des exploits devenus légendaires.
Lorsque les Japonais envahissent la Chine, communistes et nationalistes unissent leurs forces contre l’envahisseur. Pendant cette guerre de résistance contre le Japon (抗日战争 [kàngrì zhànzhēng], abrégé en 抗战 [kàngzhàn], 1937-1945), Lin Biao démontre encore ses talents militaires : il est notamment le premier général chinois à remporter une victoire contre l’envahisseur japonais, à la bataille de Pingxingguan (平型关战役 [píngxíngguān zhànyì]) en septembre 1937 (Pingxingguan 平型关 [píngxíngguān] est le nom d’une passe de la Grande Muraille, située près de la ville de Datong 大同 [dátóng], dans la province du Shanxi).
Pendant la guerre civile qui, après la défaite du Japon, oppose nationalistes et communistes, Lin Biao s’illustre encore brillamment. Ses exploits militaires lui valent d’ailleurs de devenir l’un des « dix grands maréchaux » nommés en 1955 par le Bureau politique central du Parti Communiste Chinois.
Lin Biao est l’un des piliers de l’Armée chinoise après la Libération. Il occupe successivement les postes de vice-président de la Commission de la défense nationale (国防委员会 [guófáng wěiyuánhuì]), Ministre de la Défense (国防部长 [guófáng bùzhǎng]), vice-président de la Commission militaire centrale (中央军事委员会 [zhōngyāng jūnshì wěiyuánhuì], abrégé en 中央军委 zhōngyāng jūnwěi]]). Il est même officiellement désigné en avril 1969 comme successeur officiel de Mao.
Or, le 13 septembre 1971, cet homme qui a été le fidèle suiveur du Grand Timonier, qui a aidé ce dernier pendant la révolution culturelle, qui a édité le Petit Livre Rouge (《毛主席语录》 [máo zhǔxí yǔlù], en agrégé 《毛语录》 [máo yǔlù], Citations du Président Mao) et a assuré sa diffusion massive, qui a apporté son concours pour l’élimination du président chinois de l’époque Liu Shaoqi (刘少奇 [liú shàoqí], 1898-1969, président de 1959 à 1967)… s’enfuit en avion accompagné de son épouse, de son fils et d’une partie de ses plus proches fidèles. L’avion de Lin Biao s’écrase cependant la même journée en République Populaire de Mongolie, pour des raisons qui ne sont toujours pas claires à ce jour.
Le motif officiel de la fuite du traître est que Lin Biao, avec la complicité d’autres officiers de haut rang, avait fomenté un coup d’État armé (武装政变 [wǔzhuāng zhèngbiàn]) destiné à renverser Mao et à prendre le pouvoir. Démasqué juste à temps, il avait choisi la fuite. Après ce coup d’État avorté, lorsque, un an plus tard, la chute et la mort de Lin Biao ont été officiellement annoncées, Mao a d’ailleurs fait publié un document intitulé « Synthèse du ‘Chantier 571’ » (《“571工程”纪要》 [wǔqīyī gōngchéng jìyào]), retrouvé dans les documents secrets de Lin Liuguo (le fils de Lin Biao, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air), qui dessinait les grands traits d’un plan pour une « révolte armée » (武起义 [wǔ qǐyì], d’où le nom de « 571 ») destinée à renverser Mao et à s’emparer du pouvoir, le but était de mettre fin au plus vite aux désordres de la révolution culturelle.
Si l’existence du document susmentionné n’est pas remise en question par les historiens spécialistes de cette période, il semble cependant peu probable que Lin Biao ait été au courant des très vagues projets de son fils. Ce document n’a en effet jamais circulé avant que Mao ne le fasse publier, et il semble que seuls les trois rédacteurs du document en aient eu connaissance.
Rien ne semble prouver que Lin Biao ait effectivement formé le projet d’éliminer Mao. Il semblerait que, en 1971, Mao se préparait à lui faire un sort, sans doute en raison du conflit violent qui opposait le maréchal à Jiang Qing, l’épouse de Mao, et que c’est cela qui décida Lin Biao à s’enfuir.
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à consulter les divers articles consacrés à Lin Biao, à l’affaire du 13 septembre et au « Chantier 571 » sur Wikipedia ou sur Baidu. Je vous invite aussi à regarde ici, sur Youtube, un débat organisé le 23 septembre 2011 par le site d’information NTDTV.
Ci-dessous, une tasse en porcelaine de l’époque de la Révo. Cul., montrant Mao et Lin Biao côte-à-côte (le texte dit « Le président Mao et son intime compagnon d’armes le camarade Lin Biao en train de passer en revue la grande armée de la révolution culturelle » (l’image vient d’ici, où cette tasse réservée aux cadres supérieurs, fabriquée en 1968, est proposée à la vente au prix de 630 yuans) :
tasse mao linbiao

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