Bibliographie : La Forteresse assiégée, Qian Zhongshu

Parmi les œuvres modernes dont la lecture est obligatoire pour les lycéens chinois se trouve un roman de Qian Zhongshu, intitulé 《围城》 [wéichéng], dont une traduction française a été publiée chez Christian Bourgeois Editeur en 1997 sous le titre de La Forteresse assiégée (ce livre est encore disponible à la vente). J’avais lu il y a un nombre considérable d’années la traduction française, je viens de lire la version originale, et j’ai pensé que ce roman avait tout à fait sa place sur Sinoiseries.
Qian Zhongshu (钱钟书 [qián zhōngshū], 1910-1998) est un intellectuel chinois, excellent connaisseur de la littérature chinoise classique à laquelle il a été formé par son père, ancien mandarin de l’Empire des Qing. On le connait pour de nombreux ouvrages savants consacrés, notamment, à la poésie des Song, mais c’est son seul et unique roman 《围城》 qui lui a assuré la renommée dont il jouit aujourd’hui en Chine, et au-delà.
La Forteresse assiégée a été composée entre 1944 et 1946 à Shanghai, et a été publiée pour la première fois en 1947. Il raconte les mésaventures de Fang Hongjian (方鸿渐 [fāng hóngjiàn]), qui emprunte quelques-uns de ses traits à l’auteur : fils aînée d’une ancienne famille de lettrés, Fang est d’abord envoyé à l’université à Pékin, puis (avec l’aide financière de sa famille et de son « beau-père ») il part en Europe poursuivre ses études. Qian Zhongshu avait également poursuivi des études en Angleterre, France et Allemagne. Le roman de Qian commence sur le bateau qui ramène Fang en Chine. Après une relation amoureuse avortée, Fang, qui n’a pas fait d’études suivies et a fini par acheter un faux diplôme de doctorat, est nommé à un poste d’enseignant dans une université installée dans la Chine profonde. Après moult déboires, il rencontre celle qui deviendra son épouse, avant de devoir quitter son poste quand son contrat n’est pas renouvelé. Son épouse finira par le quitter, et Fang se retrouve abandonné à Shanghai, sans emploi ni argent.
Malgré ce que pourrait laisser penser le bref résumé, le roman est plein d’humour. Qian Zhongshu manie le sarcasme avec un talent certain, et dresse un portrait au vitriol du milieu des pseudo-intellectuels de la Chine des années 30, sur fond de délitement du gouvernement chinois nationaliste et d’invasion japonaise.
La Forteresse assiégée n’avait pas été rééditée après 1949. Le roman avait été interdit à Taiwan en raison du portrait peu flatteur fait de l’administration nationaliste. En 1980, l’amateur a apporté quelques modifications à son roman, qui a été ensuite réédité par les Éditions littéraires du peuple (人民文学出版社 [rénmín wénxué chūbǎnshè]). Mais cette œuvre est surtout devenue très connue en Chine après 1990, grâce à une série télévisée éponyme mise en scène par Wang Shuqin (王蜀芹 [wáng shǔqín], née en 1939). Le roman a été à l’origine de plusieurs « suites » plus ou moins heureuses, écrites par des écrivains plus ou moins talentueux.
Dans le texte, Qian Zhongshu démontre sa maîtrise de la langue chinoise. Les figures de style sont nombreuses, peut-être trop, toutefois. On a en effet parfois l’impression que l’auteur aligne des belles phrases, sans que l’enchaînement entre ces phrases soit vraiment logique et fluide. C’est d’ailleurs le reproche que font certains détracteurs du roman.
Mon édition chinoise est une édition scolaire publiée par les Editions littéraire du peuple dans la collection de la « Bibliographie des lectures obligatoires au collège et au lycée du Ministère de l’Éducation », c’est sans doute ce qui explique l’absence de quelques passages « croustillants » que contenait la traduction française et dont je me souviens vaguement. En revanche, l’édition comporte en annexe un texte très intéressant de Yang Jiang (杨绛 [yáng jiàng], née en 1911), femme de lettres connue, par ailleurs épouse de Qian Zhongshu, qui explique dans quelles circonstances le roman a été écrit et donne des informations sur la manière dont les personnages ont été créées.
Pour en savoir plus sur Qian Zhongshu, je vous invite à lire ici la page (en anglais) que Wikipedia lui consacre.
Cette page-ci (en chinois), parle spécifiquement de La Forteresse assiégée.
Enfin, le texte de Yang Jiang est disponible en ligne (en chinois), sur cette page-là.
Ci-dessous, la couverture de mon exemplaire de 《围城》.
weicheng_qianzhongshu

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