Joli texte : Départ à l’aube de la cité de Baidi, Li Bai

En visite dans un petit temple tranquille dans la banlieue de Suzhou, dans l’une des salles, je vois cette calligraphie (plutôt médiocre, à vrai dire) :
zaofa baidicheng_02Il s’agit d’un poème célébrissime, en quatre heptamètres (ce type de poésie s’appelle en chinois 七言绝句 [qīyán juéjù]), que l’on doit au non moins célébrissime poète des Tang : Li Bai. On connaît ce poème sous deux titres : 《早发白帝城》 [zǎofā báidìchéng] (Départ matinal de la cité de Baidi) et 《下江陵》 [xià jiānglíng] (Descente vers Jiangling).
Dans la photo ci-dessus, le texte se lit de droite à gauche et de haut en bas. Vous remarquerez l’absence de ponctuation, qui est normale (la ponctuation chinoise est une invention moderne). Je vous donne ci-dessous le texte à l’horizontale, et avec la ponctuation
早发(1)白帝城(2)
朝(3)辞(4)白帝彩云间,千里江陵(5)一日还(6)。
两岸猿声(7)啼(8)不住,轻舟(9)已过万重山(10)。
Quelques notes :
(1) 早发 [zǎo fā] : partir de bon matin ; 发 [fā] signifie ici pendre le départ ;
(2) 白帝城 [báidìchéng] : la cité de Baidi, située sur le territoire de l’actuel arrondissement de Baidi, dans la municipalité de Chongqing. La cité est juchée sur une hauteur, et c’est pour cela qu’elle est dans les nuées colorées (彩云 [cǎiyún]) ;
(3) 朝 doit se prononcer ici [zhāo], car il signifie « matin, aurore » ;
(4) 辞 [cí] : quitter, partir ;
(5) 江陵 [jiānglíng] : Jiangling, ancien nom de l’actuelle ville de Jingzhou (荆州 [jīngzhōu]), dans la province du Hubei. Il y a 1200 li entre Baidi et Jingzhou, d’où l’indication de « mille li » donnée au début du vers ;
(6) 还 [huán] : retourner ;
(7) 猿 [yuán] désigne spécifiquement les primates, mais ici, il suffit de comprendre « singe » ; 猿声 [yuánshēng] : les cris des singes ;
(8) 啼 [tí] : cri d’un animal ;
(9) 舟 [zhōu] : bateau, barque, esquif ;
(10) 万重山 [wànchóngshān] : les dix-milles monts enchevêtrés. Le poète décrit ici le paysage des trois gorges du Long Fleuve, avec son relief tourmenté.
Li Bai a composé ce poème alors qu’il rentrait d’un bannissement forcé. En seulement quatre vers, il décrit le paysage grandiose des trois gorges (三峡 [sānxiá]), et exprime son enthousiasme du retour à la Chine centrale.
Voici ma proposition de traduction :
Départ à l’aube de la cité de Baidi
Je quitte à l’aube la cité de Baidi, dans les nuées colorées,
Un jour suffira pour parcourir les mille lieues jusqu’à Jiangling.
Sur les deux berges, les cris des singes ne cessent de retentir,
Mon frêle esquif a déjà passé les monts tourmentés.
Je vous invite aussi à lire ici, pour comparaison, la traduction de Chen Guomei et Étienne Ruhaud de ce poème (et d’autres poèmes célèbres de Li Bai).

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