Jinologie : Les Amants chevaleresques du condor merveilleux – Introduction

Le roman dont je traduis le titre par Les Amants chevaleresques du condor merveilleux (en chinois 《神雕侠侣》 [shéndiāo xiálǚ] ; en anglais, deux titres existent : The Return Of the Condor Heroes et The Giant Eagle And It’s Companion) est le deuxième volet de la « Trilogie du Condor ».
Avant toute chose, un petit mot sur le « condor » dont il est question dans ce titre (et dans le titre du volet précédent, le 《射雕英雄传》 [shèdiāo yīngxióngzhuàn], La Légende des héros du condor). Même si Jinyong utilise pour le titre du premier comme du deuxième roman de la trilogie le caractère 雕 [diāo], il s’agit dans l’un et l’autre roman d’oiseaux différents : dans le premier roman, il s’agit de deux oiseaux de proie vivant dans les steppes mongoles, qui sont sauvés puis adoptés par Guo Jing, et qui suivent Guo Jing et Huang Rong dans toutes leurs aventures, y compris dans celles du deuxième roman. Le sinogramme 雕 [diāo] entre en chinois dans la composition de plusieurs noms de rapaces : aigles divers, orfraies, serpentaires, etc. En aucun cas ce caractère ne sert à désigner le « condor », qu’il s’agisse du condor des Andes (Vultur gryphus, en chinois 安地斯神鹰 [āndìsī shényīng] ou du condor de Californie (Gymnogyps californianus, en chinois 加州神鹫 [jiāzhōu shénjiù]). Le condor est d’ailleurs un rapace que l’on ne trouve que dans l’hémisphère occidental, il n’est donc pas possible que les oiseaux qui accompagnent Guo Jing dans ses aventures soient des condors. Quant au « condor » du deuxième roman, qui joue un rôle essentiel dans la maîtrise des arts martiaux de Yang Guo, héros du roman, il s’agit d’un oiseau gigantesque, dont la taille est supérieure à celle d’un homme adulte. Jinyong lui-même a reconnu dans une postface de l’une des éditions de son roman que ce volatile était tout à fait imaginaire. Il ne peut donc en aucun cas s’agir d’un condor. Si le nom « condor » est utilisé dans la traduction des titres des romans de Jinyong, c’est parce que, lorsque la Légende des héros du condor a été publiée sous forme de livre, le mot « condor » était mentionné dans le titre anglais proposé à côté du titre chinois : The Legend Of The Condor Heroes. Et comme l’identification de l’espèce exacte à laquelle appartiennent les volatiles n’a absolument aucune incidence sur les intrigues, le mot « condor » est conservé dans la plupart des traductions des titres des deux premiers romans de la trilogie. Mais refermons la parenthèse…
Les Héros chevaleresques du condor merveilleux est l’un des romans de Jinyong que je préfère. Il a d’abord été publié sous forme de feuilleton, entre mai 1959 et juillet 1961, dans le quotidien Ming Pao de Hong-Kong. Le personnage principal du roman est Yang Guo (杨过 [yáng guò]), le fils du félon Yang Kang. Sa compagne, Mademoiselle « Dragon » (小龙女 [xiǎolóngnǚ]) est en même son maître en arts martiaux, ce qui, dans la Chine confucéenne qui attache une importance primordiale aux relations sociales et à la hiérarchie des générations, est tout à fait inconcevable : un maître est de la génération du père, et la relation entre Yang Guo et mademoiselle Dragon est jugée comme quasiment incestueuse. C’est là l’un des points essentiels du roman.
Jinyong a révisé deux fois son roman, en 1970 et en 2004. La version actuellement disponible dans le commerce compte 40 chapitres, et se répartit sur quatre volumes. Les révisions ont porté sur des points de détail, et ont permis également de clarifier la psychologie de certains personnages.
Le roman commence alors que Yang Guo est encore enfant, et l’histoire se déroule sur une trentaine d’années. On est à l’époque de la dynastie des Song du Sud, les empereurs chinois ayant perdu le Nord de la Chine contre les Jin. On en est aux débuts de l’invasion de la Chine par les Mongols qui finiront par envahir l’ensemble de l’Empire du Milieu et par créer la dynastie des Yuan. L’histoire de Chine n’est pas absente du roman, mais elle n’y joue qu’un rôle accessoire, et Les Amants chevaleresques reste décidément un roman d’arts martiaux (武侠小说 [wǔxiá xiǎoshuō]) qui s’inscrit parfaitement dans la tradition de ce genre de fiction qui a une place importante dans l’histoire de la littérature chinoise.
Ce roman, comme les autres romans de Jinyong, a donné lieu à d’innombrables adaptations cinématographiques et télévisuelles.
À partir du prochain épisode de cette série, je donnerai les grands traits du récit.
Ci-dessous, la couverture du premier volume de l’un de mes exemplaires du 《神雕侠侣》. Il s’agit de l’édition en caractères traditionnels publiée en 2003 par les éditions Yuanliu de Taipei.
shendiao xialv

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