Néologismes : Le clan des fourmis

Dans le billet consacré aux maisons d’escargots (voir ici), nous avions évoqué un article du net dans lequel on trouve quelques neologismes intéressants. C’est toujours de cet article (lisible ici) que je tire le « clan des fourmis » de ce billet, en chinois蚁族 [yǐzú].
Le mot « fourmi » se traduit en fait蚂蚁 [mǎyǐ] (vous remarquerez la clé de l’insecte, 虫 [chóng], généralement utilisée dans les caractères nombreux et variés utilisés dans les noms d’insectes : 苍蝇 [cāngyíng], la mouche ; 螳螂 [tángláng], la mante religieuse ; 蝉 [chán], la cigale ; 蟑螂 [zhāngláng], le cafard…). D’après le entomologistes (昆虫学家 [kūnchóng xuéjiā] ; 昆虫 [kūnchóng] : insecte), la fourmi se distincte des autres insectes par un coefficient intellectuel (智商 [zhìshāng]) assez élevé. Elle est en outre un animal social (群居动物 [qúnjū dòngwù]). Enfin, prise seule, elle est faible.
C’est pour toutes ces raisons que le néologisme « clan des fourmis » a été inventé pour désigner les « diplômés de l’université aux bas revenus et vivant en groupe » (大学毕业生低收入聚居群体 est la définition officielle, reprise par Baidu). (On parlerait chez nous de « jeunes travailleurs précaires » : 青年打工者 [qīngnián dǎgōngzhě].)
Ce mot sert essentiellement à désigner les natifs des années 80 (80后 [bāshíhòu]), enfants uniques que l’on qualifiait dans leur jeune âge de « petits soleils » (小太阳 [xiǎo tàiyáng]) ou de « petits empereurs » (小皇帝 [xiǎo huángdì]), bien mal préparés à affronter le marché du travail et les réalités de la vie quotidienne dans l’Empire du milieu, et qui, fautes de trouver un emploi à la hauteur de leurs espérances et de leurs qualifications, en sont souvent réduits à occuper des emplois précaires et mal rémunérés (les revenus mensuels moyens sont inférieures à 2000 « morceaux » de monnaie du peuple – 2000块人民币 [liǎngqiān kuài rénmínbì]), dans des secteurs tels que le démarchage d’assurances (保险推销 [bǎoxiǎn tuīxiāo]), la vente de matériel électronique (电子器材销售 [diànzǐ qìcái xiāoshòu]), le marketing publicitaire (广告营销 guǎnggào yíngxiāo) ou le service dans la restauration (餐饮服务 [cānyǐn fúwù]).
Ils vivent en général aux marges des grandes villes prospères dont les loyers restent hors de portée de leurs bourses, et, selon l’endroit qu’ils ont choisi pour essayer de donner raison à la propagande sur les bienfaits de la voie chinoise du socialisme (有中国特色的社会主义 [yǒu zhōngguó tèsède shèhuì zhǔyì], littéralement « le socialisme avec des spécificités chinoises), on parle de « fourmis de Pékin » (京蚁 [jīngyǐ]), de « fourmis de Shanghai » (沪蚁 [hùyǐ]), de « fourmis de Wuhan » (江蚁 [jiāngyǐ]), de « fourmis de Xi’an » (秦蚁 [qínyǐ]), ou encore de « fourmis de Canton » (穗蚁 [suìyǐ]).
L’expression a semble-t-il été inventée par l’auteur d’un livre éponyme (《蚁族》[yǐzú]), de Lian Si (廉思 [lián sī]), né en 1980 à Beijing, membre du Pouêt-Côt-Côt, politologue, économiste et sociologue. La lecture de ce livre consacré aux difficultés, conditions de vie et problèmes divers du clan des fourmis, est à recommander à tous les ignorants qui continuent de louer sans discernement la réussite politique, économique et sociale de la Chine de Hu Jintao (胡锦涛 [hú jǐntāo]) et consors.

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