Joli texte : Gu Hengbo

Mademoiselle Gu Hengbo (顾横波 [gù héngbō]), née en 1619, était la plus renommée des « huit beautés de la Qinhuai », nom collectif attribué à huit courtisanes célèbres de Nankin, à la fin des Ming et au début des Qing. Ces jeunes femmes, dont les compagnons étaient de jeunes lettrés issus de familles fortunées de l’époque, ont été l’objet de nombreux fantasmes, et ont inspiré nombre d’écrivains, de poètes, de peintres. Leurs vies ont été romancées, et un auteur renommé, Yu Huai (余怀 [yú huái], 1616-1696) a même composé en souvenir de ces courtisanes et du quartier des plaisirs de Nankin de l’époque, un ouvrage renommé intitulé Souvenirs épars du pont de bois (《板桥杂记》 [bǎnqiáo zájì]) (concernant le quartier de la rivière Qinhuai et son histoire, je vous invite à lire ici l’article en anglais de Wikipedia).
Le lettré Gong Dingzi (龚鼎孳 [gōng dǐngzī], 1615-1673), qui est connu pour avoir fait démettre un certain nombre de fonctionnaires à la cour des Ming, céda au charme de Gu Hengbo (sur Gu Hengbo, je vous invite à lire ici l’article que Baidu lui consacre). Le lettré alors jeune peignit un tableau célèbre, intitulé La Belle accoudée à la rambarde (《佳人依栏图》 [jiārén yīlántú]), et sur lequel il inscrivit un poème qui chante la beauté de Mademoiselle Gu. Le tableau s’est perdu, mais le poème est parvenu jusqu’à nous :

腰妒垂杨发妒云,断魂莺语夜深闻;秦楼应被东风误,未遣罗敷嫁使君。
Yāo dù chuíyáng fà dù yún, duànhún yīngyǔ yèshēn wén ; Qínlóu yìngbèi dōngfēng wù, wèiqián Luófū jià shǐjūn.

La courbe de sa taille rivalise avec celle du saule, ses cheveux avec les nues,
À fendre l’âme, son chant mélodieux emplit le nuit profonde.
Est-ce donc que la brise d’Orient s’est jouée de la maison de Qin(1),
Pour qu’il ne m’ait pas été donné de m’unir à Luofu(2) ?

Notes : (1) La maison de Qin (秦楼 [qínlóu]) est le nom donné à la demeure construite par le Duc Mu de Qin (秦穆公 [qín mùgōng]) (qui vécut à l’époque des Royaumes Combattants, au VIIe siècle avant l’ère chrétienne) pour sa fille Nongyu (弄玉 [nòngyù]), connue pour son talent musical et pour sa fidélité en amour. L’expression est devenue une expression littéraire pour désigner les maisons de prostitution, sans connotation péjorative. (Il existe une autre maison de Qin, construite par le poète des Song Su Dongpo sur la rive du Lac de l’Ouest, mais ce n’est pas de celle-ci qu’il s’agit.)
(2) Luofu est le prénom de Qin Luofu (秦罗敷 [qín luófū]), beauté célèbre de la Chine ancienne, qui vécut vers la fin de la dynastie des Han et le début de l’époque des Trois Royaumes. Luofu, dans ce poème, c’est bien entendu Gu Hengbo.

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