Vocabulaire d’actualité : Lutte contre la corruption

Xi Jinping, le nouveau président chinois (le titre officiel est 中华人民共和国主席 [zhōnghuá rénmín gònghéguó zhǔxí], président de la République Populaire de Chine, en abrégé 国家主席 [guójiā zhǔxí]) est présenté comme étant le grand champion de la lutte contre la corruption (反腐 [fǎnfǔ]). Effectivement, depuis son arrivée au pouvoir, des têtes sont tombées ! Certes, les mauvais esprits interprètent ces chutes retentissantes comme étant le résultat de luttes de factions au sein du Pouêt-Cot-Cot… N’étant pas moi-même un « zhongnanhai-ologue »(1) distingué, je m’abstiendrai d’exprimer la moindre opinion à ce sujet. Au cours de mes lectures diverses, je suis tombé en avril dernier sur un article donnant le bilan de la lutte anti-corruption parmi les hauts dirigeants chinois après la XVIIIe Congrès national des représentants du Parti Communiste chinois (中国共产党第十八次全国代表大会 [zhōngguó gòngchǎndǎng dìshìbācì quánguó dàibiǎo dàhuì], en abrégé 中共十八大 [zhōnggòng shíbàdà], ou tout simplement 十八大 [shíbādà]). Cet article a été publié par le quotidien du soir The Mirror (traduction pour le moins exotique du titre chinois de ce journal :《法制晚报》 [fǎzhì wǎnbào], littéralement « quotidien du soir de la légalité), et repris par le site news.163.com (voir ici pour l’article sur le site, ou ici pour la version pdf que je mets à votre disposition).
(1) Je dis « zhongnanhai-ologue » comme on disait « kremlinologue », à l’époque du rideau de fer, pour désigner les spécialistes en turpitudes russo-soviétiques de haut niveau. 中南海 [zhōngnánhǎi] est le nom du parc de Pékin, dont l’accès est bien entendu interdit au public, situé près de la Cité Interdite – 紫禁城 [zǐjìnchéng] – où sont regroupés les organes dirigeants de l’État chinois.
D’après cet article, depuis le 18ème congrès, ce sont pas moins de 24 cadres du niveau gouverneur de province ou ministériel (省部级官员 [shěngbùjí guānyuán])(2) qui ont fait l’objet d’enquêtes. On a déterminé pour 5 de ces 24 dirigeants que l’on se trouvait dans des cas de « turpitude morale » (道德败坏 [dàode bàihuài] ; 道德 [dàodé] : morale, éthique ; 败坏 [bàihuài] : ruiner, corrompre, corrompu), ce qui, sachant que le cadre membre du PCC est par définition moralement irréprochable, est extrêmement grave. La « turpitude morale » est en général établie lorsque l’on découvre que le cadre impliqué entretenait une ou plusieurs (parfois de nombreuses) maîtresses (情妇 [qíngfù]).
(2) L’expression « cadres du niveau gouverneur de province ou ministériel » (省部级官员 [shěngbùjí guānyuán]) s’applique stricto sensu aux cadres suivantes : gouverneurs (省长 [shěngzhāng]) et gouverneurs adjoint de province (副省长 [fùshěngzhǎng]), secrétaires et secrétaires adjoints du comité provincial du parti (省委书记 [shěngwěi shūjì] et 省委副书记 [shěngwěi fùshūjì]), ministres et vice-ministres (部长 [bùzhǎng] et 副部长 [fùbùzhǎng]). Mais cette expression peut englober également les dirigeants des grandes entreprises d’État, comme, dans cet article, le président du conseil d’administration (董事长 [dǒngshìzhǎng]) et secrétaire du parti (党委书记 [dǎngwěi shūjì], qui signifie en fait « secrétaire du comité du parti ») du groupe China Ressources (华润集团 [huárùn jítuán]), Song Lin (宋林 [sòng lín]), ainsi des dirigeants d’organismes divers et variés.
Sur les 24 cadres de haut niveau (高官 [gāoguān], abréviation de 高级官员 [gāojí guānyuán]) ayant fait l’objet d’une enquête, huit ont été placés entre les mains de la justice (移送司法 [yísòng sīfǎ]). Le parquet populaire suprême (最高人民检察院 [zuìgāorénmín jiǎncháyuàn], en abrégé 最高检 [zuìgāojiǎn] ; 检察院 [jiǎncháyuàn] : parquet) a pu ainsi annoncer en avril l’ouverture d’une enquête officielle concernant Guo Youming (郭有明 [guō yǒumíng]), gouverneur adjoint de la province du Hubei, et la prise de mesures de contrainte (comprenez « privation de liberté ») (强制措施 [qiángzhì cuòshī]) à son encontre. La Commission centrale de contrôle de la discipline (中央纪律检查委员会 [zhōngyāng jìlǜ jiǎnchá wěiyuánhuì], en abrégé 中央纪委 [zhōngyāng jìwěi]) (qui est un organe du PCC) a précisé que le sieur Guo était fortement soupçonné de manquements graves à la discipline et aux lois (违纪违法 [wéijì wéifǎ]).
La procédure habituelle pour ces membres éminents du Parti consiste d’abord à exiger d’eux des explications circonstanciées. Cette procédure interne au Parti est appelée 双规 [shuāngguī] (在规定的时间、地点就案件所涉及的问题作出说明 : dans un délai imparti et dans un lieu déterminé, le cadre soupçonné est sommé de fournir des explications sur ce qui touche à l’affaire). Si la conclusion de cette procédure est que le cadre en question est fortement soupçonné de manquements graves, il est d’abord exclu du parti et démis de ses fonctions (cela s’appelle 双开 [shuāngkāi], « double exclusion » : 开除党籍 [kǎichú dǎngjí] : exclure du Parti, et 开除公职 [kāichú gōngzhí] : démettre de ses fonctions, révoquer), puis il est remis entre les mains de la justice pour subir la procédure judiciaire (司法程序 [sīfá chéngxù]).
Si vous voulez approfondir la question, l’article susmentionné donne certains détails sur les principaux hauts fonctionnaires chinois impliqués dans ces affaires.

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