Littérature et gastronomie : Dong Xiaowan, courtisane et cordon bleu

(Je reprends ici, en l’adaptant un peu, un billet publié il y a peu sur Sinogastronomie.)
Si vous êtes un lecteur attentif de Sinoiseries, le nom de Dong Xiaowan (董小宛 [dǒng xiǎowǎn]) ne devrait pas ou être inconnu, puisque nous avons parlé de cette courtisane célèbre lorsque nous avons présenté les Souvenirs de la hutte au prunus ombragés (《影梅庵忆语》 [yǐngměiàn yìyǔ]) de Mao Xiang (voir ici).
Lorsque j’ai présenté ce texte, je n’ai pas fait mention des talents culinaires de cette « beauté du Qinhuai », et pourtant, Mao Xiang décrit par le menu les attentions culinaires que sa concubine avait pour lui. En fait, avant d’épouser Mao Xiang, s’intéressait assez peu à la nourriture : elle déjeunait d’un rien, et se contentait de plats légers à la saveur peu prononcée. Mao Xiang, au contraire, était un fin gourmet, qui aimait la variété et les saveurs accentuées. Pour satisfaire les envies de son époux, la jeune femme s’intéressa de près à la cuisine. Elle lisait les textes des intellectuels qui avaient laissé des traités culinaires, et avait même constitué un recueil de recettes qui, à ce que l’on dit, était exceptionnel (ce recueil ne nous est malheureusement pas parvenu).
Pour sa cuisine, elle concoctait des extraits floraux dont elle agrémentait certains plats. Elle excellait dans la préparation de desserts incomparables. L’invention d’une friandise renommée de Rugao (如皋 [rúgāo]), petite ville près de Nantong (dans la province actuelle du Jiangsu), non loin de Shanghai, lui est même attribuée. En son honneur, cette friandise est appelée 董糖 [dǒngtáng], littéralement « bonbon de Dong (Xiaowan) ». On lui attribue également l’invention d’un plat renommé de la cuisine du Zhejiang, le « porc à pelage de tigre » (虎皮肉 [hǔpíròu]), un carré de poitrine de porc avec peau, qui se présente au final avec une surface ridée, qui fait vaguement penser au pelage d’un tigre (ce plat est aussi appelé 董肉 [dǒngròu], « viande de Dong », toujours en l’honneur de son inventrice).
La réputation des talents culinaires de Xiaowan étaient tels que certains n’hésitent pas à la placer en tête de la liste des « dix plus grands cuisiniers de la Chine ancienne » (中国古代十大名厨 [zhōngguó gǔdài shídà míngchǔ]), la surnommant « la belle cuisinière » (美女厨师 [měinǚ chǔshī]) (pour les dix plus grands cuisiniers de la Chine ancienne, voir ici un article en chinois).
Notez que Mao Xiang parle aussi de façon assez détaillée de la dégustation et de ses préférences en matière de thé.
Notez également que le texte de Mao Xiang a été traduit en français par Martine Vallette-Mémery et publié par les éditions Picquier en 1997, sous le titre de La Dame aux pruniers ombreux (je ne connais pas cette traduction).

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