Jinologie : La Légende des héros du condor – 7

A l’épisode précédent, nous avions laissé Huang Rong et Guo Jing alors qu’ils venaient de se séparer de Hong-le-septième et qu’ils poursuivaient leur périple vers le Sud. (Pour lire ou relire les épisodes précédents, cliquer sur « Jinologie » sur la barre de menu.)
Ils arrivent sur la rive du lac Taihu (太湖 [tàihú], dans l’actuelle province du Jiangsu). Par hasard, , ils rencontrent Yang Kang, qui est en voyage officiel, puisqu’il est l’envoyé impérial (钦差 [qīnchāi]) des Jin, et Duan Tiande, le fonctionnaire des Song du Nord corrompu, responsable de la mort de Guo Xiaotian (le père de Guo Jing). Yang Kang, pour sauver sa peau, tue Duan Tiande, puis apprend sa véritable origine, ainsi que les liens qui existent les familles Yang et Guo. Yang Kang (qui n’a pas vraiment le choix, à vrai dire) accepte de couper tout lien avec Wanyan Honglie, et devient frère juré de Guo Jing.
Mais Yang Kang ne se résout pas à couper les liens avec son père adoptif, et évente le projet formé par Guo Jing d’aller assassiner Wanyan Honglie. Guo Jing échoue donc dans son projet, loue un bateau avec Huang Rong, et nos jeunes tourtereaux trouvent refuge sur l’île où le père de la mademoiselle, Huang-le-pharmacien a élu domicile : l’île des Fleurs de pêcher (桃花岛 [táohuādǎo]). Une digression me semble s’imposer ici.
Cette île n’est pas imaginaire : elle est située au large de la province du Zhejiang, dont elle relève administrativement. C’est la septième île, en taille, de l’archipel des Zhoushan (舟山群岛 [zhōushān qúndǎo]). Si Jinyong a choisi cette île, c’est sans doute parce que le nom de « fleurs de pêcher » est une référence à un texte du célébrissime poète chinois Tao Yuanming (陶渊明 [táo yuānmíng], 365-427, voir ici l’article en français de Wikipédia), intitulé La Source des Fleurs de pêcher (《桃花源记》 [táohuāyuánjì], voir ici l’article en anglais de Wikipedia), qui raconte comment un homme découvre par hasard une vallée paradisiaque, coupée du monde depuis l’époque troublée des Qin, dont tous les habitants mènent une existence parfaite et ne connaissent que le bonheur, sans avoir à subir les rigueurs d’aucune loi. Le nom de l’île des Fleurs de pêcher suggère que l’île est d’une grande beauté, et que c’est un havre de paix (ce que va démentir assez rapidement la suite du roman de Jinyong). (Concernant l’île du Zhejiang, je vous invite à lire ici l’article de Baidu, en chinois.)
À leur arrivée sur l’île, ils rencontrent Zhou Botong (周伯通 [zhōu bótōng]), surnommé le « vieux garnement espiègle » (老顽童 [lǎo wántóng] ; 顽童 [wántóng] désigne un enfant espiègle) en raison de son caractère espiègle et de son immaturité chronique. Zhou Botong fait partie de l’école Quanzhen, et il est d’une génération supérieure à celle des « sept maîtres de la secte Quanzhen », dont nous avons déjà parlé. Zhou est retenu prisonnier par le père de Huang Rong. Il est féru d’arts martiaux et, pendant sa longue solitude, il a même inventé une technique très particulière : il est capable de se battre seul, main gauche contre main droite, et donc est capable de combattre en utilisant simultanément deux techniques de combat différentes, ce qui lui donne un avantage redoutable contre tout adversaire. Huang-le-pharmacien, qui trouve que sa fille mérite beaucoup mieux que Guo Jing, laisse ce dernier se perdre dans le labyrinthe où se trouve enfermé Zhou Botong, et Guo et Zhou deviennent amis, puis frères jurés. Zhou Botong enseigne à Guo Jing la technique des deux mains, et lui prodigue des conseils précieux afin que le niveau d’arts martiaux du jeune homme s’améliore…
Arrivent sur l’île des fleurs de pêcher Ouyang Feng, le « venimeux de l’Ouest », et son neveu (qui est en réalité le fils qu’il a eu en entretenant une relation extra-conjugale avec sa belle-sœur). Hong-le-septième arrive aussi sur l’île. De fil en aiguille, Huang et Ouyang se mettent d’accord pour que Guo Jing et le neveu de Ouyang Feng livrent un combat, dont l’issue déterminera le sort marital de la jolie Huang Rong. À l’occasion de ce combat (qui est remporté par Guo Jing), Ouyang Feng, en usant d’une ruse perfide, blesse grièvement Hong-le-septième. Ce dernier, croyant sa dernière heure venue, décide de transmettre à Huang Rong le « bâton à battre les chiens » (打狗棒 [dǎgǒubàng]), qui est le signe de ralliement du chef des mendiants, et par là même nomme Huang Rong à la tête de la confrérie des mendiants.
Guo Jing et Huang Rong se mettent alors en chemin pour aller participer au grand congrès de la bande des mendiants, qui se tient du côté du lac Dongting (洞庭湖 [dòngtínghú], le plus grand lac de Chine, dans la province du Hunan). Yang Kang, par le plus grand des hasards, arrive au même endroit. Il dernier parvient à dérober le « bâton à battre les chiens », se rend au congrès des mendiants, et tente de se faire passer pour le nouveau chef de la confrérie, le but ultime étant de faire en sorte que cette confrérie se rallie aux Jin pour renverser la dynastie légitime, celle des Song du Sud. Heureusement, Guo et Jing arrivent à temps pour déjouer le complet de Yang Kang.
Quelques jours plus tard, Guo Jing et Huang Rong se rendent à Huxi (沪溪 [hùxī]), toujours dans la province du Hunan, où ils pensent pouvoir retrouver un traité de stratégie dont l’auteur n’est autre que Yue Fei (岳飞 [yuè fēi], 1103-1142, général célèbre des Song du Sud), intitulé les Clés de l’anéantissement des Jin (《破金要诀》 [pòjīn yāojué]), qui serait fort utile pour se débarrasser de la menace nordique.
Malheureusement, Huxi est le siège de la « bande de la paume de fer » (铁掌帮 [tiězhǎngbāng]), qui s’est ralliée à l’ennemi. Guo Jing et Huang Rong sont repérés, et Huang Rong est grièvement blessé par le chef de la bande : Qiu Qianren (裘千仞 [qiú qiānrèn]). Heureusement, l’intervention inopinée et tout à fait opportune du Grand Maître Yideng (一登大师 [yīdēng dàshī]), que nous avons entr’aperçu sous le nom « d’Empereur du Sud », grand maître d’arts martiaux, ancien souverain de l’empire méridional de Dali (大理 [dàlǐ], dans l’actuelle province du Yunnan), ayant abdiqué et s’étant fait moine bouddhique, par dépit amoureux, permet à Huang Rong de se tirer d’affaire in extremis.
Si vous voulez savoir ce qu’il advint de cinq des « sept excentriques du Jiangnan », comment Guo Jing et Huang Rong devint ennemis mortels et comment, alors qu’il avait qu’il s’est laissé prendre à un piège diabolique, Guo partit à la recherche de sa dulcinée disparue, je vous invite à patienter jusqu’à l’épisode suivant…
(Ci-dessous, une vue d’artiste de l’île des fleurs de pêcher. Cette image vient d’ici.)

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