Jinologie : La Légende des héros du condor – 5

(Si vous avez raté les quatre premiers épisodes, vous pouvez les consulter en cliquant ici : 1, 2, 3, 4)
À l’épisode précédent, nous avions laissé Guo Jing alors que celui-ci était pris sous l’aile du chef mongol Temüdjin…
Demeurant désormais dans le camp de Temüdjin, Guo Jing ne tarde pas à se lier d’amitié avec Tolui (拖雷 [tuōléi]), benjamin du chef mongol. L’amitié entre les deux enfants est telle qu’ils en viennent à devenir « frères juré » (安答 [āndá] ; ceci est un mot mongol, et non chinois ; en chinois, « frère juré » ou « frère de sang » se dit 义兄弟 [yìxiōngdì]). Pendant ce temps, après six ans de recherches, les sept énergumènes du Jiangnan ont finalement retrouvé la trace de Li Ping en Mongolie, et rencontrent Guo Jing par hasard. Ils commencent alors à le former aux arts martiaux les plus divers (les sept énergumènes du Jiangnan sont en effet tous issus d’écoles d’arts martiaux différentes – il existe plusieurs termes chinois pour l’expression « arts martiaux » : 武艺 [wǔyì], qui signifie littéralement « art martial », 功夫 [gōngfū], qui a donné le mot « kungfu », etc.).
Dix ans plus tard, Guo Jing a grandi mais, au grand désespoir de ses maîtres, il ne brille pas par son talent, et son apprentissage des techniques de combat est pour le moins laborieux. Mais Guo Jing fait preuve d’une endurance à toute épreuve. De plus, le taoïste Ma Yu (马钰 [mǎ yù]), membre lui aussi de la secte Quanzhen, qui a eu vent du Paris entre les sept énergumènes et Qiu Chuji par ce dernier, lui enseigne secrètement les techniques de l’école interne des taoïstes.
Là encore, une digression s’impose : les arts martiaux chinois se divisent généralement en deux catégories principales : l’école interne (内功 [nèigōng]), qui privilégie la force qui vient de la maîtrise de la circulation du « souffle » (气 [qì]), et l’école externe (外功 [wàigōng]), qui privilégie quant à elle le force brute, apportée par un entraînement physique très dur et très long. L’école des moines du temple de Shaolin (少林派 [shaolinpài], du nom du temple qui s’appelle le 少林寺 [shàolínsì]), par exemple, relève de l’école externe, tandis que l’école des taoïstes de Quanzhen (全真派 [quánzhēnpài]) met plus l’accent sur l’entretien du souffle.
Mais revenons donc à Guo Jing.
Il se trouve que Ma Yu, à l’inverse des sept énergumènes, est un excellente pédagogue, et adapte sa pédagogie à son élève, qui a la comprenette un peu hésitante, si bien que Guo Jing atteint malgré tout un niveau tout à fait honorable en arts martiaux.
Pendant les dix ans écoulés, Temüdjin a agrandi son aire d’influence vers l’Est, et finit par unifier les tribus du désert. Il devient alors « grand khan » (大汗 [dàhàn]), et prend le nom de Gengis Khan. Guo Jing combat dans l’armée de son bienfaiteur et, du fait de ses exploits guerriers, se voit offrir par Gengis Khan un sabre d’or. Gengis Khan lui promet en plus sa fille en mariage, si bien que Guo Jing devient connu dans les tribus mongoles sous le nom de « gendre impérial au sabre d’or » (金道驸马 [jīndāo fùmǎ] ; le mot 驸马 [fùmǎ] sert à désigner dans la Chine impériale un gendre de l’empereur).
Mais le rendez-vous pris dix-huit ans plus tôt avec Qiu Chuji arrive à grands pas, aussi les six énergumènes (l’un d’entre eux est mort lors d’un combat avec un couple de malfaisants) décident-ils de repartir vers le Sud en emmenant Guo Jing. Pour lui permettre de s’aguerrir un peu, ils le laissent voyager seul.
Arrivé à Zhangjiakou (张家口 [zhāngjiākǒu]), ville située dans l’actuelle province du Hebei, Guo Jing rencontre Huang Rong (黄蓉 [huáng róng]), jeune fille alors déguisée en mendiant (叫花子 [jiàohuāzǐ], terme populaire moins péjoratif que 乞丐 [qǐgài]). Très vite, les deux se découvrent un penchant réciproque, et décident de poursuivre ensemble leur voyage vers le Sud.
Si vous voulez savoir comment Guo Jing rencontre son frère sans le reconnaître, comment il tente de sauver une jeune fille du déshonneur, et comment un patronyme jürchen dissyllabique se transforme en patronyme han monosyllabique, je vous convie à guetter la publication du prochain épisode.
Ci-dessous, une reproduction de l’une des premières éditions de la couverture de la Légende des héros du condor (l’image vient de Wikipedia, ici) :
shediao yingxiongzhuan

Publicités
Cet article, publié dans Bibliographie, Jinologie, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Jinologie : La Légende des héros du condor – 5

  1. Les séries TVB de mon enfance. Ma maman tenait un bazar exotique avec un service de location de vidéocassettes.Je regardais tous les films se copier sur Betamax. Ah la belle époque. J’étais bien entendu très amoureuse de Guo Jing et je voulais être Huang Rong.

    • pascalzh dit :

      Ça doit être à peu près à l’époque où les vidéocassettes de Hong-Kong étaient distribuées à Paris, dans le XIIIème, que j’ai découvert Jinyong. Je donnais des cours de français à des Chinois de Hong-Kong, et j’avais récupéré les deux volumes du 书剑恩仇录 que les gens se repassaient, et qui étaient en assez mauvais état.
      C’est le premier roman de Jinyong que j’ai lu. Je me souviens que j’avais un peu de mal à lire, car j’étais seulement en troisième année de chinois aux Langues’O. C’était il y a près de trente ans 🙂

      • On a du avoir entre nos mains les mêmes VHS ! Le plus fastidieux : quand la bande n’était pas rembobinée au début et que l’image « sautait » au moment le plus attendu du film… Good times ! Merci pour ces souvenirs.

      • pascalzh dit :

        Je ne regardais pas les vidéos : d’une part, elles étaient en cantonais et en plus, je n’habitais pas près du quartier chinois ! Mais je me suis largement rattrapé depuis : en Chine, tous ces feuilletons sont disponibles sur Internet, ou encore sur la télévision numérique !
        De plus, je relis très régulièrement l’un ou l’autre des romans.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s