Littérature chinoise et gastronomie : Méthode chinoise ancienne pour la cuisson des volailles

(Je reprends ici, en l’adaptant quelque peu, un billet publié il y a peu sur Sinogastronomie.)
Je suis en train de me régaler de la lecture d’un roman fantastique assez connu en Chine, à la mode en ce moment, semble-t-il, mais à peu près inconnu en Occident (je n’ai trouvé aucune trace de traduction de cette œuvre, que ce soit en français ou en anglais), intitulé 《绿野仙踪》 [lǜyě xiānzōng], littéralement « Traces des immortels dans les vertes plaines ». Ce roman en cent chapitres a été rédigé par Li Baichuan (李百川) entre 1753 et 1762 ; il nous fait plonger dans les aventures d’un talentueux jeune lettré qui, dégoûté des turpitudes du monde des mandarins, renonce à la carrière officielle et décide de s’initier au taoïsme.
Le personnage principal du livre, Leng Yubing (冷于冰 [lěng yúbīng], littéralement « plus froid que la glace », nom qui suggère que celui qui le porte est d’une probité extrême), souhaitant remettre sur le droit chemin un bandit au lourd passif, lui donne un exemple de la cruauté suprême dont faisaient preuve Zhou Xing (周兴 [zhōu xīng], décédé vers 691) et Lai Junchen (来俊臣 [lái jùnchén], décédé en 697), deux exécuteurs de basses œuvres assez connus dans l’histoire de Chine, qui sévirent à l’époque du règne de la seule femme qui fut officiellement « empereur » : We Zetian (武则天 [wǔ zétiān]), qui règna de 690 à 705. (Pour en savoir plus sur ces deux personnages détestables, je vous invite à lire l’article en anglais que Wikipedia consacre à Lai Junchen, ici.)
Zhou Xing et Lai Junchen avaient en effet imaginé, d’après Li Baichuan, le mode de préparation suivant pour mieux accommoder les volailles dont ils voulaient se repaître :
On préparait un bol d’eau agrémenté d’une sélection d’épices. On plaçait sous une cloche métallique la volaille convoitée, vivante, avec le bol en question. On allumait ensuite un feu modéré autour de la cloche de métal. La volaille, sous l’effet de la chaleur, souffrait de la soif, et tentait de se désaltérer en buvant l’eau aromatisée se trouvant dans le bol. C’était le moyen le plus efficace d’aromatiser la chair de la victime pendant que se faisait sa cuisson à petit feu.
Je n’ai bien entendu trouvé aucune trace de ces agissements dans les biographies des sieurs Zhou et Lai (qui étaient cependant renommés pour leur cruauté – en particulier Zhou, qui fut l’inventeur de diverses techniques de torture assez élaborées et terriblement efficaces), ni de mention concernant ce type de préparation dans les ouvrages, nombreux, qu’il m’a été donné de lire concernant l’histoire de la gastronomie chinoise ancienne et moderne.
(Si vous lisez le chinois, vous pourrez retrouver le passage où Leng Yubing raconte cette anecdote à la fin du chapitre XIV du roman.)
(Je prévois de poursuivre cette nouvelle série avec un petit billet sur les lombrics frits de Hong-le-septième…)

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2 commentaires pour Littérature chinoise et gastronomie : Méthode chinoise ancienne pour la cuisson des volailles

  1. Decebal dit :

    Dans un ordre d’idée similaire , je vous conseille un livre que j’ai trouvé excellent pour marier littérature et gastronomie chinoise :  » L’ affaire du cuisinier chinois  » de Pascal Vatinel.

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