Chinoiseries : La polysémie des caractères chinois

J’ai eu il y a quelques mois des échanges un peu vif avec un lecteur de Sinoiseries qui me reprochait de complexifier exagérément le champ sémantique des aux sinogrammes. La discussion tournait un peu en rond, et a fini par s’éteindre (à mon initiative).
Or, en visite dans la capitale chinoise chez une amie taïwanaise qui enseigne la langue de Mao au Lycée français de Pékin, alors que je feuilletais quelques-uns des livres de chinois rangés sur les rayons de sa bibliothèque, je trouvai dans un livre de grammaire chinoise (dont je n’ai malheureusement pas noté ni le titre, ni l’auteur) un paragraphe consacré à la polysémie des caractères chinois.
La polysémie, selon la définition donnée par le site Larousse, est la « propriété d’un terme qui présente plusieurs sens ». En fait, en chinois, la plupart des sinogrammes sont aujourd’hui polysémiques. Les caractères qui n’ont qu’un seul et unique sens seraient plutôt l’exception. Si les caractères ont pu, à leur origine, avoir un sens unique, les évolutions et dérivations sémantiques leur ont souvent conféré des sens multiples. C’est à mon humble avis la raison pour laquelle on est à l’écrit passé de mots généralement monosyllabiques (et donc composés d’un seul et unique caractère) en chinois « classique », à des mots rarement monosyllabiques et plus généralement pluri-syllabiques en chinois moderne. Je parierai d’ailleurs sans trop avoir peur de me tromper que les mots du chinois parlé, même dans les temps anciens, étaient pluri-syllabiques. Ne serait qu’en en raison de la pauvreté phonétique relative du chinois : 400 syllabes à 4 tons, cela fait seulement 1600 sons différents, et donc de multiples occasions de se méprendre sur le sens d’une syllabe, malgré le contexte. Mais même en ayant sous les yeux la graphie des caractères, pourtant nombreux, on n’a qu’à tenter de déchiffrer un texte ancien (sans l’appareil de notes qui l’accompagne le plus souvent aujourd’hui) pour s’apercevoir combien la compréhension est parfois difficile, même lorsque l’on connaît chaque caractère !
Et dès lors, j’abonde dans le sens d’un autre lecteur de Sinoiseries, qui protestait un peu lorsque je disais que la connaissance de 800 sinogrammes permettait de lire 90% de ce qui s’écrit aujourd’hui en Chine : la connaissance des sinogrammes seuls ne permet en effet pas la compréhension ! Il faut aussi connaître le sens des mots que ces sinogrammes servent à composer !
(Pour un exemple de cette polysémie des sinogrammes, je vous invite à lire la section « Évolutions sémantiques » de l’article que Wikipedia consacre aux caractères chinois. C’est ici.)

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