Jinologie : La Légende des héros du condor – 4

(Les trois premiers épisodes de la série consacrée au roman le plus fameux de Jinyong, La Légende des héros du condor (《射雕英雄传》) ont été publiés dans la catégorie « Bibliographie » : le premier épisode de cette série est ici, le deuxième est ici, et vous trouverez le troisième ici. Je reprends ici un fil délaissé depuis un an ! Merci pour votre patience. Je profite de l’occasion pour reprendre aussi une rubrique qui m’est chère même si je n’y ai pas contribué depuis longtemps : la Jinologie, appelée en chinois 金学 [jīnxué], qui est l’étude de l’œuvre romanesque de l’écrivain hongkongais Jinyong).
Nous avions laissé à l’épisode 3 Li Ping et Bao Xiruo en bien mauvaise posture, poursuivies par les sbires de l’officier Duan Tiande.
Duan Tiande avait pris un prétexte fallacieux pour tenter de s’emparer des deux femmes. Un combat acharné s’était livré entre les militaires d’une part, et Guo Xiaotian et Yang Tiexin (les époux respectifs de Li Ping et Bao Xiruo) de l’autre. Duan Tiande ne faisait en réalité qu’agir au profit de l’homme que Li Ping avait trouvé blessé et avait sauvé. Cet homme n’était autre que Wanyan Honglie (完颜洪烈 [wányán hóngliè]), prince, fils du souverain jurchen de l’époque.
Une petite digression s’impose ici : Les Jurchen (en chinois 女真 [nǚzhēn]) étaient un peuple nomade vivant dans la région de Mandchourie. Ils étaient rivaux des Mongols. Ils arrivèrent au faite de leur puissance vers le Xème siècle de notre ère, et créèrent la dynastie connue en chinois sous le nom de « dynastie des Jin » (金朝 [jīncháo]), qui perdura de 1115 à 1234, et qui établit sa capitale à Zhongdu (中都 [zhōngdū]), ancien nom de l’actuelle Beijing. À partir du XVIIème siècle, ils sont connus sous le nom de Mandchous. Wanyan (完颜 [wányán]) est avant tout le nom de l’une des tribus du peuple Jurchen, mais c’est aussi un patronyme dissyllabique, rarement usité dans la Chine d’aujourd’hui. Les personnes qui portent ce nom aujourd’hui sont des descendants de la famille impériale des Jin, ou de personnages qui se sont vus attribuer le patronyme de Wanyan par un empereur des Jin.
Dans le roman de Jinyong, Wanyan Honglie est donné comme étant le sixième fils de Wanyan Jing (完颜璟 [wányán jǐng]), en d’autres termes, l’empereur Zhangzong des Jin (金章宗 [jīn zhāngzōng], r. 1189-1208). En réalité, le sixième et dernier fils de Wanyan Jing fut Wanyan Telin (完颜忒邻 [wányán tèlín]), qui ne vécut que deux ans (1202-1203). Le personnage de Wanyan Honglie n’a pas de réalité historique.
Reprenons le fil de notre histoire…
Juste au moment où Li Ping cherche à échapper à Duan Tiande, Wanyan Honglie intervient pour « sauver » Bao Xiruo, et l’emmène avec lui.
Pendant ce temps, Duan Tiande capture de Li Ping. On perd en revanche la trace de Yang Tiexin. Le taoïste Qiu Chuji arrive trop tard pour sauver Guo Xiaotian, mais il retrouve la trace de Duan Tiande. Il suit cette trace jusqu’à Jiaxing (嘉兴 [jiāxīng], dans l’actuelle province du Zhejiang). Le dénommé Duan s’est réfugié chez un parent éloigné, qui est supérieur d’un temple bouddhiste. Qiu Chuji demande à ce supérieur de lui livrer Duan Tiande, et entre en conflit pour cela avec les sept énergumènes du Jiangnan (江南七怪 [jiāngnán qīguài]), groupe de sept bretteurs redresseurs de torts, ayant à leur tête un chevalier, Ke Zhen’e (柯镇恶 [kē zhèn’è]) aveugle mais néanmoins expert (de second ordre) en arts martiaux. Le malentendu entre Qiu et les sept énergumènes est dissipé, et les deux parties font un pari : chacune des parties sera chargée de sauver l’une des mères et l’enfant qu’elle porte, et d’enseigner à ces enfants les arts martiaux, afin de leur donner les moyens de venger la mort de leurs pères. Qiu Chuji est chargé de retrouver Bao Xiruo, tandis que les sept énergumènes sont chargés de retrouver la trace de Li Ping.
Duan Tiande parvient à échapper aux poursuites des sept énergumènes en s’enfuyant vers le Nord, emmenant avec lui Li Ping. Cette dernière parvient finalement échapper à Duan Tiande, et trouve refuge dans une tribu mongole. Elle accouche d’un garçon qu’elle nomme, conformément à la volonté de son père, Guo Jing (郭靖 [guō jìng]).
Le temps passe, et Guo Jing a six ans. C’est un garçon qui ne brille pas par son intelligence, mais il a un sens aigu de la justice et de l’héroïsme. Un Mongol nommé Djebé (哲别 [zhébié]) est poursuivi par d’autres Mongols. Guo Jing, trouvant que le combat est injuste, veut le protéger contre ses assaillants, et fait montre d’un courage exceptionnel qui ne manque pas d’impressionner le grand khan (大汗 [dàhàn], chef de tribus mongoles) Temüdjin (铁木真 [tiěmùzhēn]), que nous connaissons tous sous le nom de Gengis Khan (成吉思汗 [chéngjīsī hàn]). Temüdjin décide alors de gracier Djebé et de prendre Guo Jing sous son aile.
(Le personnage de Djebé a réellement existé. D’abord ennemi de Gengis Khan, il devint l’un de ses meilleurs généraux. À la tête d’une troupe de 20 000 hommes, il envahit la Russie jusqu’à Kiev, en Ukraine, où il mourut entre 1221 et 1225. Voir ici le bref article que Wikipedia consacre à Djebé.)
Nous continuerons à nous intéresser à Guo Jing à l’épisode suivant.
Ci-dessous, la photo de Djebé interprété en 2001 par l’acteur Bayin Erile (巴音额日乐 [bāyīn érìlè]), originaire de Mongolie intérieure (la photo vient d’ici).
zhebie

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