Néologismes : Le parti des cinq poils

Depuis quelques années, les autorités chinoises chargées de la propagande ont imaginé un moyen qu’elles croyaient astucieux pour redorer leur blason : faire appel au « patriotisme » des membres et sympathisants du Pouêt-Cot-Cot, en les sollicitant afin qu’ils usent à bon escient d’une partie de leurs loisirs et de leurs connaissances informatiques, pour le plus grand bien de l’harmonie sociale. Il s’agissait de faire diffuser, aussi massivement que possible, sur les forums de discussions chinois (qui se distinguent souvent, au grand dam des autorités, par une tendance à la critique forcenée de la société chinoise contemporaine) des messages plus politiquement corrects, critiquant les critiques et mettant sous les yeux de tous les indéniables réalisations du « grandiose, glorieux et infaillible Parti Communiste Chinois » (ne me taxez pas de mauvais esprit, c’est la terminologie officielle : 伟大的、光荣的、正确的中国共产党, voir ici sur le site officiel de l’histoire du PCC) !
Doutant peut-être de la spontanéité de l’ardeur patriotique de leurs ouailles, lesdites autorités ont, prétend la rumeur jamais démentie, décidé de leur tendre une carotte, sous forme de rémunération sonnante et trébuchante : cinq décimes de yuan par message positif diffusé ! Ces chantres du socialisme aux spécificités chinoises dûment identifiés par les internautes, ne tardèrent pas à se voir affublés d’un sobriquet évocateur : les « cinq décimes » (五毛 [wǔmáo] – rappelons que le 毛 [máo] est une subdivision de l’unité monétaire, valant dix centimes, ou un décime, de ladite unité), ou, collectivement, le « parti des cinq décimes » (五毛党 [wǔmáodǎng]). C’est cette dernière expression qui a été traduite par des barbares occidentaux, ignares des réalités chinoises, ânonnant avec peine la belle et subtile langue du vieux Kong (je veux bien sûr parler de Confucius) et ne connaissant que le sens premier du sinogramme 毛 [máo] (poil), qui a été traduite par « parti des cinq poils ».
Dans l’histoire de l’humanité, et pas seulement en Chine, bien sûr, on a toujours connu des hommes vils (on parle en chinois de « petits hommes » : 小人 [xiǎorén]) prêts à tout pour être dans les bonnes grâces des puissants. Et la langue chinoise ne manque pas de substantifs pouvant s’appliquer à cette engeance : on parle de « chiens courants » (走狗 [zǒugǒu]), de « pattes de chiens » (狗腿子 [gǒutuǐzi]), de « griffes et de dents » (爪牙 [zhǎoyǎ]), de « faucons et de chiens » (鹰犬 [yīngquán]), de « plumes de parti » (党羽 [dǎngyǔ] – attention, ici le sinogramme 党 [dǎng], « parti », ne fait pas référence au PCC), ou encore de « fantômes du tigre » (虎伥 [hǔ chāng] – ici, la référence au célèbre idiotisme 为虎作 [wèi hǔ zuòchāng] est évidente).
La langue chinoise n’avait donc pas besoin d’une expression nouvelle, mais l’occasion était trop belle de se moquer de ces individus qui sont prêts à soutenir l’insoutenable et à justifier l’injustifiable, pour peu qu’on leur fasse l’aumône, au cours actuel du yuan, de 5,8 centimes d’euro par message diffusé…
(Si vous souhaitez ajouter dans votre base de vocabulaire quelques mots bien placés à servir aux membres du parti des cinq poils, je vous invite à lire ici un petit billet qui n’est pas piqué des hannetons.)

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