Histoires de Chine : L’eunuque aux trois trésors explore les mers occidentales (1)

Depuis quelque temps, j’ai un intérêt tout particulier pour les navigations de l’eunuque chinois Zheng He, auquel on attribue sept expéditions maritimes illustres, qui ont fait couler beaucoup, beaucoup d’encre.
Ce navigateur d’exception, surnommé « l’eunuque aux trois trésors » (三宝太监 [sānbǎo tàijiàn]) dirigea entre 1405 (troisième année de l’ère Yongle 永乐 [yǒnglè] des Ming ) et 1431 (cinquième année de l’ère Xuande 宣德 [xuāndé] des Ming) sept expéditions maritimes qui le conduisirent jusqu’à la corne de l’Afrique, en passant par pratiquement tous les pays s’étendant entre le débouché du Long Fleuve et la Somalie.
(Une petite remarque concernant les « ères », pour les puristes : à partir de l’époque des Ming, les « ères » 年号 [niánhào] se confondent avec les règnes des empereurs. Avant les Ming, ce n’était pas le cas, puisque certains règnes impériaux étaient découpés en plusieurs ères, le début de chaque ère étant marquée par un évènement majeur. C’est la raison pour laquelle, un peu cavalièrement, en parle d’empereur Yongle ou d’empereur Xuande, par exemple, alors que Yongle et Xuande ne sont pas les noms des empereurs, mais ceux des ères de leurs règnes. Les empereurs ont leur « vrai nom », avec patronyme et prénom, tous les empereurs des Ming ayant pour patronyme 朱 [zhū], du nom de Zhu Yuangzhang 朱元璋 [zhū yuánzhāng], le fondateur de la dynastie ; on les connaît également sous leur nom de règne, par exemple Chengzu 成祖 [chéngzǔ] pour l’empereur « Yongle », et sous leur nom posthume.)
Zheng He (郑和 [zhèng hé]) ne s’appelait pas de ce nom à l’origine, mais s’appelait en chinois Ma He (马和 [mǎ hé]), ou Ma Sanbao (马三保 [mǎ sānbǎo]). (Le patronyme Ma est souvent attribué aux musulmans chinois.) Son nom perse était Hajji Mahmud Shamsuddin, car il était en effet d’origine perse, et l’un de ses aïeux s’était mis au service des Mongols et avait été gouverneur de la province du Yunnan à l’époque de la dynastie des Yuan. Et c’est justement au Yunnan, plus exactement à Kunyang (昆阳 [kūnyáng]), qui se trouve dans la banlieue de l’actuelle Kunming (昆明 [kūnmíng]), qu’il fut d’abord fait prisonnier après les combats au cours desquels son père trouva la mort, en 1381 : cette année-là, les armées des Ming se mirent en branle pour exterminer ce qui restait de l’armée des Yuans au Yunnan. Zheng He fut ensuite castré pour devenir eunuque (en chinois, par euphémisme, on utilise l’expression « purifier le corps » : 净身 [jìngshēn]), et entra au service de l’un des princes impériaux, le Prince de Yan (燕王 [yànwáng]), Zhu Di (朱棣 [zhū dì]), ce dernier l’ayant remarqué pour son intelligence.
Or, il se trouve qu’après la mort de l’empereur, Zhu Di complota et usurpa le trône impérial par la force. Ce trône impérial était en effet revenu en 1398 à l’un des petit-fils de Zhu Yuanzhang, Zhu Yunwen (朱允炆 [zhū yǔnwén]). Ce dernier, connu sous le nom de nom d’empereur Jianwen (建文帝 [jiànwéndì] : Jianwen est en fait le nom de l’ère du règne de Zhu Yuwen, qui régna sous le nom d’empereur Huidi 惠帝 [huìdì]) fut donc renversé par Zhu Di en 1402.
Zheng He participa activement aux opérations militaires de son protecteur, et démontra une grande intelligence et beaucoup de vaillance au combat. Il eut un rôle important dans le succès de l’usurpation, et c’est à cette occasion que l’empereur lui décerna le patronyme de Zheng.
Il le chargea également d’organiser une première expédition maritime, dont l’Histoire des Ming (《明史》 [míngshǐ]) indique de façon tout à fait explicite qu’elle avait un double but : premièrement, retrouver la trace de l’empereur Jianwen, qui avait disparu, et deuxièmement, démontrer la puissance de l’empire des Ming aux pays étrangers. (Le début de la biographie de Zheng He dans l’Histoire des Ming est on ne peut plus explicite : 成祖疑惠帝亡海外,欲踪迹之,且欲耀兵异域,示中国富强。 Que je traduis librement par « Chengzu (Zhu Di) soupçonnait que Huidi (l’empereur Jianwen) s’était enfui à l’étranger, et voulait retrouver sa trace. Il voulait en outre faire briller ses armées dans les contrées étrangères, et montrer la puissance de l’Empire du Milieu »). Le but premier de ces expéditions ne fut donc pas, comme le prétend mièvrement la propagande du Pouêt-Cot-Cot, de « lier des liens d’amitié et des relations commerciales avec le reste du monde… »
Mais… je vous laisse sur votre faim pour l’instant. Je parlerai plus en détails des expéditions de l’eunuque aux trois trésors dans le prochain épisode de notre série « Histoires de Chine »…

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2 commentaires pour Histoires de Chine : L’eunuque aux trois trésors explore les mers occidentales (1)

  1. Mémémarcel dit :

    Phrase étrange : « Les empereurs ont leur « vrai », avec patronyme et prénom, … »

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