Citations : Quand Chu s’en prend à Qin

L’historien Sima Qian, dans ses Mémoires historiques qu’il composa à l’époque des Han de l’Ouest, et, plus précisément, dans sa biographie de Xiang Yu (项羽本纪 [xiàng yǔ běnjì]) cite une phrase célèbre qui aurait été prononcée par dénommé Nan Gong, originaire de Chu (楚南公 [chǔ nán gōng]) : 楚虽三户,亡秦必楚 [chǔ suī sānhù, wàng qín bì chǔ], qu’Édouard Chavannes traduit de la façon suivante : « Quand bien même Chu ne compterait que trois familles, celui qui anéantira Qin, ce sera certainement Chu. » (Je me suis permis d’adapter la transcription phonétique.)
Avant de poursuivre, quelques précisions :
项羽 [xiàng yǔ] Xiang Yu (232-202 av. l’ère chrétienne) fut un général fameux du royaume de Chu. Il fut l’un des principaux artisans de la chute de la dynastie des Qin. Il mit en place un nation éphémère, appelée Chu de l’Ouest (西楚 [xīchǔ]), dont il fut l’unique souverain de 206 à 202 avant notre ère. C’est parce qu’il fut souverain de cette nation que Sima Qian lui consacre une biographie portant le nom de 本纪 [běnjì] : dans les annales historiques chinoises officielles, c’est le nom qui est spécifiquement donné aux biographies des souverains (la biographie est sinon appelée en chinois 传记 [zhuànjì]).
Nan Gong (南公 [nán gong]) était quant à la lui un devin du pays de Chu.
Dans la citation, l’interprétation de 三户 [sānhù] est sujette à controverse. En effet, certains spécialistes pensent que cette expression ne signifie pas « trois familles », mais désigne les trois principaux clans du pays du Chu : Qu (屈 [qū]), Jing (景 [jǐng]) et Zhao (昭 [zhāo]). D’autres pensent comme Édouard Chavannes que l’expression doit être comprise dans son sens littéral de « trois familles ». Je me garderai bien de trancher pour l’une ou l’autre des interprétations, mais il faut noter c’est dans le sens de « trois familles » que cette expression est comprise lorsque l’on utilise cette citation.
虽 [suī] signifie ici « bien que », « même si », et 亡 [wáng] doit être compris dans le sens de 灭亡 [mièwáng] : anéantir, annihiler.
Lorsqu’elle est utilisée aujourd’hui en chinois, cette citation sert à illustrer le fait que même si l’on ne dispose que de ressources limitées, même si l’on est tout petit, on parviendra à son but pour peu que l’on fasse preuve de l’opiniâtreté nécessaire (surtout s’il s’agit de l’emporter sur des forces obscures).
Pour des explications détaillées concernant cette citation, je vous invite à consulter ici la page idoine de Baidu. La traduction d’Édouard Chavannes des Mémoires historiques de Sima Qian est disponible sur Wikisource, ici.

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