Histoires de Chine : L’incident de Xi’an

Le 12 décembre 1936, Zhang Xueliang (张学良 [zhāng xuéliáng]), seigneur de la guerre (军阀 [jūnfá]) de Mandchourie, alors occupée par les Japonais, allié de Chiang Kai-shek (蒋介石 [jiǎng jièshí]) mais proche des communistes, organise avec Yang Hucheng (杨虎城 [zhāng hǔchéng]) une mutinerie (la mutinerie est appelée en chinois 兵变 [bīngbiàn], mais l’expression chinoise utilisée pour désigner spécifiquement cette mutinerie-ci est l’euphémisme 兵谏 [bīngjiǎn], qui désigne une contrainte armée utilisée pour appuyer des doléances) à Huaqingchi (华清池 [huáqīngchí]), ancienne résidence impériale située dans la banlieue de Xi’an (西安 [xī’ān] – Huaqingchi est aujourd’hui devenu un lieu touristique), pour forcer Chiang Kai-shek à renoncer à lancer sa sixième campagne « d’extermination des bandits » (剿匪 [jiǎofěi]). C’est cet incident que l’on a appelé « incident de Xi’an » (西安事变 [xī’ān shìbiàn] – le mot 事变 [shìbiàn], que l’on traduit le plus souvent par « incident », sert en fait spécifiquement à désigner un évènement militaire ou politique majeur ; incident, sans cette connotation, se dit 事件 [shìjiàn]), ou encore « incident du double 12 » (双十二事变 [shuāng shí’èr shìbiàn] , « double douze » faisant bien entendu référence à la date de l’incident : le 12 décembre).
Le but de Zhang Xueliang était de contraindre Chiang Kai-shek à renoncer à son principe, essentiel à ses yeux, selon lequel, avant de lutter contre l’envahisseur étranger (le Japon), il était nécessaire de pacifier la Chine. Cette politique est exposée dans une expression bien connue : 攘外必先安内 [rǎngwài bì xiān ān nèi] (攘 [rǎng] renvoie ici au mot 攘夷 [rǎng yí], littéralement « repousser les barbares de l’Est », qui signifie « lutter contre une invasion étrangère » ; 安 [ān] doit ici être compris dans le sens verbal de « pacifier », et 内 [nèi], renvoie bien entendu à 国内 [guónèi] : l’intérieur du pays.
Dans les années 1924-1927, le Parti Nationaliste de Chiang et le Parti Communiste chinois avaient conclu une première alliance (appelée en chinois 第一次国共合作 [dìyīcì guógòng hézuò] ; ici, 国 [guó] est l’abréviation de 国民党 [guómíndǎng], le Parti Nationaliste, et 共 [gòng] celle de 共产党 [gòngchǎndǎng], le Parti Communiste) : les deux principales forces du pays avaient décidé de coopérer la réunification du pays, qui avait en grande partie démembré par les Seigneurs de la Guerre suite à la chute du pouvoir impérial.
Mais par la suite, Chiang avait mené successivement cinq campagnes d’anéantissement des forces communistes. En décembre 1936, il se préparait justement à lancer une sixième campagne, alors que les troupes impériales japonaises, qui avaient déjà envahi la Manchourie, étaient aux portes de la Chine intérieure.
Zhang Xueliang avait tenté à plusieurs reprises de convaincre Chiang de renoncer à lancer cette sixième campagne et de réaliser une alliance avec les Communistes pour lutter contre l’ennemi commun. Mais Chiang considérait qu’il était d’abord nécessaire de pacifier la Chine, car la Chine serait sans cela trop faible pour pouvoir espérer repousser efficacement les Japonais.
Au sein du parti communiste chinois, desquels Zhang s’était rapproché, certains (dont Mao) auraient voulu profiter de cette mutinerie réussie pour se débarrasser physiquement de Chiang, tandis que d’autres (dont Zhou Enlai) voulaient au contraire conserver Chiang en vie et le contraindre à coopérer. C’est finalement Staline (appelé 斯大林 [sīdàlín] en Chine continentale, et 史达林 [shǐdálín] à Taiwan) qui pria instamment ses camarades chinois de ne pas exécuter Chiang, de peur que la Chine ne s’effondre et ne tombe aux mains de partisans chinois du Japon, puis n’entre dans l’alliance anti-communiste déjà conclue entre l’Allemagne nazie et le Japon impérial.
Finalement, après d’âpres négociations et grâce aussi à l’intervention de nombreux personnages de poids proches de Zhang Xueliang, la vie de Chiang Kai-shek fut préservée et le deuxième front uni (第二次国共合作 [dì’èrcì guógòng hézuò]) entre Nationalistes et Communistes fut mis en place pour lutter contre l’Ennemi commun. Les forces militaires communistes furent intégrées à l’armée nationale révolutionnaire (国民革命军 [guómín gémìngjūn], c’est le nom que portait alors l’armée gouvernementale chinoise) en deux unités sont les noms sont restés célèbre : la Huitième armée de route (八路军 [bālùjùn]) et la Nouvelle Quatrième armée (新四军 [xīnsìjūn]).
Pour en savoir un peu plus sur les tenants et les aboutissants de l’incident de Xi’an, je vous invite à lire ici la page en anglais qu’y consacre Wikipedia, et, pour faire bonne mesure, ici la page en chinois sur Baidu.
(Je n’ai pas encore choisi le thème du prochain épisode de notre série linguistico-historique, ce sera donc une surprise !)

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