Proverbes : Le cœur n’y est pas

Il vous est peut-être d’entendre un jour prononcer un proverbe qui peut paraître énigmatique si l’on ne connaît pas sur le bout des doigts son histoire des Trois Royaumes : 身在曹营心在汉 [shēn zài cáoyíng xīn zài hàn], littéralement « Le corps se trouve dans le camp de Cao, le cœur est à Han ».
曹 [cáo] fait ici référence au fameux stratège Cao Cao 曹操 [cáo cāo] (155-220 de notre ère, fondateur du royaume de Wei, l’un des Trois Royaumes) ; 营 [yíng] signifie ici garnison, camp militaire (ce caractère est encore utilisé aujourd’hui dans ce sens, par exemple dans le mot 军营 [jūnyíng] : camp militaire), et enfin 汉 [hàn] fait référence à Han (en fait 蜀汉 [shǔhàn], les Han de Shu), un autre des trois royaumes, mis en place par Liu Bei (刘备 [liú bèi]) (pour mémoire, le troisième des Trois Royaumes était celui de Wu 吴 [wú], ou Wu de l’Est 东吴 [dōngwú]).
Ce proverbe est tiré directement du roman des Trois Royaumes (《三国演义》 [sānguó yǎnyì]). On raconte que, après que la défaite de Liu Bei face à Cao Cao, Guan Yu (关羽 [guān yǔ], 160-220), qui était lié à Liu Bei par le « triple serment du jardin des pêchers » (桃园三结义 [táoyuán sānjiéyì], nous verrons cet épisode dans la série « Histoires de Chine »), pour protéger l’épouse de Liu Bei, fut contraint de se soumettre à Cao Cao. Ce dernier, voulant se l’attacher, le couvrit d’honneurs et de présents.
Mais pour Guan Yu, le cœur n’y était vraiment pas. Malgré la bienveillance de Cao Cao, il ne pouvait se résoudre à travailler à son service, et surtout pas au détriment de Han. C’est pourquoi lui fut posée la question de savoir pourquoi, alors qu’il se trouvait dans le camp de Cao, ses pensées restaient attachées à Han.
Ce proverbe est utilisé aujourd’hui pour qualifier l’attitude de quelqu’un qui n’a pas le cœur à ce qu’il fait, qui voudrait être ailleurs. L’équivalent français est probablement « ne pas avoir le cœur à l’ouvrage ».
Voici une variante simplifiée de ce proverbe : 人在心不在 [rén zài xīn bùzài].
Quant à l’expression française « avoir la tête ailleurs », de sens assez proche, on la traduit plutôt en chinois par une autre expression, celle-ci quadrisyllabique : 心不在焉 [xīn bùzài yān] (焉 [yān], aujourd’hui caractère rare, est une particule grammaticale emphatique finale, couramment employée en chinois classique).
Nous entreverrons à l’épisode suivant de cette série un principe de base de la philosophie chinoise.

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