Histoires de Chine : L’Incident de Moukden (18 septembre 1931)

Le 18 septembre 1931, sur un site connu sous le nom de Liutiaogou (柳条沟 [liǔtiáogōu]) ou Liutiaohu (柳条湖 [liǔtiáohú]), situé non loin de Shenyang, dans la province du Liaoning, un attentat causait des dommages mineurs à une portion de la voie ferrée de Mandchourie du Sud (南满铁路 [nánmǎn tiělù] ; 满 [mǎn] est ici l’abréviation du mot 满洲 [mǎnzhōu], que nous traduisons par Mandchourie ; notons au passage que le mot « Mandchourie » vient en fait du nom d’une ville qui se trouver aujourd’hui en Mongolie intérieure : 满洲里 [mǎnzhōulǐ]) ; la voie ferrée de Mandchourie du Sud avait été construite par les Japonais après la guerre russo-japonaise de 1905, et était exploitée par une société japonaise.
Le lieu, sans valeur stratégique, choisi pour l’attentat et le peu de dégâts causés à la voie ferrée (un train est passé sur les rails peu après l’explosion sans dérailler), ainsi que d’autres éléments tendent à démontrer (et cette version est généralement acceptée aujourd’hui) que cet attentat fut en réalité perpétré sciemment par les troupes japonaises chargées de garder la voie ferrée, afin de créer un prétexte à l’invasion de la Mandchourie (notons encore que le mot Mandchourie n’est pratiquement pas utilisé en chinois ; pour désigner la région, les Chinois préfèrent utiliser l’expression 东北 [dōngběi], le Nord-Est).
Suite à cette explosion, l’armée japonaise du Guandong (关东军 [guāndōngjūn], appelée aussi « armée du Kwantung ») a d’ailleurs immédiatement lancé une attaque contre la garnison chinoise de Beidaying (北大营 [běidàyíng]) et a envahi la région. Quelques mois plus tard, était de plus créé l’État mandchou fantoche (伪满政权 [wěimǎn zhèngquán]), appelé Manchoukuo (满洲国 [mǎnzhōuguó]) à la tête duquel était placé le dernier empereur de Chine, Pu Yi (溥仪 [pǔyí]). Pour les Chinois, cet incident marque le début de l’invasion de la Chine par le Japon.
C’est cet épisode de l’histoire de Chine que l’on appelle l’incident de Mukden (ou Moukden). Mukden est le nom mandchou de Shenyang (沈阳 [shěnyáng]), capitale de la province du Liaoning. Dès lors, on parle aussi en chinois d’incident de Shenyang (沈阳事变 [shěnyáng shìbiàn] (事变 [shìbiàn] se traduit par « incident »). Comme Shenyang s’appelait auparavant Fengtian, on parle également de l’incident de Fengtian (奉天事变 [fèngtiān shìbiàn]). L’attentat s’était déroulé un 18 septembre, les textes chinois parlent encore de « l’incident du 18 septembre » (九一八事变 [jiǔyībā shìbiàn]). Enfin, comme ces évènements se passaient au lieu appelé Liutiaohu (ou Liutiaogou), vous rencontrerez aussi peut-être les expressions « incident de Liutiaohu » (柳条湖事变 [liǔitiáohú shìbiàn]) et, plus rarement, « incident de Liutiaogou » (柳条沟事变 [liǔtiáogōu shìbiàn]).
Pour connaître les détails de cette affaire, je vous invite à lire l’article en français sur Wikipedia (ici) ou l’article en chinois sur Baidu (ici).
À l’épisode suivant, nous ferons un saut de plus de 2000 ans en arrière, puisque je vous proposerai de voir comment et pourquoi le premier empereur de Chine a voulu brûler des livres et enterrer des lettrés.

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