Bibliographie : Le chien blanc et la balançoire, Moyan

Dans la foulée de l’annonce de l’attribution du Prix Nobel de Littérature à l’écrivain chinois Moyan (莫言 [mòyán]) en 2012, les différentes œuvres de l’écrivain ont fait l’objet de très nombreuses rééditions. C’est à cette occasion que j’ai acquis un recueil publié par les Éditions de Hainan (海南出版社 [hǎinán chūbǎnshè]), intitulé 《莫言自选集》 [mòyán zìxuǎnjí] (littéralement « Recueil sélectionné par Moyan lui-même »), qui regroupe un certain nombre de nouvelles, courtes et longues, ainsi que l’inévitable 《丰乳肥臀》 [fēngrǔ féitún] (littéralement « poitrine développée et fesses charnues »), qui semble être le roman de Moyan le plus connu en France, et qui a été traduit sous le titre de Beaux seins, belles fesses par Noël et Liliane Dutrait (traduction publiée par le Seuil).
Le recueil que j’ai acquis s’ouvre sur une œuvre moins connue de Moyan (le titre n’est même pas cité sur la page que Wikipedia consacre ici à cet écrivain), une nouvelle intitulée en chinois 《白狗秋千架》 [báigǒu qiūqiānjià], littéralement « Le chien blanc et la balançoire ». Cette nouvelle a été publiée pour la première fois en avril 1985.
Ce récit, écrit à la première personne, raconte le retour dans son village natal d’un jeune enseignant. Le village natal se trouve sur le territoire de la municipalité de Gaomi (高密市 [gāomìshì]), située dans la province du Shandong, qui est souvent le lieu où se déroulent les histoires que raconte Moyan. Avant d’arriver au village, le narrateur rencontre un gros chien blanc et une paysanne, maîtresse du chien. Il s’avère que cette paysanne est une amie d’enfance du narrateur. Suite à un accident de balançoire dont le narrateur a été acteur, la jeune fille s’était retrouvée borgne, et son destin avait alors basculé.
La rencontre est le prétexte à une réminiscence de l’enfance et de l’adolescence du narrateur, et à une description de la vie villageoise dans ce coin du Shandong, à l’époque où l’on ne parlait pas encore en Chine d’ouverture et de réformes, où les soldats de l’Armée Populaire de Libération (人民解放军 [rénmín jiěfàngjūn]) étaient objets d’admiration, et où l’on croyait encore au communisme. Est décrit également le triste destin de la jeune femme, dont on ne connaît que le prénom, Nuan (暖 [nuǎn]) : l’accident qui lui a coûté un œil a transformé son destin. Alors qu’elle était une jeune fille belle et pleine de vie, promise à un avenir radieux, son infirmité l’a finalement contrainte à renoncer à ses rêves, et à un paysan fruste, muet, dont elle a eu des triplets, muets également.
La langue de Moyan est une langue riche en saveurs. L’écrivain n’hésite pas à intégrer dans sa prose des éléments dialectaux et à mettre dans la bouche de ses personnages une langue chinoise populaire, parfois assez crue.
J’ai entendu à plusieurs reprises des Chinois amateurs de littérature dire que Moyan n’était pas le meilleur écrivain chinois contemporain, et que d’autres auraient sans doute plus mérité le Prix Nobel. Je ne connais pas assez bien la littérature chinoise contemporaine pour porter un jugement, mais toujours est-il que j’ai pris à la lecture de cette nouvelle (et d’autres qui composent ce recueil) un immense plaisir.
Notons que cette nouvelle a été adaptée au cinéma, en 2003, dans un film intitulé 《暖》 [nuǎn], dirigé par Huo Jianqi (霍建起 [huò jiànqǐ]). Le scénario du film a apparemment pris beaucoup de liberté par rapport à la nouvelle originale. Je vous invite à lire sur Baidu l’article consacré à la nouvelle (ici), ainsi que celui consacré au film (ici).
Ci-dessous, la pochette du DVD du film Nuan :
nuan

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