Proverbes : La politesse, ça marche dans les deux sens !

Les Chinois sont, c’est du moins ce qu’ils affirment, les champions de la civilisation et de l’harmonie dans les relations sociales. La Chine serait le « pays de l’étiquette et du rituel » (aujourd’hui, on comprend cela dans le sens de « politesse » : 礼仪之邦 [lǐyí zhībāng]. (Pour quiconque vit en Chine aujourd’hui, cette affirmation peut laisser songeur, mais bon, ne parlons pas des choses qui fâchent…)
Ce qui est vrai, c’est que la notion de 礼 [lǐ], que les sinologues traduisent par « rites » ou « rituel », revêt une importance primordiale dans la société chinoise depuis les temps les plus anciens, au point que parmi les cinq grands « classiques » (五经 [wǔjīng]). C’est donc dire l’importance des rituels dans la société chinoise traditionnelle.
Le champ sémantique du caractère 礼 [lǐ] s’est élargi jusqu’à englober tout ce qui règle les relations sociales. La politesse, par exemple, se dit en chinois 礼貌 [lǐmào], littéralement « apparence des rites », la courtoisie peut se traduire par 礼节 [lǐjié], et, au sein du Ministère chinois des Relations Extérieures (外交部 [wàijiāobù]), le protocole est du ressort du Département du Protocole 礼宾司 [lǐbīnsī],
Parmi les règles de politesse chinoise, il en est une essentielle : quand on bénéficie d’une faveur, il faut la rendre ! Et pour exprimer cela, on dispose en chinois moderne d’un quadrisyllabe tout à fait courant et largement employé, qui dit littéralement que, en matière de rites, l’aller-retour est de mise : 礼尚往来 [lǐ shàng wǎnglái]. Dans cette expression, je ne suis pas sûr du sens dans lequel il faut comprendre 尚 [shàng], qui peut signifier « respecter », « accorder de l’importance à » ; 往 [wǎng] signifie ici « aller », et 来 [lái], venir.
À un ami que vous voulez inviter à manger, pour lui rendre la politesse d’un bon dîner, par exemple, parmi les arguments que vous pourrez avancer pour le convaincre (car toute invitation doit, par politesse justement, être initialement refusée), se trouve celui qui dit que la politesse doit marcher dans les deux sens.
Notons aussi que cette expression peut être utilisée dans un sens ironique ; c’est alors l’équivalent de l’expression française « rendre la monnaie de sa pièce à quelqu’un ».

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