Bibliographie : Wang Lichun, La Marche des betteraves

C’est en lisant un article consacré à l’utilisation de « mots vulgaires » (脏话 [zānghuà]) dans la littérature chinoise que je suis tombé sur quelques extraits d’un nouvelle de Wang Lichun (王立纯 [wáng lìchún), intitulée La Marche des betteraves (《甜菜进行曲》 [tiáncài jìnxíngqǔ] ; 甜菜 tiáncài) : betterave sucrière ; 进行曲 [jìnxíngqǔ] : marche, dans le sens du morceau de musique). Les extraits m’ont semblé intéressants, et par chance, le texte de la nouvelle est proposé au téléchargement sur le site Wanfangdata. La Marche des betteraves a été publiée en 2002 dans la revue Zuopin (《作品》 [zuòpǐn]).
Wang Lichun (1950-2011) est un écrivain originaire de la province du Heilongjiang. Il ne s’agit certes pas d’un auteur majeur de la littérature chinoise contemporaine, mais il a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles, dont certains ont été récompensés par divers prix littéraires (voir ici l’article que consacre Baidu à cet écrivain).
La Marche des betteraves raconte l’histoire d’un village modèle du Heilongjiang, qui doit se plier aux injonctions du vice-gouverneur de la province, et planter de la betterave sucrière pour relancer l’activité d’une usine de sucre de betteraves qui a fermé ses portes.
Un journaliste, en mission dans le village, est chargé de suivre l’ensemble du processus, depuis la préparation de l’opération « betteraves », jusqu’à la mise en terre des semences. C’est ce journaliste qui raconte l’histoire à la première personne.
La nouvelle expose les relations difficiles entre les paysans d’un « village modèle » (模范村 mófàncūn), dont les habitants ont été échaudés par les paiements aléatoires de l’usine de sucre par le passé, et les autorités qui, pour obéir à la décision du vice-gouverneur, font fi de l’intérêt des villageois. La résistance s’organise sous la direction du chef de village, surnommé « Liu la grande gueule » (刘大哈 [liú dàhā]), dont le bon sens paysan, la chaleur humaine, et le souci de l’intérêt de ses administrés compensent largement son manque d’instruction.
Mais ce qui distingue cette œuvre, c’est la restitution sans fioritures de la langue du petit peuple de ce village de Mandchourie. Wang Lichun n’hésite pas à coucher sur le papier les mots vulgaires dont abuse Liu la grande gueule, qui n’a pas la langue dans sa poche. Loin de vouloir enjoliver la langue des paysans ou de vouloir donner une image politiquement correcte de cette couche de la société chinoise, l’auteur reprend sans ménagement les plaisanteries un peu salaces et la langue chargée d’humour des villageois.
Je conseille vivement la lecture de cette nouvelle d’une vingtaine de pages si vous n’êtes pas de nature à vous offusquer en lisant les mots les plus crus.

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