Chinoiseries : Mots d’emprunt en chinois

Malgré son poids dans le monde, la Chine n’échappe pas, et n’a jamais échappé, aux influences extérieures, et ce, dans tous les domaines. Les exemples les plus évidents sont l’arrivée sur le trône impérial chinois de personnages totalement étrangers à l’ethnie majoritaire, celle des Han (汉 [hàn]), à au moins deux reprises dans l’histoire de Chine : à l’époque de la dynastie mongole de Yuan (元 [yuán]), et à celle de la dynastie mandchoue de Qing (清 [qīng]).
Dans le domaine religieux, la Chine n’a pas non plus échappé à l’intrusion de cultes étrangers : bouddhisme, islam, christianisme, pour ne citer que les principales, ont trouvé leur place en Chine.
Enfin, à partir de la moitié du XIXème siècle, la Chine a subi, souvent manu militari et à son corps défendant, les influences occidentales.
Il n’y a donc rien de vraiment surprenant à ce que la langue chinoise ait elle aussi subi l’influence de langues étrangères, et que l’on puisse trouver dans son lexique un nombre certain de mots d’emprunt (外来语 [wàiláiyǔ], littéralement « mots venus de l’extérieur »).
Les exemples les plus évidents sont ceux de mots étrangers directement transcrits en chinois, comme par exemple « radar » (雷达 [léidá]) ou « sonar » (声纳 [shēngnà]). On a même, nous l’avons vu pour certains caractères chinois « rares », inventé des sinogrammes pour pouvoir parler de choses dont la science chinoise ignorait a priori l’existence. Citons par exemple l’uranium, pour lequel on a inventé le sinogramme 铀 [yòu], parmi des très nombreux autres.
Certains mots, souvent d’emprunt plus ancien, ont été si parfaitement assimilés que seuls les spécialistes y reconnaissent encore une origine étrangère. Citons par exemple le mot 苦力 [kǔlì], qui signifie « travailleur de force », et qui vient d’une langue de l’Inde, avant de passer en anglais pour donner le mot « coolie ».
Parmi les mots d’emprunt, il convient aussi de classer des mots que je qualifierai d’« hybrides », comportant une portion empruntée, et une portion indigène. Me viennent à l’esprit des mots tels que 贝雷帽 [bèiléimào], « béret », composé de la transcription phonétique du mot français « béret » (贝雷 [bèiléi]) et du sinogramme chinois signifiant « chapeau » (帽 [mào]), ou encore 迷你裙 [mǐníqún], « minijupe », composé d’un élément phonétique (迷你 [mǐní], que je trouve très réussi, puisqu’il signifie littéralement « qui t’envoûte ») et d’un élément sémantique (裙 [qún]), « robe », ou « jupe ».
Enfin, il ne faut pas oublier non plus les mots qui sont des traductions littérales d’expressions étrangères, comme le trisyllabe 钻石婚 [zuànshíhūn], qui n’a en réalité aucun sens en chinois, et qui n’est que la traduction littérale de l’expression « noces de diamant », ou le mot 地球村 [dìqiúcūn], calqué sur l’anglais « global village », et que nous pourrons traduire par « village planétaire ».
Certains mots sont arrivés en mandarin par le truchement de dialectes (surtout le cantonais, mais aussi le shanghaïen), de sorte qu’il est difficile à quiconque ne connaît pas ces dialectes de reconnaître le mot d’origine. C’est le cas par exemple du mot 云呢拿, prononcé en mandarin « yúnníná », qui signifie « vanille » ; on a du mal à comprendre ce mot si on ignore qu’en cantonais, la prononciation de ce trigramme est « wan4-ni2-naa4 » (cela dit, 云呢拿 reste rare en mandarin ; à Pékin, la vanille est plutôt appelée 香草 [xiāngcǎo]). On trouve aussi des mots qui ne font que transcrire phonétiquement un sigle étranger, comme le mot 滴滴涕 [dīdītì] : DDT.
Les langues ayant contribué au lexique du chinois moderne sont très nombreuses. Outre des langues comme le français ou l’anglais, on peut trouver en chinois des mots venant : du japonais (哲学 [zhéxué], philosophie), du sanskrit (玻璃 [bōli], verre), du xiongnu (猩猩 [xīngxīng], primate), du mongol (站台 [zhàntái], quai de gare), du tibétain (喇嘛 [lǎma], lama), du népalais (菠菜 [bōcài], épinard), etc.
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire ici l’article que Baidu consacre aux mots d’emprunt. Je vous propose ici une liste très succincte (200 mots environ) de mots d’origine étrangère utilisés en chinois moderne. (J’exclus volontairement de cette liste les noms de villes et de pays étrangers, qui ne sont que des transcriptions phonétiques.)

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