Traduction scientifique et technique : Pourquoi j’ai mangé mon père

Il y a quelques semaines, je me suis régalé pour la quatrième ou cinquième fois de la lecture d’un roman qui n’a pas le succès qu’il mérite, écrit par Roy Lewis, disponible dans la collection Pocket dans la traduction de Vercors, intitulé Pourquoi j’ai mangé mon père (la version originale, en anglais, de ce livre a été rééditée il y a deux ou trois ans sous le titre de The Evolution Man).
Sur un ton tout à fait moderne et décalé, l’auteur dresse un tableau assez exact, semble-t-il, des débuts difficiles de l’humanité, et raconte les aventures, heureuses ou malheureuses, d’une horde primitive (原始群 [yuánshǐqún]) d’hominidés à peine entrés dans l’ère paléolithique (旧石器时代 [jiùshíqì shìdài] ; 石器 [shíqì] signifie « ustensile en pierre » ; le néolithique se dit, en toute bonne logique 新石器时代 [xīnshíqì shídài]). On y voit ces quasi-hommes découvrir la fabrication du feu, l’exogamie, l’artisanat, la cuisine. La lecture de ce roman apporte beaucoup de fraîcheur et de plaisir.
Et comme l’auteur fait quelquefois allusion à un lointain cousin installé dans le pays qui intéresse Sinoiseries, j’ai pensé que c’était l’occasion rêvée de parler un peu, linguistiquement, de cet homme de Pékin.
L’homme de Pékin est connu en chinois sous le nom de 北京猿人 [běijīng yuánrén] (et non 北京人 [běijīngrén], qui désigne le natif ou l’habitant de la capitale chinoise). Le terme 猿人 [yuánrén] désigne les hommes primitifs de façon générale. Si vous cherchez la traduction de 猿 [yuán] dans un dictionnaire chinois-français, il y a de fortes chances que vous trouviez le mot « singe ». Ce n’est pas tout à fait exact. Comme l’anglais qui fait la différence entre les grands singes (« ape) et les autres singes (« monkey »), le chinois utilise deux mots différents : 猿 [yuán] désigne les grands singes (orang-outang, chimpanzé, gorille, etc.), tandis que 猴 [hóu] désigne les petits singes. Pour parler de tous les singes en général, on utilise l’expression 猿猴 [yuánhóu], qui se traduit d’ailleurs en anglais par « apes and monkeys ». (Notez que les primates sont appelés en chinois 灵长动物 [língzhǎng dòngwù].)
L’homme de Pékin était connu par le passé sous le nom de Sinanthropus pekinensis (中国猿人北京种 [zhōngguó yuánrén běijīngzhǒng] ; le mot 中国猿人 [zhōngguó yuánrén] correspond au mot français « sinanthrope »), mais aujourd’hui, on parle plus volontiers de Homo erectus pekinensis (北京直立人 [běijīng zhílìrén] ; 直立人 [zhílìrén], c’est l’Homo erectus).
Des vestiges de ce que l’on appelé ensuite l’homme de Pékin ont été découverts dans une grotte (山洞 [shāndòng]) du mont Longgu (龙骨山 [lónggǔshān]) dans la localité de Zhoukoudian (周口店 [zhōukǒudiàn), dans la banlieue de Pékin. Parmi les premières personnes ayant étudié ces vestiges, on peut citer le suédois Andersson (安特生 [āntèshēng]) et l’autrichien Zdansky (师丹斯基 [shīdānsījī]). Le premier scientifique chinois connu pour avoir travaillé sur l’homme de Pékun fut Pei Wenzhong (裴文中 [péi wénzhōng]). Les fossiles (化石 [huàshí]) de l’homme de Pékin ont mystérieusement disparus en 1941 alors qu’ils étaient en route pour être acheminés aux États-Unis, on ne dispose pratiquement plus aujourd’hui que d’outils de pierre (石器工具 [shíqì gōngjù]) excavés à Zhoukoudian.
L’homme de Pékin conserve des caractères archaïques, avec par exemple des pommettes (颧骨 [quángǔ]) saillantes et une arcade sourcilière (眉骨 [méigǔ]) formant un arc unique, mais il a une capacité cérébrale (脑容量 [nǎoróngliàng]) égale à 75% de celle de l’homme moderne.
La découverte de l’homme de Pékin a été importante pour les scientifiques qui s’intéressent aux origines de l’humanité (人类起源 [rénlèi qǐyuán] ; 人类 [rénlèi] espèce humaine, humanité ; 起源 [qǐyuán] origines). L’homme de Pékin se situe en effet entre l’australopithèque (南方古猿 [nánfāng gǔyuán]) et l’Homo sapiens (智人 [zhìrén]).
En guise d’illustration, je vous propose ci-dessous un scan de la couverture de mon exemplaire du roman Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy Lewis. (Je n’ai trouvé aucune trace d’une traduction chinoise quelconque de ce roman, qui pourtant est hilarant et mériterait largement de connaître une diffusion plus large).
(Pour en savoir plus sur l’homme de Pékin, je vous invite à lire l’article en chinois que Baidu lui consacre, ici, ou l’article en anglais de Wikipedia, ici, ou encore la page consacrée au site de Zhoukoudian sur le site de l’UNESCO, ici, en français)
roy lewis

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