Rien à voir : André Malraux et la Voie Royale

J’ai relu il y a quelque temps, avec plaisir et en rêvassant, l’un des romans de jeunesse d’André Malraux (安德烈·马尔罗 [āndéliè mǎěrluó]), en partie autobiographique : La Voie royale (《王家之道》 [wángjiā zhī dào]). Je précise « en rêvassant » car je préparais alors une visite à Angkor, visite pendant laquelle je prévoyais d’aller explorer un site angkorien très connu mais que je n’avais pas encore eu l’occasion de voir, le site de Kbal Spean (transcrit phonétiquement en chinois 高布斯滨 [gāobùsībīn]), situé au pied des monts Kulen, à environ 25 kilomètres du fameux groupe d’Angkor. Ce site consiste en un ensemble de sculptures réalisées sur le lit d’une rivière, sur une cinquantaine de mètres. L’accès n’est pas très facile : il faut en effet crapahuter environ 1500 mètres sur un chemin à flanc de colline, non aménagé et parfois escarpé. C’est ce dernier point qui alimentait mon imagination.
En effet, La Voie royale raconte l’histoire d’un jeune aventurier français, Claude Vannec, en route vers l’Indochine, rencontre sur le bateau un vieil expatrié danois, Perken, qui est à la tête de tribus perdues dans la jungle indochinoise, et qui cherche lui à amasser suffisamment d’argent pour acheter des mitrailleuses qui aideront ses tribus à acquérir leur indépendance. Le jeune Vannec a quant à lui conçu le projet d’aller récupérer des bas-reliefs dans l’un des temples perdus dans la jungle, le long d’une voie royale qu’il a identifiée en travaillant sur les données archéologiques du Cambodge. Le roman est en partie autobiographique, car André Malraux avait monté avec son épouse et un ami un projet similaire à celui du héros de son roman : il avait fait l’objet d’une arrestation à Phnom Penh en 1923, puis d’une condamnation à trois ans de prison en 1924 pour avoir détaché à la scie et tenté de faire sortir pour les revendre des bas-reliefs dans le magnifique temple de Banteay Srei, dont le nom signifie en khmer « citadelle des femmes », et qui est rendu en chinois par 女王宫  [nǚwánggōng].
Malraux décrit dans son roman le cheminement dans la jungle khmère avec ses charrettes à bœuf, la rencontre avec les terribles guerriers jaraï.
C’est tout un pan de la mythologie française de l’Indochine qui est abordé dans ce roman, qui sacrifie aux clichés de la vie dissolue des expatriés trop longtemps restés en Asie et épris des femmes asiatiques, de l’administration coloniale tatillonne, et des membres de l’École Française d’Extrême Orient jaloux de leurs privilèges.
Ce roman se lit assez facilement, et il peut faire rêver les esprits un peu romantiques (comme le mien), pour leur faire regretter un peu d’être nés avec un petit siècle de retard, et de ne pas avoir pu participer à « l’aventure indochinoise » ! Je me suis même surpris avec amusement, alors que je crapahutais sur la piste menant au site de Kbal Spean, à me dire que les charrettes de Claude Vannec n’auraient certainement pas pu parcourir l’itinéraire emprunté pour aller admirer les bas-reliefs sculpté sur le lit de la rivière…
malraux_la voie royale

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