Langue populaire et argotique : Coquillage et double hallebarde

Une amie taiwanaise (que j’appelle affectueusement « Numéro sept », c’est toute une histoire…) avec laquelle je bavardais sur MSN, me dit au détour d’une conversation anodine que l’un de mes nombreux défauts était que j’avais une fâcheuse tendance à « 犯…貝~戈~戈 » (fàn bèi gē gē, littéralement : commettre la faute de « coquillage ~ hallebarde ~ hallebarde »).
Je sais que ceux avec lesquels ma libéralité ne s’exerce qu’avec circonspection m’affublent du surnom de « coq d’acier » (铁公鸡 tiě gōngjī, avare, nous en reparlerons), qu’il est arrivé que l’on me reproche mon inconstance en amour, ou encore de manquer parfois de modestie, mais là, j’avoue mon ignorance crasse quant à ce reproche.
J’interroge Numéro Sept, et elle me répond par une nouvelle insulte : « 賤 ! ». Le premier instant de stupeur passé, je comprends !
Une fois de plus, je me suis laissé surprendre par l’humour déstructurant des héritiers du dragon appliqué à la graphie de leurs sinogrammes !
貝~戈~戈 n’est en fait que la forme décomposée du caractère 賤 jiàn (écrit 贱 en graphie simplifiée), qui signifie « bon marché », et, par extension, « bas », « vil ». L’une des pires insultes que l’on puisse adresser à une femme est de la traiter de « marchandise bon marché » (贱货 jiàn huò), ce qui revient à dire qu’elle a la fâcheuse habitude de ne dire non à aucun homme qui recherche ses faveurs. On peut aussi, pour marquer son mépris à l’adresse de quelqu’un qui possède un sens moral peu exacerbé, s’exclamer tout simplement « 贱 ! ».
Notons que l’origine taïwanaise de l’astuce insultante est avérée par la version continentale : les mauvais esprits à l’ouest du détroit de Formose utilisent la graphie « simplifiée » : 贝戈戈, ce qui n’a plus vraiment de sens, puisque la version simplifiée du sinogramme déguisé de compose de 贝 et de 戋 [jiān]. Quelques perfectionnistes utilisent bien le digramme 贝戋, mais 戋 étant un caractère rare et très peu connu (nous en reparlerons à l’épisode 4031 de notre série sur les sinogrammes), ces originaux sont rarissimes. De même, la version orthodoxe traditionnelle 貝戔 existe également, mais reste rare pour les mêmes raisons de rareté (戔 est la version traditionnelle de 戋, et s’est vu affecter le numéro 4032)
Quant à l’expression 犯贱 fànjiàn, c’est une expression argotique signifiant « se mêler de ce qui ne vous regarde pas, mal faire et en payer les conséquences ».

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2 commentaires pour Langue populaire et argotique : Coquillage et double hallebarde

  1. PVT dit :

    Bonjours, je souhaiterai savoir pourquoi on appelle une personne numéro sept? est qu’elle en est son origine. Je vous le demande parce qu’une personne proche se fait appeler ainsi par des chinois.
    Merci pour votre réponse

    • pascalzh dit :

      Bonjour,
      Dans mon cas particulier, il y a une copine que j’appelle numéro 7 parce qu’elle était styliste, et que son numéro dans le salon de coiffure où elle travaillait était le numéro 7. Donc, quand j’allais me faire coiffer, je demandais à me faire coiffer par la « numéro 7 ». Mais bon, c’est tout à fait personnel.
      Je ne connais pas sinon de signification particulière attachée au surnom « numéro 7 » en chinois.
      Ou alors, peut-être, 零零七, qui signifie « 007 », et qui désigne James Bond. Sinon, je ne vois rien d’autre !
      Pascal

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